La sorcière au dragon – Chapitre 9


Pour lire les chapitres précédents : Toutes mes histoires en un seul clic ! – Les chroniques d’Aragonne (wordpress.com)

Au bout de je ne sais pas combien de temps, des minutes, des heures, des jours, nous nous endormirent. La nuit était venue et j’avais fait une petite place à Arnaud dans le creux d’une de mes pattes pour qu’il soit bien au chaud. Ces petites bêtes ont tendance à prendre froid. L’air est parfois frais si haut dans la montagne. Évidemment, après avoir dormi si longtemps, j’étais affamé et mon ventre fini par me le faire savoir. C’est le bruit de mon estomac qui grondait tel un orage qui me réveilla. J’ouvris les yeux et regardai au loin. Le soleil était déjà haut dans le ciel et tout était bleu. Un bon jour pour voler, un bon jour pour chasser le mouton, bref un bon jour pour être un dragon.

Je regardai mon humain. Il s’éveilla lui aussi et il s’étira.

  • C’est le temps de manger, que je lui dis.
  • Euh… oui, en effet. Mon cheval est en bas de la montagne, du moins s’il y est encore. Faudrait que je descende au sol, je trouverai surement quelques perdrix ou bien des baies qui trainent dans les environs.
  • Mais qu’est-ce que tu racontes ? Des baies et des perdrix, peuhhh…, dis-je avec dédain. Un dragon ne mange pas de baies et encore moins de vulgaires volatiles, sauf peut-être un troupeau de dindes sauvages.
  • Que veux-tu que je mange alors ? On ne peut pas dire que ta caverne regorge de nourriture.
  • Pour qui me prends-tu ? lui dépondis-je un peu offusqué. Je ne vais certainement pas laisser mon humain mourir de faim. Monte sur mon dos, on va aller faire un tour.

Sans lui laisser le temps de discuter, je me relevai, m’ébrouai pour me dégourdir un peu, puis je lui présentai ma patte pour qu’il puisse monter sur mon dos.  Cet idiot resta là pantois à me regarder avec un air interrogatif.

  • Alors tu montes ou non ? J’ai faim je te dis et quand j’ai faim je ne suis pas très patient. Alors cesse de faire le couard et monte sur mon dos. Tu vois les deux crêtes sur le début de ma colonne, tu vas pouvoir t’installer là. Ce ne sera peut-être pas très confortable, mais tu vas pouvoir te tenir et éviter de tomber lorsque je ferai un piqué.

Lorsque je le traitai de couard, Arnaud s’empourpra. Merde, il n’était pas un trouillard. Il avait combattu et triomphé de nombreux ennemis armés jusqu’aux dents. Il était arrivé jusqu’ici, il avait fait ami-ami avec un dragon, ce n’était pas un petit vol de rien du tout qui allait lui faire peur. Bien que en fait si. Arnaud se sentait bien les deux pieds sur terre ou mieux encore bien assis en selle sur son cheval, mais il devait bien se l’avouer, voler au-dessus du vide sur le dos d’un dragon et bien… il hésitait un peu. Néanmoins, il prit son courage à deux mains et monta comme il put sur le dos du dragon et il s’assied à l’endroit indiqué. Bon ce n’était pas comme la selle d’un cheval, le cuir était beaucoup plus coriace disons-le, mais quand même l’endroit semblait tout indiqué pour un cavalier. Un chevalier ? Un dragonnier ? Comment appelait-on celui ou celle qui montait, chevauchait un dragon ?

  • Accroche-toi, nous partons.

Sur ces belles paroles, je m’élançai dans le vide. Le sol approchait rapidement. Ah ! Comme c’était bon de voler à nouveau. J’entendais mon humain qui hurlait sa vie. J’étais sur le point de lui dire de se taire, il gâchait mon plaisir avec ses jérémiades. Puis je remontai rapidement pour raser la cime des arbres et je pris de la hauteur. Assez haut, mais pas trop. Les humains n’ont pas les mêmes capacités respiratoires que les dragons. Accoutré comme il était, mon petit ami n’aurait pas supporté les hautes altitudes. Mon vol se fit plus stable et je profitai de la sensation de l’air qui s’engouffrait sous mes ailes. Arnaud s’était tu. Enfin! Je n’aurais jamais cru que les hurlements humains pouvaient être si insupportables. Les rares fois où les humains hurlaient en ma présence c’était généralement quand ils étaient sur le point de m’attaquer ou bien c’est moi qui allais les faire flamber. Dans les deux cas, leurs cris ne duraient jamais bien longtemps et ils finissaient en cendre quelques secondes plus tard. Je sentais le cœur d’Arnaud qui battait pourtant la chamade. Je me risquai une conversation télépathique.

  • Ça va ?, lui demandais-je d’esprit à esprit.

Je senti un soubresaut. Et…

  • Merde, m’exclamai-je.

Il était tombé. Je voyais son petit corps qui s’agitait dans le vide. Espérait-il s’accrocher aux nuages ? Je lui avais pourtant dit de bien se tenir. Je plongeai pour le récupérer. Ce que je fis sans peine évidemment. Un poids si petit, ça ne tombe pas si vite, beaucoup moins vite qu’un dragon en piqué en tout cas. Il atterrit pile poil sur mon dos et j’étendis bien droit les ailes pour être certain qu’il ne bascule pas à nouveau. Je le senti qui se raidissait et qui tentait de s’accrocher comme il le pouvait à mes cornes et mes arrêtes. Encore une fois, je tentai une connexion esprit à esprit. Je senti un autre soubresaut, mais là impossible qu’il soit tombé.

  • Putain, mais c’est quoi ce truc ? Qui me parle ? Qui parle dans ma tête ?, hurla Arnaud.
  • Dragon ? Dragon c’est toi ? C’est toi qui me parles ?
  • Mais oui idiot ! Qui veux-tu que ce soit ?
  • Euh… Je ne suis pas à l’aise pour parler de cette façon, cria Arnaud pour se faire entendre par-dessus le vent.
  • Si tu ne veux pas perdre la voix d’ici la fin du voyage, il va falloir t’y habituer, lui dis-je d’esprit à esprit.
  • D’accord…, hasarda-t-il.
  • Bon et bien voilà ! Tu as compris le principe. Depuis que nos âmes et esprits se sont connectés, nous pouvons communiquer de cette façon. Nous pouvons aussi sentir notre présence mutuelle lorsque nous sommes éloignés, sentir quand l’autre à mal, à faim, bref, plein de petits trucs comme ça.

Je me tus et je savourai l’instant présent. Je pouvais enfin profiter de mon vol puisque mon humain s’était enfin calmé. Après plusieurs minutes, je vis les grandes plaines qui approchaient et qui disait plaine, disait moutons. Et qui disait moutons, disait festin. J’en salivais à l’avance.

  • Remonte là où je t’avais dit de t’installer, je vais descendre en piqué dans quelques instants. Et il serait préférable que tu ne tombes pas cette fois-ci.

J’attendis patiemment qu’il fasse ce que je lui avais demandé, tout en demeurant le plus stable possible. Maintenant que j’avais trouvé une nouvelle âme qui m’avait redonné le goût de vivre, hors de question que je la perde si rapidement dans un regrettable accident de vol.

Lorsque je senti qu’il était bien en place et solidement accroché, je piquai du nez pour descendre vers les plaines. On y était et je visai un troupeau de moutons. Ces petits corniauds qui attendaient sagement de se faire manger. Si je ne voulais pas qu’ils s’éparpillent dans tous les sens, je devais être rapide, précis et sans pitié.

Arnaud avait rampé, lentement, très lentement, vers l’encolure du dragon. Durant toute son « expédition », il avait fermé les yeux. Les ouvrant tout de même de temps en temps pour être certain d’aller dans la bonne direction. Malheureusement, mais il se sentait incapable de les garder ouvert et d’apercevoir le vide. Il était passablement reconnaissant au dragon de faire un vol si « agréable » et donc, il finit par atteindre son « siège ». Il s’installa du mieux qu’il pouvait. Il empoigna solidement les cornes devant lui et tenta de profiter du spectacle. Du moins autant que son estomac pouvait le supporter et c’était une chance qu’il n’avait pas encore mangé.

Je ris intérieurement de la confusion, de l’anxiété et de la peur de mon nouvel humain. Cela allait lui passer, j’étais certain qu’il finirait par s’habituer à m’accompagner en vol. Qui ne prendrait pas plaisir à voler ? Là, c’est seulement la crainte engendrée par la nouveauté. Notre nouveau lien allait lui plaire et nos vols aussi, j’en étais certain. La Déesse ne m’aurait pas envoyé un humain qui avait peur de voler, pas à moi un dragon, cela aurait été ridicule et stupide. Quoi que… j’eu un doute. « Et si Elle voulait me faire une blague ? » Vous savez les dieux ont un sens de l’humour bien à eux. Le tonnerre gronda, il n’y avait pourtant aucun nuage à l’horizon. Et j’entendis comme un écho dans le tonnerre.

  • « Ne t’avise pas de douter de moi, petit dragon. ».

Oups… On ne doute pas d’une déesse impunément.

  • Désolée Oh Grande Déesse, dis-je tout haut.
  • Quoi ? Qu’est-ce que tu dis, me répondit Arnaud.
  • Rien. Accroche-toi, on descend…. Maintenant.

Et je plongeai.

J’attrapai dans mes serres quatre montons et je remontai aussitôt. Le troupeau ne se douta de rien. Les moutons bêlaient dans mes serres, mais on était déjà trop loin pour que les autres les entendent. Je serré mes griffes pour les tuer, puis je les lançai en l’air. Je soufflai un petit jet de flamme, juste assez pour les rôtir un peu. J’étais trop affamé pour bien les carboniser et je les avalai les uns après les autres. Arnaud ne disait plus un mot depuis un moment. Probablement ébloui par ma façon de retirer des moutons en toute discrétion d’un troupeau, de les rôtir, puis de les manger en plein vol. J’avais encore faim. Quelques autres petits moutons ne me feraient pas de tort. En temps normal, j’aurais choisi un autre troupeau pour ma prochaine dégustation, mais là, pas question. Cela faisait si longtemps que je n’avais pas mangé que je me suis dit « au diable les précautions ».

Je replongeai et je saisis quatre autres moutons auxquels je fis subir le même sort que les précédents. Je ressenti la faim de mon humain.

  • Dis-moi dragon, j’aimerais bien manger moi aussi. Curieusement, mes nausées se sont calmées et je sens que mon estomac me réclame à grand cris maintenant, me dit Arnaud par la pensée.

Il avait raison. J’avais été égoïste de ne pas penser à lui. Je replongeai de nouveau et je pris un seul mouton cette fois. Je me suis dit qu’un seul mouton serait suffisant pour un humain. J’éviscéré le mouton d’une de mes griffes et je laissai ses entrailles se répandre du haut des airs. Je trouvai une jolie colline relativement proche et je me posai. Arnaud descendit de mon encolure et regarda avec hésitation le mouton mort que je lui tendais.

  • Hum… je ne mange pas de viande cru…
  • Il va s’en dire. Il n’y a que les sauvages qui mangent de la viande crue. Dis-moi, tu préfères ton mouton cuit de quelle façon ? Rôti, mais encore saignant, bien cuit ou encore carbonisé. Cela fait longtemps que je n’ai pas rôti de façon aussi précise un mouton alors c’est possible qu’il soit plutôt… bien cuit.
  • Bien cuit ça me va parfaitement.
  • Excellent! Recule-toi un peu, sinon tu vas flamber toi aussi.

Je calcinai le mouton, pas trop quand même, juste assez. Je pris ensuite mes griffes pour déchiqueter la viande pour qu’Arnaud puisse s’en prendre quelques morceaux. Je les trouvai encore un peu trop saignants et je flambai encore le tout quelques instants.

  • Voilà c’est à point. Tu peux te servir.

Arnaud sorti son ridicule petit couteau de quelque part de sous son armure et se coupa des lanières de viande. Il avait l’air de trouver ça bon et j’en étais ridiculement content. J’avais nourri mon humain et ça me rendait fier en quelque sorte. Je souriais de contentement.

  • Dis-moi, tu souris là ou bien c’est une grimace qui m’indique que tu vas me manger pour dessert? demanda Arnaud la bouche pleine de viande.
  • Tu es drôle humain. J’aime bien ton humour.
  • Arnaud, svp appelle-moi Arnaud. Quand tu m’appelles humain je me sens… je ne sais pas trop, diminué par rapport à toi, puissant et noble dragon. Au fait, comment tu t’appelles ? Je ne peux pas continuer à t’appeler dragon puisque nous sommes, comment as-tu dit déjà ? Ah oui, connectés.

Je lui dis mon nom en langue dragon, un son guttural tout en note basse. Arnaud eut l’air contrit, comme s’il s’excusait de ne pas comprendre mon langage. Je soupirai d’agacement.

  • Hum… dis-je songeur. Je ne sais pas trop comment traduire mon nom dragonesque absolument magnifique en langue humaine.
  • Bon… et bien ta Genny, comment elle t’appelait ?
  • Ceridwyn, dis-je le regard un peu triste.

Me rappeler Genny me rendait encore un peu mélancolique.

  • À une lointaine époque, les humains qui habitaient sur mon territoire me surnommaient « la Mort volante » ou « Flamme des enfers » ou « Brasier mortel ». Des trucs comme ça.
  • J’aime bien Ceridwyn. C’est un joli nom.
  • C’est d’accord, tu peux m’appeler Ceridwyn comme ma Genny.

3 réflexions sur “La sorcière au dragon – Chapitre 9

  1. Coucou Aragonne,

    Comme d’habitude c’est super intéressant. On se croirait dans une vraie histoire. J’aime tous les détails de l’histoire, c’est tellement cohérent, Je me sens encore dans l’histoire après t’avoir lu, on s’accroche aux personnages, et c’est comme si je vivais dans l’histoire. En te lisant, j’ai l’impression d’avoir vécu des histoires similaires. Je suis certain que tout ce que tu écris provient de vie où tu as dû vivre des histoires du genre. Un jour je retournerai vivre et revivre ma vraie vie, en attendant tes histoires me ramènent dans mes vies passées.

    Charly des étoiles.

    1. Ahaha non malheureusement, mais hier et avant-hier je me suis remise dans mon histoire et je me suis aperçue que le chapitre 9 était déjà écrit et assez finalisé pour publication.
      Donc le chapitre 10 reste à venir, mais je pense que ça ira relativement rapidement. Je sais où je m’en vais, j’ai les grandes lignes d’écrite jusqu’à la fin de l’histoire, faut juste que je mettes la chair autour de l’os maintenant.

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