Sortie de secours – Chapitre 4


Me voilà de nouveau en route pour revenir dans la Grande Ville et sa Matrice. J’avais traversé les tunnels et me trouvais devant l’échelle menant au vieil édifice municipal. Je montai les barreaux lorsque j’entendis des bruits en provenance du haut de l’échelle. Visiblement, il y avait du monde derrière la trappe. J’entendais des voix d’hommes, mais très assourdies. Surement le quart de jour. Je ne pouvais pas sortir tout de suite, j’allais devoir attendre… des heures peut-être. Je devais être patiente.

Je redescendis l’échelle et c’est ce que je fis, j’attendis. Tout cela me parut une éternité. De plus, il faisait si sombre que même avec la petite lumière bleue du tunnel, je finis par m’assoupir. Il est vrai que je n’avais pas dormi la nuit précédente.

Je me réveillai en sursaut. Je regardai ma montre, heureusement pour moi, elle pouvait s’illuminer dans le noir. Il était 17h. Oh… j’avais dormi longtemps. J’allais remonter lorsque je remarquai la pioche. C’est vrai. Elle pourrait m’être utile si je voulais revenir (ou si je pouvais… mais j’essayai de ne pas trop penser à cette éventualité). Je l’ai donc prise avec moi et remontai l’échelle. Tout en haut, je tendis l’oreille. Rien. J’attendis encore un peu puis je poussai sur la trappe de toute mes forces. Elle bougea juste assez pour que je puisse insérer la pioche et celle-ci me servit de levier encore une fois.

Il faisait aussi noir que dans un four, ce qui était un excellent signe. Je m’extirpai du trou et je mis la pioche contre un des murs. Je marchai lentement vers l’escalier qui montait au rez-de-chaussée. Cela me prit quelques temps pour me repérer même avec l’éclairage de ma montre. Après quelques tâtonnements, j’appuyai sur l’interrupteur et la lumière fut.  Je laissai le temps à mes yeux de s’habituer à cette nouvelle clarté lumineuse. Je regardai attentivement la pièce. Effectivement, on voyait que des choses avaient été bougées, mais relativement peu. Ce qui me laissa croire que c’était simplement des employés qui étaient surement venu récupérer quelques trucs.

Je fermai de nouveau la lumière et monter l’escalier pour me rendre au rez-de-chaussée. Et c’est là que mon estomac se réveilla et se fit bruyamment entendre. Bordel ! Je me figeai sur place tellement j’eu l’impression d’avoir déclenché sans le savoir une alarme. Rien, aucun bruit, mis à part celui de mon estomac. Fallait que je me nourrisse. C’était bien beau sauver les derniers humains encore « vivants » de ce monde pourri, mais si je mourais de faim ou que j’étais trop faible pour continuer ma quête, tout cela n’aurait servi à rien. Je fis donc le tour du bâtiment. J’avançais lentement, je ne voulais pas me faire repérer. Au bout d’un temps, je me rendis bien compte que les bureaux étaient vides, tous les employés avaient quitté. Je trouvai ce qui semblait être la cafétéria des employés et je me trouvai quelques grignotines à manger. Pas grand-chose à vrai dire. Un vieux yogourt et une pomme un peu ratatinée qui trainaient dans le fond du réfrigérateur. Cela fut suffisant. Il y avait bien une machine distributrice, mais comme je n’avais pas accès au Réseau et que je ne voulais pas la casser, je passai mon tour. Je ne voulais pas que l’on retrouve des marques de mon passage.

Je pénétrai dans le bureau vide qui m’avait permis d’entrer la première fois. J’ouvris les tiroirs et trouvai du matériel comme des petits carnets, des feuilles et des crayons. Je pris un des carnets, un crayon et je posai mes fesses sur la chaise. Durant mon trajet de retour dans le tunnel, j’avais beaucoup réfléchi sur le comment je pourrais laisser des traces, comment je pourrais indiquer où se trouvait la Sortie de secours sans pour autant la dévoiler publiquement ou attirer l’attention des Autorités. De plus, j’avais aussi réfléchi sur mes moyens de subsistance en tant que paria dans la Grande Ville et la Matrice.

Je commençai à rédiger les notes que je voulais laisser pour ceux qui chercheraient une échappatoire. Ils pourraient bien sûr suivre les traces que j’avais moi-même suivi pas à pas. Mais la découverte du groupe avec Martin m’avait fait prendre conscience que ce jeu de chasse au trésor n’était pas nécessairement à la portée du premier venu. De plus, cela m’avait moi-même pris des années avant de réussir à regrouper toutes les pièces du puzzle. Je ne croyais pas que les humains qui restaient à l’heure actuelle avaient tant d’années encore devant eux.

Je ne pensais pas que les Autorités se lanceraient à la poursuite des survivants une fois ceux-ci sortis de la Grande Ville et de l’influence de la Matrice. Je croyais plutôt qu’ils allaient simplement boucher la sortie et surveiller son entrée plus étroitement pour prendre sur les faits les retardataires. Depuis toutes ces années, je n’avais jamais entendu les Autorités, ni de rumeurs venant des quelques rares éveillés que je connaissais, mentionner que des chasses hors des murs avaient été faites. Bien au contraire. Rien ne semblait exister hors des murs de la Grande Ville, rien n’existait en dehors de la Matrice.

Je rédigeai donc des notes assez explicites sur la façon de trouver la sortie de cet enfer matriciel. Je terminai mon message en disant aux futurs lecteurs de laisser le carnet là où ils l’avaient trouvé pour que les prochains puissent trouver eux-aussi la sortie.

Bon… une première étape de fait. Maintenant où donc laisser ce précieux carnet ? Où donc avais-je moi-même trouvé tant d’indices ? À la bibliothèque bien sûr! Cela pouvait sembler étrange à première vue, pourtant ce ne l’était pas. Au début de la Grande Ville, il y avait plusieurs bibliothèques encore accessibles à tous. Puis peu à peu, elles fermèrent toutes sauf une. Avec les années, le choix des livres papiers disponibles c’était rarifié, de plus en plus contrôlés, réglementés et puis censurés. Il ne resta bientôt plus que des reliques d’un autre âge totalement épurés de tout ce qui n’étaient pas autorisés par les Autorités. Mais, car il y a toujours un mais, il resta les cartes de la Grande Ville et des auteurs si vieux en âge, comme Jules Verne notamment, que leur contenu en était devenu farfelu pour ceux vivant aujourd’hui. De toute façon, personne ne les lisait jamais et ils étaient là sur les étagères et prenaient la poussière. Peut-être même étaient-ils laissés là exprès, un genre d’attrape nigaud pour les éveillés.

De toute façon, bientôt même la seule et unique bibliothèque de la Grande Ville fut presque vide de visiteurs et de lecteurs. Les jeunes, comme les vieux, préféraient maintenant le contenu en ligne disponible grâce au Réseau et à la Matrice.  Bien peu de gens fréquentaient la bibliothèque et celle-ci n’était que peu ou pas surveillée étant donné son contenu plus qu’épuré. Je pourrais surement m’y risquer. Je comptais laisser le petit carnet juste à côté d’un livre bien précis, Famille-Sans-Nom[1] de Jules Verne.

S’il restait encore une personne pour s’intéresser aux écrits de Jules Vernes, cela serait surement un éveillé. Au pire, le carnet serait détruit et la Sortie de secours avec lui. Au mieux, un réveillé le trouverait… peut-être. Ou peut-être que mon petit carnet resterait là jusqu’à temps qu’il tombe en poussière. Je ne savais pas quoi faire d’autre de toute façon. Je rangeai le carnet dans ma poche arrière et je sorti par la fenêtre. Je fis le trajet à pied, tranquillement, sans me presser, mais avec vigilance pour me soustraire aux drones et caméras de surveillance. Cela me prit quelques heures et j’arrivai enfin à destination.

Avant d’entrée dans la bibliothèque, je fis le tour du quartier, faisant semblant d’aller quelque part. En fait, je repérais les lieux pour savoir où je pourrais passer la nuit sans me faire remarquer. J’en profitai aussi pour noter les poubelles les moins surveiller. Fallait bien que je me nourrisse et comme je n’avais pas accès au Réseau, je ne pouvais rien acheter dans les magasins. De plus voler était totalement exclus, car je me ferais prendre illico. Je repassai à plusieurs reprises devant la bibliothèque, mais cela ne semblait jamais être le bon moment. Trop de va et vient, trop de gens, pas assez de gens, des surveillants, etc. Je dû me rendre à l’évidence, je n’étais pas tombée sur la bonne soirée pour aller à la bibliothèque. Par ailleurs, la nuit ne semblait pas non plus le moment le plus approprié, il y avait plus de surveillance. Beaucoup plus que dans mon souvenir, pourtant pas si lointain.

Ce n’était que partie remise. J’allai me cacher dans une ruelle sombre, derrière des poubelles. Curieusement, très peu de drones et aucune caméra de surveillance ne semblaient viser les poubelles qui se trouvaient dans les petites ruelles. Le lendemain, je refis le même manège en passant et repassant devant la bibliothèque, mais encore une fois ce n’était jamais le bon moment. J’espaçais tout de même mes allers et venues de quelques heures pour ne pas être repérée. Parfois aussi je me cachais dans le petit bois face à l’édifice pour observer les environs.

Pendant près d’un mois, je tentais de pénétrer dans la bibliothèque. Un gros trente jours à boire dans les fontaines, à me nourrir des résidus laissés dans les poubelles publiques et à me coucher dans une nouvelle ruelle sombre à chaque nuit. Je ne couchais jamais deux fois au même endroit et j’utilisais toujours des toilettes publiques différentes pour mes besoins naturels et me laver. Bien évidemment, mes vêtements commençaient à être défraichis, mais pour cela je ne pouvais pas y faire grand-chose puisque je n’avais pas trouvé de vêtement de rechange nulle part.

J’avais tenté à quelques reprises de prendre contact avec d’anciennes connaissances que je savais éveillée, mais soit visiblement ils avaient été lobotomisés, soit ils avaient tout simplement disparu et leurs voisins semblaient même n’avoir jamais entendu parler d’eux. C’est ce qui m’inquiétait le plus. Il semblait s’être passé quelque chose la soirée où j’avais quitté la Grande Ville et rejoins le groupe dans les tunnels sous la ville. Il devenait de plus en plus évident que je ne pourrais rien faire de plus que de déposer mon petit carnet à la bibliothèque et fuir à nouveau avant de me faire prendre par les Autorités. J’avais déjà beaucoup trop tergiversé, j’allais devoir m’exposer et entrer coute que coute dans la bibliothèque.  

Le matin du 31e jour, je me postai dans les buissons face à l’édifice et j’attendis des heures bien cachée par les feuilles. Je voulais être certaine de ne pas être vu ou surveillée pour pouvoir entrer sans tracas dans la bibliothèque. Enfin, la chance me souriait et le bon moment se présenta. Il y avait foule dans la rue, les gens allaient et venaient pour leurs sorties de fin de soirée et mon arrivée passerait inaperçu. La bibliothèque ne fermait jamais, je pouvais donc y aller sans crainte de me retrouver dans une porte fermée. Je traversai la rue d’un pas tranquille, mais assuré, comme si j’appartenais encore à ce monde et que j’avais quelque chose d’important à faire, ce qui était manifestement le cas. Bref, je me comportai comme les autres citoyens de la Grande Ville, et ce, même si je commençais à rassembler à une clocharde.

J’allais monter les marches lorsqu’une vieille dame me prit le bras. Je fus surprise. Je la regardai interloquée et le regard un peu apeuré.

  • Je vois à votre regard que vous êtes réveillée et à vos habits que vous êtes en fuite. Moi et ma petite-fille le sommes aussi, mais nous ne pourrons plus nous cacher bien longtemps. Nous ne savons plus quoi faire pour ne pas être repérés des Autorités. Ils ont fait plusieurs rafles au début du mois et tous les contacts que ma petite-fille avaient établis ont disparus. Ma fille et mon gendre ont été pris il y a quelques semaines et nous ont été rendu lobotomisés. Les regarder tous les jours avec ce regard vide est une réelle souffrance. Aidez-moi ! Je vous en supplie aidez-vous !

Puis elle me lâcha le bras aussi soudainement qu’elle me l’avait pris et elle alla s’asseoir sur le banc comme si elle attendait l’autobus. Je pensai à la vieille dame, puis au carnet, puis encore la vieille dame et encore le carnet. Je m’approchai d’elle et je me penchai comme si je ramassais quelque chose par terre pour le mettre à la poubelle.

Je me relevai en lui disant doucement « J’ai quelque chose d’urgent à faire. Attendez moi cinq minutes, puis retournez rejoindre votre petite fille, je vous suivrai de loin. »

Je me retournai et montai les marches menant à la bibliothèque. L’ambiance était feutrée à l’intérieur. Je poussai un soupir de soulagement. Malgré tous les tracas causés par les Autorités et la Matrice, me retrouver à la bibliothèque avait toujours un effet calmant sur moi. J’avançai parmi les rayons, l’air studieuse et très occupée pour ne pas éveiller les soupçons. Je me donnai beaucoup de peine pour rien, car il n’y avait personne. La bibliothèque était de moins en moins visitée. Pourquoi garder cette relique du passé ? Un passé depuis longtemps révolu. Je ne savais pas. Peut-être restait-il un éveillé dans les rouages administratifs de la Grande Ville?

Je trouvai ce que je cherchais et je glissai mon petit carnet noir entre deux livres de Jules Verne, dont Famille-Sans-Nom. Les deux livres étaient reliés en noir et mon petit carnet aussi. Il passerait inaperçu à celui qui ne cherchait pas ou qui ne voulait pas voir. Je fis cela rapidement et subtilement, ce n’était pas parce qu’il n’y avait personne que je n’étais pas surveillée.  Dans la Grande Ville, on était tout le temps surveillé. Les coins où l’on pouvait se cacher des caméras et des drones étaient rares. Je sorti rapidement de la bibliothèque, juste à temps pour voir la vieille dame tourner le coin de la rue. Je me dirigeai dans sa direction, toujours avec le même pas confiant et affairé, mais sans empressement. En tournant le coin, je vis qu’elle se retournais pour voir si je l’avais suivi. Je fis comme si je n’avais rien vu. Elle poursuivit son chemin et moi de même. Au bout de plusieurs minutes de marche, elle disparut dans un petit bosquet. Je ralentis le pas, puis finalement je pénétrai à mon tour dans la futaie. J’y retrouvai la vieille dame et une gamine d’environ 10 ans.

La fillette semblait apeurée et en même temps soulagée de me voir. Elle enlaça sa grand-mère et se mit à sangloter. Je vis deux sacs à dos par terre.

  • Où comptiez-vous aller ?, demandais-je.
  • Nous ne savons pas. Nous avons couché ici la nuit dernière. Nous ne pouvons plus retourner à notre appartement depuis les rafles d’hier. Je pense que des voisins nous ont dénoncé. À moins que cela soit ma fille et mon gendre, mais cela me surprendrait, ils agissent comme des robots et se rendent à peine compte de notre présence. Ils ont le regard si vide… ils en sont effrayants, me répondit la vieille.

La petite s’accrochait à sa grand-mère comme une naufragé à sa bouée. Je ne pouvais pas les laisser là.

  • Savez-vous s’il y a d’autres éveillés dans les environs ? Vous habitiez dans quel quartier ?
  • Nous habitions dans le quartier des Hirondelles.

La petite vieille rit nerveusement.

  • Comme s’il restait encore des hirondelles… dit-elle dans un rire sarcastique.

Un quartier complètement à l’opposé du mien, j’y avais déjà eu un contact, mais il était mort depuis longtemps.

  • Et pour les autres éveillés ? Y en avait-il dans votre quartier.

Cette fois-ci c’est la petite fille qui me répondit.

  • Cela fait presque cinq ans que je suis éveillée. Des voisins m’ont aidé pendant un temps, puis ils sont partis. Peu à peu, les autres amies que je me suis faites dans le quartier et aussi ceux des autres quartiers avoisinants ont disparu. Ensuite mes parents se sont éveillés, puis ils ont été enlevés et sont revenus… changés. Ce n’est plus eux. Pendant un temps je n’ai plus su quoi faire, puis ma grand-mère s’est éveillée. Mais hier, il y a eu la grande rafle dans notre immeuble et plusieurs ont disparu, même des gens dont je ne soupçonnais pas l’éveil. Je pense qu’il ne reste que nous dans tous les quartiers des oiseaux.

Je repensai aux trente derniers jours où j’avais fait pas mal le tour de tous les quartiers avec des noms de mammifères. La Grande Ville était divisée en cinq grands secteurs, chacun composé de quartiers avec des noms ayant les mêmes consonances ou significations. Le premier secteur est celui des mammifères (celui où j’ai passé le dernier mois), le 2e secteur est celui des oiseaux, le 3e est celui des arbres (mon quartier avant de quitter la Matrice), le 4e secteur est celui des poissons et le 5e secteur, celui des rochers (il regroupait le quartier des affaires, les centres commerciaux et les entrepôts en tout genre, celui qui menait vers la Sortie de secours). Je savais avant de quitter la Matrice qu’il restait très peu ou pas du tout d’éveillés dans le secteur des arbres. Mon expérience des derniers jours ainsi que celle des dames devant moi me confirmait la même réalité pour le secteur des oiseaux et des mammifères. J’avais peu d’espoir pour le secteur des poissons, de même que pour celui des rochers.

  • Ok, on va sortir d’ici. Je connais une sortie.
  • Comment !? s’exclama la vieille femme, c’est impossible. Il n’y a rien en dehors de la Grande Ville tout le monde sait cela.
  • Vraiment ? lui répondis-je. Tout le monde sait cela ou c’est ce que les Autorités veulent nous faire croire ?

La vieille ne dit rien.

  • Mamie, il faut s’en aller. On n’a plus rien à faire ici. Si la dame connait une sortie, je pense qu’on devrait la suivre.
  • Mais et tes parents? , lui répondit-elle.

Le regard de la fillette s’assombrit : « Je n’ai plus de parent. Il ne me reste que toi. » La grand-mère acquiesça, elle se rendait bien compte qu’il n’y avait pas d’autre alternative de toute façon.

  • Vous allez me suivre à bonne distance pour ne pas qu’on se fasse repérer.
  • Et si vous vous faites prendre, qu’allons-nous faire quoi ?
  • Vous allez au 55 rue Améthyste. C’est un vieux garage administratif pour la voirie ou quelque chose du genre. Il n’y a personne la nuit, donc on va être correct. C’est quand même à une bonne distance de marche. Vous pourrez pénétrer dans l’édifice par une des fenêtres du côté. Ensuite, vous allez au sous-sol, vous soulevez la trappe et vous suivez les lumières bleues jusqu’à la porte avec un code d’accès.
  • Mais on ne connait pas le code d’accès.
  • S0M1V2T3M4J5S6U7N8P9. C’est la première lettre des planètes avec leur ordre, en commençant à zéro puisque le soleil n’est pas une planète.
  • Je… je ne connais pas le nom des planètes, répondit la vieille en rougissant.
  • Moi ! Moi je les connais grand-mère, s’écria la petite fille toute excitée à l’idée de connaitre le code secret.
  • Ok ne perdons pas de temps alors et allons-y, dis-je.

J’allais sortir de la futaie lorsque j’entendis crier. J’étais sur le point de retourner me cacher, mais mon instinct me disait de sortir au plus vite. J’ai bien fait de l’écouter. Deux personnes distinctes, séparées l’une de l’autre de plusieurs mètres, semblaient s’être réveillées en même temps, totalement en panique, chacune sur son trottoir. Cela arrivait parfois chez les adultes. La plupart d’entre eux avaient tendance à se réveiller de façon brutale et généralement, un bref instant de panique s’en suivait. Malheureusement, si le réveil se faisait en pleine rue ou en public, cela s’annonçait mal pour le nouvel éveillé. Et dans le cas présent, effectivement, à peine quelques secondes plus tard, je vis arriver les surveillants qui s’empressèrent d’amener les deux nouveaux éveillés. Cependant c’est la première fois que je voyais ce phénomène, deux personnes sans lien apparent se réveiller en même temps, au même endroit et de la même façon. Cela était tout à fait surprenant et cela ne me disait rien qui vaille.

Je sortie et me dirigeai vers le secteur 5 en me faisant la plus discrète que possible. Cela ne fut pas difficile, toute l’attention était dirigée vers les nouveaux éveillés. Après quelques minutes, je me retournai et je vis mes deux nouvelles recrues me suivre. Tout en marchant, je vis d’autres personnes qui s’éveillaient plus ou moins brutalement. Toujours par groupe de deux ou trois, toutes dans un rayon de plus ou moins cinq mètres entre elles. Mais c’était quoi ce bordel ? Une réaction en chaine ou quoi ? D’autres surveillants affluaient. On allait devoir se grouiller. Si on se faisait prendre avec les nouveaux, on allait très certainement finir avec le cerveau lobotomisé. Et ça c’était le scénario optimiste.

Je regardai derrière moi et je vis les deux femmes qui pressaient aussi l’allure. La crainte se lisait sur le visage. Elles allaient nous faire repérer si elles laissaient leur sentiment transparaitre à ce point. Une chance pour nous, les surveillants avaient d’autres cibles plus prioritaires en vue. En effet, plus nous progressions vers le secteur 5 et plus les gens semblaient s’éveiller et plus les surveillants affluaient en quantité. On avait dépassé le quartier des affaires et entrait dans le secteur des entrepôts. Le 55 rue Améthyste était tout près. J’y attendis mes nouvelles compagnes. Il n’y avait absolument personne dans les environs, tout était étrangement calme. Trop calme.

  • Par ici, leur dis-je, en leur faisant signe de me suivre derrière l’entrepôt.

Des bruits sourds commençaient à se faire entendre, puis des cris. Une émeute ? Une révolte dans la Grande Ville ? Impossible. À moins que cela soit la réaction en chaine des éveillés. The Shit Will Hit The Fan comme on dit. Aussi bien se dépêcher.

  • Ne perdons pas de temps, murmurais-je.

Je commençai par la petite fille. Elle ouvrit facilement la fenêtre. J’aidai la vieille femme ce qui s’avéra un peu plus compliqué. On n’est pas très souple à cet âge, mais elle parvient tout de même à pénétrer dans l’immeuble. Puis ce fut mon tour. Juste à temps. J’entendais les clameurs et des bruits de bataille qui se rapprochaient dangereusement de nous. Nous nous dirigeâmes rapidement vers le sous-sol. On n’avait plus un instant à perdre.  J’ouvris la lumière, pris la pioche et soulevai la trappe menant au tunnel. Nous descendîmes rapidement. J’entendis des bruits de fenêtres qui éclatent. On n’avait plus beaucoup de temps. Dans les tunnels, je courrais et mes compagnes tentaient de suivre mon allure du mieux qu’elles pouvaient. Nous atteignîmes la porte dérobée avec le code secret. Je le tapai et la porte s’ouvrit. J’allais refermer la porte, mais on aurait dit que quelque chose la bloquait.

  • Merde ! m’exclamais-je.

J’essayai un peu de la décoincé, mais rien à faire. Tant pis. Elle resterait ouverte, l’important c’était qu’on sorte de l’enceinte de la Grande Ville. Au petit trot nous nous dirigeâmes vers l’extérieur. On ne pouvait pas courir, d’abord parce qu’il faisait trop noir et ensuite parce que la vieille dame était déjà fatiguée.

On bout d’un certain temps, nous atteignîmes la grille menant à l’extérieur. Il faisait soleil. Avions-nous marché si longtemps que la nuit avait passé ou était-ce la Matrice qui modifiait les heures du coucher ou lever du soleil, difficile à dire. À partir de là, la petite pris la tête de notre trio, car je soutenais sa grand-mère qui avait de plus en plus de mal à marcher. Après je ne sais plus combien de temps, la petite s’arrêta et je m’arrêtai au côté d’elle. Je levai la tête pour voir ce qui l’avait arrêté ainsi.

Un homme.

Il y avait un homme debout à une centaine de mètres de nous environ. J’avais le soleil dans les yeux, alors je le voyais mal. Je mis une main au-dessus de mes sourcils, en pare-soleil. Était-ce…

Martin ? Martin oui ! Oui ! C’était bien Martin. Mais comment ? Pourquoi ? L’émotion me submergea et les larmes vint à mes yeux.

  • Ça va, dis-je, je le connais.

Notre petit trio se remit en marche. Arrivé à sa hauteur, il me fit un grand sourire.

  • Je savais que tu t’en sortirais et que tu reviendrais.
  • Mais comment tu as su que je sortirais aujourd’hui ?
  • Je ne le savais pas. Je savais juste que tu reviendrais, j’en étais persuadé et mon instinct ne me trompe jamais.
  • Quand même ! Cela fait plus d’un mois que je suis partie, comment as-tu su ?

Il prit un air contrit.

  • Je savais que tu reviendrais, mais je ne savais pas quand tu reviendrais. Alors une fois notre groupe bien en sécurité et bien installé, j’ai ressenti le besoin urgent de venir ici, attendre ton retour. Cela fait quelques jours que je bivouaque juste en arrière de la petite colline que tu vois là.
  • Viens, je vais t’aider, ajouta-t-il.

Et Martin m’aida à soutenir la vieille femme qui n’en menait pas large. Je me sentais incroyablement heureuse et soulagée de sa présence. Et aussi, oui, assez… comment dire… aux anges qu’il soit venu m’attendre.

Nous arrivâmes en haut de la crête, on voyait son campement sous un arbre prêt d’une… rivière. Une rivière ! Mon dieu que c’était beau ! On s’installa à son campement. La grand-mère avait vraiment besoin de se reposer avant de reprendre la route et Martin nous avait avisé que le chemin serait long et ardu avant d’arriver au camp des éveillés qui se trouvait plus loin et plus haut en montagne. Après trois jours, Renata, c’est le nom de la grand-mère, se dit enfin prête à faire le chemin. Alors on ramassa nos affaires et on tenta de camoufler du mieux que nous pouvions nos traces. Isabella, la petite fille nous quitta quelques minutes. Elle monta sur la butte pour voir les enceintes de la Grande Ville une dernière fois. Renata nous dit que c’était parce qu’elle voulait dire adieu à ses parents.

Soudainement, elle courut vers nous.

  • Des gens, des gens. !!! Il y a des gens qui s’en viennent, nous dit-elle tout excité.
  • Et merde ! m’exclamai-je. Des surveillants surement! Ils nous ont suivi!

Je couru avec la petite vers le sommet de la butte et je tombai à genoux.

  • Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as mal ? Tu t’es blessée ? me dit Martin qui venait tout juste de nous rejoindre.
  • Regarde, dis-je avec un grand étonnement.

Martin regarda et il fut tout aussi surpris que moi.

Des gens ! Plein de gens, des tonnes de gens sortaient de l’enceinte ! Ils sortaient de partout ! Pas seulement du tunnel que nous avions emprunté, mais aussi des portes de la Grande Ville. Même à cette distance on voyait qu’elles étaient ouvertes, car une très longue filée de gens en sortait. Ces gens n’étaient plus soumis à la Matrice, car on en voyait certains sauter, danser et faire des cabrioles. Des éveillés, tout plein de nouveaux éveillés ! Le peuple de la Grande Ville s’était réveillé massivement par je ne sais quel miracle de Mère Nature, de Dieu, de la Déesse, un bug, un court-circuit dans la Matrice ou que sais-je encore.

Le peuple s’était libéré de la Matrice, s’était libéré de la Grande Ville et de ses Autorités. Le peuple était libre et éveillé à nouveau.

ÉPILOGUE

Lorsque nous avons quitté la Matrice et la Grande Ville de façon précipitée, moi, Renata et Isabella, de plus en plus de gens se sont éveillés de façon tout à fait spontanée. Les gens se réveillèrent brutalement en si grand nombre que cela causa des émeutes. Malgré les directives intransigeantes et hostiles des Autorités, les surveillants eurent beaucoup de mal à réprimer la révolte et à empêcher les gens de sortir de la Grande Ville. Puis soudainement, il y eu un grand silence. Un silence que l’Humanité, que le Peuple de la Grande Ville n’avait plus entendu depuis… des siècles. La Matrice avait cessé d’être et le bourdonnement qui lui avait embrouillé l’esprit, le cœur et l’âme depuis des siècles se tu.

Curieusement lorsque la Matrice se tue, lorsqu’elle cessa d’être, et personne n’a jamais très bien su pourquoi, tous ceux qui restaient à réveiller s’éveillèrent. Il resta les lobotomisés qui eux ne s’éveilleraient jamais, ainsi que les surveillants et les membres de l’Autorités. Pour ceux-là, les surveillants et les autorités, le silence définitif de la Matrice eux un autre effet. Ce silence abrupt les tua sur le coup, tous sans exception.  Il ne resta donc que les lobotomisés, qui n’étaient en fait que des corps vides accomplissant leurs tâches quotidiennes sans se préoccupés de rien d’autres. Les éveillés quittèrent massivement la cité et ce sont eux que nous avons vu du haut de la colline.

Cela nous pris quelques semaines, mais nous nous organisâmes, nous les anciens éveillés ainsi que les nouveaux. Prendre les décisions ensemble, pour le bien être de tous, savoir quoi manger, comment se loger, etc. Certains d’entre nous préférèrent retourner dans la cité. Dormir et habiter dans un environnement extérieur, être soumis aux aléas de la météo, des insectes et autres désagréments reliés à la vie nature ne leur convenaient pas et ils préféraient les logis de la ville, même si tout était à refaire et surtout, plusieurs y avaient laissé des membres de leur famille ou des amis lobotomisés. Nous les laissâmes partir, nous étions tous libres maintenant, libres de nos décisions et surtout libres de nos allers et venues. Et puis, cela eu aussi certains avantages, puisque grâce à cela, nous pûmes recommencer à commercer, à faire du troc et permettre aux biens et services de circuler librement entre les individus et entre nos deux communautés. Il y eu bien sûr quelques petites chamailleries, l’humanité étant ce qu’elle est, mais sommes toutes, les choses se terminèrent bien. Aucun d’entre nous ne supportait l’hostilité, la violence ou l’agressivité gratuite, alors cela aida à calmer les ardeurs de certains.

Cela faisait si longtemps que nous avions été encagés… Nous voulions être libres maintenant, libres d’aimer, libres de courir, libres de paresser au soleil, libres de pêcher, libres… Puis nous recommençâmes à observer les oiseaux et à nous demander où le vent pouvait bien mener.

Bientôt des équipes se formèrent pour explorer le monde et découvrir s’il y avait encore d’autres cités et si elles avaient été libérées elles aussi. Un nouveau monde s’offrait à nous et nous comptions bien en profiter.


[1] « Jules Verne, a consacré un roman important aux Patriotes de 1837-1838. Famille Sans-Nom porte d’abord sur les tribulations de Jean Sans-Nom, jeune patriote engagé dans la lutte afin de libérer le Bas-Canada de l’occupation britannique. Verne y démontre une connaissance appréciable des faits historiques authentiques, mais ce sont surtout ses descriptions géographiques et sa parfaite compréhension des ressorts dramatiques qui suscitent notre admiration. L’auteur de Voyage au centre de la Terre ne cache pas ses sympathies pour ce vaillant petit peuple qui lutte pour son indépendance. » – http://www.1837.qc.ca/1837.pl?out=article&pno=5507


15 réflexions sur “Sortie de secours – Chapitre 4

  1. Coucou Aragonne,

    Ton histoire est tellement réelle, je suis certain que tu as dû vivre de ces histoires, je suis impressionné de tous ces détails dans ton histoires, comme si tu l’avais vécu.Je ne sais pas si tu connais Élisabeth de Caligny, c’est une conteuse de réels histoires d’extraterrestres qui existent dans la littérature populaire. Elle rapporte des faits du genre qui se sont passées comme dans ton histoire, et ton est si plausible qu’elle pourrait-être reconnue comme authentique.

    J’ai lu tous les passages avec une grande attention tellement c’est bien ficelé. J’ai senti au travers de tes mots une réelle énergie d’un autre monde, comme je ressens quand je reçois la visite d’êtres extraterrestres.

    J’ai adoré ton histoire, je ressentais comme une réalité différente et comme celles que je vis, je me sentais chez moi, bravo et merci de nous faire vivre tes nombreuses réalités des mondes ou tu vis.

    Charly

  2. Coucou,

    Oui j’en ai lu de tes histoires sur ce site toutes mes histoires en un clic, et là je vais lire l’homme sans visage, et je te dirai ce que j’en pense, merci je suis content de te lire.

    Je sais ne pas si tu le sais, mais tu es hyper intelligente sur la terre et en plus tu es hyper intelligente dans l’invisible, c’est ce qui te donne un grand équilibre et une dualité que tu contrôle, alors j

    Je te suivrai partout, et comme tu le dis, çà fait un moment que je te suis. Je ne veux pas te perdre de vue.

    Charly

    1. Elles sont parfois un peu effrayantes mes histoires. Quand on est en sécurité, écrire des histoires effrayantes ou horribles, ça donne juste des petits frissons.
      Mais aujourd’hui avec ce que l’on vit, j’ai besoin d’écrire de belles histoires, de celles qui donnent espoir.

  3. Coucou Aragonne,

    Wow, que tu écris bien, ton histoire se tient du commencement à la fin. Ce que tu as écrit dégage beaucoup d’intelligence, et l’histoire se suit d’un mot à l’autre, il n’y a pas de temps mort, et j’aime ce genre d’histoire. On dirait une aventure qui t’es arrivée personnellement tellement tu y mets ton coeur et ton intelligence. j’ai l’impression d’avoir vécu cet histoire en la lisant, comme si je faisais parti des personnages et de l’histoire.

    Bravo Wonder Gen, tu as dû vivre des histoires dans d’autres mondes, on dirait que ton histoire est réelle, je sentais que tu la vivais en te lisant, et moi aussi je la vivais aussi en la lisant.

    Es-tu capable d’en faire une avec des extraterrestres, il y a tellement de choix de scénarios, ou les extraterrestres seraient amis avec les humains, parce que d’hab ils envahissent toujours la terre.

    Charly dans les étoiles…

    1. Merci Charly pour tes beaux commentaires 🥰
      Pour des histoires avec des ET, va voir « Nouvelle aube » et « L’homme sans visage ». Tu les trouveras dans la section « Toutes mes histoires en un seul clic ».

      J’ai une autre histoire aussi qui se passe dans l’espace, mais elle est très loin d’être achevée et je ne l’ai pas mis en ligne.

      Toutes ces histoires que j’écris et bien je les ai d’abord rêvé alors on peut dire que je les ai aussi vécu.

      Je suis contente que mes histoires te plaisent.

      1. Coucou Aragonne,

        Je suis certain que tu as vécu des tas d’histoires dans d’autres univers, et tu les revis en visualisation, et par des rêves endormis et réveillés, tu as beaucoup à nous dire….je vais aller voir dans toutes tes histoires, alors j’ai hâte de lire ton histoire de l’espace.

      2. Y a plein d’histoires intéressantes dans ma section « Toutes mes histoires en un seul clic ».

        Ça fait longtemps que tu me suis, tu en as sûrement lu plusieurs.

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