La sorcière au dragon – Chapitre 2


CHAPITRE 2

Ma charmante petite âme avait réintégrée le corps de la petite sorcière. Et elle vécut une enfance relativement heureuse au sein de sa famille. Pourquoi relativement ? Vous savez le bonheur, on l’apprécie mieux quand il n’est pas tout le temps présent. Une petite déprime de temps en temps, rend le bonheur et la joie de vivre encore plus vibrants lorsqu’on les ressent. Cela dit, c’est mon opinion. Et malgré mon infinie sagesse et ma grande intelligence, j’ai encore beaucoup de choses à apprendre et les humains sont si prévisibles et imprévisibles à la fois, c’est très divertissant de vous regarder aller.

Ainsi donc ma petite sorcière eut une enfance relativement heureuse. Au début, elle venait me voir souvent dans ses rêves. Nos esprits pouvaient communiquer plus facilement à ce niveau. De plus, il va sans dire qu’après sa disparition dans les bois, ses parents furent beaucoup plus vigilants à son égard. Ils ne l’ont pas lâché d’une semelle pendant un sacré bout de temps. En tout cas au moins jusqu’à l’arrivée de ses frères et sœurs. Normalement, si elle était retournée dans le cercle de fée, nous aurions pu fusionner en un seul corps comme au temps où j’avais combattu le monstrueux avec elle. Malheureusement, ses parents ne lui ont pas permis de retourner dans les bois jusqu’au jour où… Et c’est la partie de l’histoire que je vais vous raconter aujourd’hui.

La petite Genny se réveilla un matin, elle devait alors avoir dans les douze ans, et elle eut envie d’aller gambader un peu dans les bois. En fait, cela fait plusieurs années déjà qu’elle avait envie d’aller explorer la forêt, mais ses parents le lui avaient toujours défendu. Et quand elle demandait des explications, après tout quel mal pouvait bien se trouver dans ce charmant petit boisé, ils lui répondaient toujours qu’un jour et elle s’y était perdue et qu’ils avaient bien failli ne jamais la retrouver. Cette explication la retint pendant un certain temps, mais l’âge aidant, un jour elle ne la retint plus. Ainsi Genny retourna explorer le bois près de chez elle. Ses parents ne le surent pas, mais à cet âge elle avait plus de liberté et pouvait se permettre de vagabonder entre deux repas et lorsque toutes ses tâches étaient terminées. Ses frères et sœurs étaient comme d’habitude en train de se bagarrer dans le jardin, son père en train de les houspiller pour qu’ils finissent enfin leurs tâches et sa mère occupée à la cuisine. Elle n’eut ainsi aucune difficulté à s’esquiver furtivement de la maison familiale.

C’était une belle matinée chaude et ensoleillée. Le genre de matinée où le soleil brille, le ciel est bleu et sans nuage et où les oiseaux et les grillons chantent à qui mieux mieux. Genny pénétra dans le petit bois et commença son vagabondage. Elle eut tôt fait de remarquer qu’un chemin se traçait, mais que ce n’était pas le chemin principal ni un chemin secondaire. On aurait dit un tracé à part, peut-être la piste d’un daim ou autre gentil petit animal. Une chose était sûre, elle avait envie de prendre la porte de traverse et de sortir des sentiers battus. Cependant, elle était tout de même un peu hésitante, elle avait souvent traversé ces bois avec ses parents pour aller à la ville, au marché ou ailleurs, mais jamais elle ne l’avait fait seule et surtout JAMAIS elle n’avait dévié du chemin. Et si elle se perdait et qu’elle ne retrouvait plus son chemin comme ses parents le lui avait si souvent rappelé ? Et si elle rencontrait une bête sauvage, un loup ou un ours ou pire encore ? Son père racontait parfois à ses petits frères et sœurs l’horrible histoire du Chlakkababoom. Un genre de montre poilu avec plein de dents et de griffes pointus dont la spécialité était de manger les petits enfants. Genny savait bien que c’était une histoire inventée pour éviter que les petits aillent se perdent dans les bois, mais elle se demandait quand même s’il n’y avait pas là, à quelque part, un fond de vérité. Elle avait comme une petite voix intérieure qui lui soufflait à l’oreille qu’il était bien possible que ce genre de monstrueux existe réellement…

Bref, n’écoutant que son courage ou sa témérité, elle finit par prendre le chemin de traverse et elle eut alors l’impression de pénétrer dans un autre univers. Ce qui évidemment n’était pas le cas, cependant, elle eut vraiment le sentiment de voir les choses différemment. Les couleurs étaient plus brillantes, les sons plus aigus, la brise plus douce et les arbres et autres feuillages semblaient réellement lui faire un chemin. Elle arriva finalement à la petite clairière où se trouvait le cercle de fée. Le pré était étonnamment invitant, les herbes douces, les fleurs odorantes et jolies. Lorsqu’elle vit le rond de champignons, tout de suite elle y fut attirée. Pourtant, il ne brillait pas ni rien. Ce n’était qu’un cercle de champignons, mais elle avait entendu dire en écoutant les histoires des adultes que parfois ces cercles étaient appelés rond de sorcière ou cercle de fée et que ceux-ci étaient magiques. Inévitablement, elle y fut attirée et pénétra en son centre. Au début il ne se passa rien. Puis Genny s’assit en tailleurs. Elle prit plusieurs respirations profondes et s’endormie. Du moins, elle eu l’impression de s’endormir. En fait, on peut dire qu’elle entra dans un genre de transe. Et comme la première fois lorsqu’elle était petite, son âme sortie de son corps, de son cœur de chair.

La petite âme s’ébroua comme le font les chiens parfois pour se dégourdir et elle se mit à briller plus intensément. Un effet secondaire de savourer la liberté d’être hors de la prison de chair, la prison du corps. Elle regarda partout autour d’elle, remarqua la limite du cercle de fée, se rappela que la dernière fois qu’elle avait franchit ce seuil un monstrueux avait voulu la dévorer, que la noirceur avait été à deux doigts de la posséder et que finalement… tout était rentrer dans l’ordre. Mais surtout, elle se rappela l’aide miraculeuse qu’elle avait obtenu. Elle se rappela l’esprit qui l’avait soutenu et aidé à se sortir de ce mauvais pas. Elle se rappela de Moi.

Au même moment, du fin fond de ma caverne obscure, noire, sombre, mais surtout bien chaude, j’ouvris un œil. Je dormais profondément depuis plusieurs années, processus nécessaire à ma croissance, lorsqu’au tréfond de moi-même je senti ma petite âme qui sortait de Genny et attendait sagement dans le cercle de fée. Elle n’était pas en danger et elle ne m’appelait pas. Mais fait tout aussi important, elle pensait à Moi. Et de façon très, comme dirais-je, forte.

La petite âme observa encore quelques instants tout autour d’elle, regarda vers les cieux, brilla encore plus intensément d’une lumière chatoyante. Puis elle disparut.

Et Genny ? Vous vous demandez ce qu’il va bien pouvoir lui arriver, seule au milieu du cercle de fée sans son âme? Eh bien, il ne lui ait rien arrivé. Je vous le rappelle que ce cercle de champignons est bien spécial, c’était aussi un cercle de protection. Le temps était au beau fixe, les oiseaux et les grillons chantaient, ses frères et sœurs jouaient encore dans le jardin, ses parents pas inquiets du tout et surtout, aucun monstrueux réel ou éthérique à des milles à la ronde. Donc, la petite Genny continua tranquillement sa transe méditative. Et à cet âge, elle ne savait pas encore ce que c’était et donc, pour elle, elle s’était simplement endormie et était en train de rêver qu’elle était sortie de son corps pour voyage à travers le temps, les mondes, l’espace et les dimensions pour venir me rejoindre. Elle n’était nullement inquiète puisqu’elle venait souvent me voir en rêve. Mais cette fois-ci était différente, car elle ne rêvait pas.

En un claquement doigt, ma petite âme était venue me rejoindre. J’étais bien réveillée maintenant, car elle illuminait toute ma grotte. J’en avais presque les larmes aux yeux tellement sa lumière était brillante et chatoyante. Je lui demandai gentiment de diminuer d’intensité si elle ne voulait pas finir par m’aveugler. Ce qu’elle fit. Et puis, on aurait dit qu’elle changea d’idée pour briller encore plus fort. J’allais lever la patte pour me protéger les yeux lorsque soudainement, elle pénétra en moi. Alors ça, c’était une surprise de taille !

Illustration : Raven Morgoth 2013

Ce qui me fit lever d’un bond et je me cognai la tête au plafond. Quelques rochers tombèrent et faillis bloquer le tunnel. Je m’ébrouai à mon tour et je sorti au soleil. Ma caverne se trouvait au sommet d’une montage et je voyais devant moi l’étendu de mon royaume. Des monts et des vallées, des arbres à perte de vue, des prés et grandes étendues d’herbe où je voyais paître des montons et autres ovidés. Des lacs et des rivières. Et au loin l’océan infini qui semblait se perdre dans bleu azur du ciel. Ah oui et quelques petits nuages cotonneux par ci, par là. Sincèrement, quelle vue magnifique j’avais, quel merveilleux royaume était le mien. Je m’assis pour contempler le tout. J’avais presqu’oublié que la petite âme de Genny avait pénétré en moi. Et c’est justement à ce moment-là précisément que je la ressentis vraiment pour la première fois.

Un profond sentiment de paix et de béatitude m’habitait. Jamais je ne m’étais senti aussi complet, aussi uni à l’Un, au grand tout. J’eu l’impression d’être le Yin et le Yan tout à la fois, de voir partout au-delà des multivers et d’être unis à tout cela. Enfin, j’étais complet.

C’est alors que je pris mon envol. La première fois depuis des années. J’étais un peu rouillé, mais je me repris rapidement. Je laissé le vent et les courants d’air chauds me porter, la grande envergure de mes ailes portait mon poids aisément. J’avais bien grandi depuis la dernière fois que j’étais sorti. Je sentais le soleil qui me réchauffait les écailles, le vent qui glissait sous mes ailes. Ah ce merveilleux sentiment de liberté que vous apporte le vol dans les grands espaces. Je survolai les monts et les vallées, les lacs et les rivières. Mon ombre majestueuse fit peur à quelques troupeaux, ce qui me fit rigoler. Je sentais ma petite âme en moi qui prenait plaisir à tout cela, à voler, sentir les vents sur mes écailles, le soleil qui me réchauffait, la vision sublime du ciel et de l’eau qui se confond.

Des heures passèrent. Puis j’eu faim. Je fis une vrille et un piqué, m’en retournai vers mes montagnes chéries. J’attrapai deux moutons au passage dans mes pattes griffus de devant et j’atterri sur le promontoire menant à ma grotte. La vue des moutons me fit saliver et je senti monter le feu en moi. Je crachai sur eux ma chaleur interne, ils furent cuits et carbonisés rapidement comme je les aime bien. J’avalai le premier d’un coup, j’avais trop faim. Je pris plus mon temps avec le second, je le déchiquetai lentement avec mes crocs et mes griffes. Déchirant lambeaux de chair par lambeaux de chair pour que ma petite âme savoure bien comme il faut le goût de la chair du mouton bien cuit.  Je fini par être rassasié… pour l’instant du moins. Je savais qu’après un long sommeil, je devrai manger beaucoup pour reprendre des forces et grandir encore. À voir les nombreux troupeaux qui broutaient mon royaume, je n’aurais aucune peine à me nourrir.

Je m’accroupis, ma tête reposant sur mes pattes de devant et de je regardais l’étendue de la beauté de mon royaume. Je soupirai d’aise et de contentement. Je sentais ma petite âme tout aussi repue et heureuse que moi. Le soleil se coucherait bientôt à l’horizon… À la vue du soleil bas sur l’horizon, ma petite âme me remercia pour mon accueil chaleureux et me promit de revenir aussi souvent que possible, car elle aimait être avec moi, en moi. Elle m’aimait profondément, je le sentais. Ses paroles, en fait elle ne parlait pas vraiment avec des mots, mais plutôt avec des sentiments et des émotions, me dirent tout l’amour qu’elle avait pour moi puis elle me dit au revoir.

Je la vis sortir d’un de mes naseaux. Ce qui me chatouilla, me fit éternuer et un petit os de mouton que j’avais de pris entre les dents se vit expulser de ma gueule et propulser dans les airs avant de retomber en bas de la montagne. L’os tomba sur la tête d’un ours en contrebas. Celui-ci grogna un peu et se frotta la tête. Ma petite âme éclata de rire et mon cœur fut tout joyeux de la voir ainsi. Elle brilla un peu plus fort comme pour me dire au revoir et sur un petit éclair particulièrement brillant, elle disparut. Dès qu’elle eut quitté mon monde, je senti comme un vide en moi. Ce qui me rendit triste un peu, car l’avoir en moi m’avait permis d’être plus grand, plus fort, mais surtout de sentir que je faisais parti intégrante de l’univers. Ce qui n’est pas rien. Comme je ne suis pas un être qui s’apitoie sur son sort et que je savais qu’elle reviendrait, je cessai de m’en soucier et je m’endormi sous le soleil couchant.

La petite âme revint dans le cercle de champignons. Peu d’heures s’étaient écoulées, car le temps n’avance pas de la même façon entre les mondes. Parfois plus vite, parfois plus lent et les âmes ont l’avantage de savoir jouer avec celui-ci. Si bien que lorsque la petite âme revint dans le corps de Genny, seules deux petites heures avaient passées. Pourtant, la petite âme avait été presqu’une journée complète avec son dragon.

Genny s’éveilla de sa transe. S’étira les muscles et se trouva particulièrement bien reposée et en paix. Elle avait le sentiment d’avoir fait un merveilleux rêve où elle avait retrouvé son dragon chéri et où ils avaient volé ensemble pendant des heures dans un paysage merveilleux. Comment ne pas être rassénéré après un pareil rêve ?

La jeune fille se leva et sorti du cercle de champignons. Elle se fit la promesse de revenir aussi souvent que possible pour voler à nouveau avec le dragon. Oui, elle rêvait au dragon pendant les nuits, mais le faire ici au soleil dans ce petit pré magnifique c’était encore mieux. Elle avait de plus le sentiment que cette fois-ci son rêve était plus réel que les autres fois lorsqu’elle était dans son lit.

Et c’est ainsi que ma petite âme Genny vint me voir presque à toutes les semaines jusqu’à l’âge adulte où elle quitta la maison familiale pour fonder son propre foyer.


3 réflexions sur “La sorcière au dragon – Chapitre 2

  1. Coucou Aragonne,

    J’adore la suite de ton rêve, cette histoire m’enchante, j’aime tout ce que tu es, ce que tu exprimes vient du plus profond de toi, et même je crois que tu es une Créatrice divine, et je crois que tu vis dans plusieurs mondes en simultané.

    Tu nous fais entrer et participer avec toi dans les péripéties de ton rêve, je me sens vivre tous les mots que tu expriment et qui deviennent des vibrations du coeur, je sens que tu vis plusieurs réalités en même temps dans le moment présent, le passé et le futur, et tu sais vivre le moment présent dans la 3d, tu sais gérer ta vie dans toutes les dimensions en simultané, tu possèdes une grande intelligence, et tu Es une conscience Créatrice, pour toi c’est difficile de connaître ta vraie identité car tu possèdes toutes les identités.

    1. Merci ☺️ merci pour tous tes beaux compliments.
      En effet, je suis multifacettes. Un peu de ci, un peu de cela. Chacune vivant une réalité différente. Et moi ici qui essaye de faire le pont entre toutes.

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