La passion des anges – Chapitre 3


Il devait la trouver et la ramener au Maître. Pour cela, le Maître lui avait promis un nouveau statut, d’esclave humain il deviendrait démon de 1er niveau. Ce qui était une amélioration incroyable. Rares étaient les humains ayant le potentiel pour devenir des démons.  Habituellement, ils demeuraient des morts, donc esclaves des enfers et de ses démons pour l’éternité.  Le mort avait davantage d’ambition.

Ce mort-vivant n’avait pas de nom, car les hommes lorsqu’ils vont aux enfers, perdent le privilège de leur nom.  Un nom signifie la vie, avoir un nom signifie le pouvoir et les morts esclaves n’en ont pas.  Le mort comptait bien devenir un démon en accomplissant la volonté de son Maître. Le fait de devenir un démon lui permettrait d’obtenir un nom et ainsi avoir du pouvoir sur tous les autres morts esclaves des enfers.  Car sans nom, les morts-vivants ne sont rien de plus que des esclaves à la merci de tous les démons des enfers. Le mort avançait dans les rues et voyait le carnage que ses prédécesseurs avaient fait sur leurs passages. Cela le réjouissant de voir les vivants souffrir comme lui-même souffrait aux enfers. Par ailleurs, il sentait également la Mort rôder. La Mort quelle drôle d’oiseau celle-là ou celui-là, il n’avait jamais été certain de son sexe ni même si elle ou lui en avait un.  La Mort desservait autant le Bien que le Mal.  C’est elle qui était responsable d’accueillir les âmes lors du trépas des vivants et de les diriger vers le bon plan astral.  Les gardiens des enfers et du firmament se chargeaient du reste.  De par son statut, la Mort était neutre et servait les deux camps à la fois.  Le mort pensait parfois que son Maître avait passé un pacte avec elle pour lui permettre de faucher des vies qui n’étaient pas encore dues. Cela devait permettre au Maître d’obtenir encore plus de pouvoir. C’est ce que le mort croyait, mais il se trompait. Lucifer avait bien tenté d’amadouer la Mort, de lui promettre mille et un trésors, mais cela n’avait servi à rien évidemment. La Mort n’était pas corruptible et c’est ce qui expliquait pourquoi elle avait regardé Lucifer avec indifférence et lui avait répondu qu’il n’y avait que le temps qui comptait et que tout le reste était inutile. Puis elle/il avait disparu, tout simplement. Cela avait mis Lucifer dans une grande colère. Comment pouvait-on oser lui refuser cela ? Il lui avait même promis le trône des enfers si elle/il se rangeait à ses côtés et lui permettait de cueillir des vies dont ce n’était pas le destin.  Bien que notre vie soit vécue selon nos choix, cela n’est pas le cas de notre mort.  L’heure et la journée de notre mort sont établies au moment même de notre conception et nul ne peut y déroger. Seule la manière dont nous y rendrons est laissée à la discrétion des vivants.  Même les êtres angéliques et démoniaques peuvent mourir lorsqu’ils sont sur Terre, mais ce n’est qu’une mort matérielle.  Ils retournent alors au firmament ou en enfer et ne peuvent plus revenir sur Terre physiquement avant un certain temps. Bien entendu, compte tenu de son caractère irascible, Lucifer était furieux contre la Mort et pour tenter de prendre avantage de la situation, il avait fait répandre la nouvelle qu’il pouvait prendre plus de vie qu’il n’aurait du. Ses troupes en avaient été galvanisées, elles avaient une confiance absolue en leur maitre. Lucifer savait se montrer patient. Il finirait bien par trouver le moyen de la/le rendre plus docile à son égard et de faire selon ses volontés.

Dieu quant à lui n’avait pas essayé d’amadouer la Mort.  Il savait bien que cela était inutile.  La Mort était neutre et pour elle le concept du Bien ou du Mal ne s’appliquait pas.  De plus, comme elle n’était pas une de ses créations, Dieu n’avait pas de prise sur elle.  La Mort était une déité qui n’avait pas besoin de fidèles et c’était bien la seule.  La Mort servait la Neutralité et c’était grâce à elle/lui que pouvait exister l’équilibre entre le Bien et le Mal.  Elle faisait son travail de faucheur d’âmes et cela était suffisant pour le Seigneur.  Toutefois, Il était inquiet que Lucifer ait tenté de l’amadouer.  Et s’il réussissait tout de même à trouver un moyen ?  Bien que Dieu fût confiant sur le fait qu’on ne pouvait amadouer la Mort, Il savait Lucifer rusé et malin.  Peut-être finirait-il par en trouver un et s’il le trouvait cela serait la fin de toute chose, Il en était persuadé. Face à cette possible menace, Dieu s’absenta du firmament. Il devait consulter l’Être suprême pour s’assurer qu’une telle aberration ne se produise pas. Dieu était omniscient, omnipotent et omniprésent pour tout ce qui concernait sa création, mais au-delà de celle-ci il n’était plus qu’un dieu parmi d’autres dans les univers. Et Lucifer était en train de jouer avec des forces qui dépassaient son entendement. Dieu savait son Royaume en sécurité dans les mains de Micha’El, Rafa’El et Gabri’El.  Ils étaient les plus fidèles et les plus dévoués, Il partit donc sans s’inquiéter.

Le mort rôdait donc dans les rues du quartier.  Il approchait de plus en plus de sa destination.  Il n’était pas pressé, il savait que sa cible était chez elle et qu’elle n’en bougerait pas avec la horde de morts-vivants qui grouillaient dans les rues. Un démon des rangs supérieurs, un de ces démons beaucoup trop près de son Maître, un jour se serait lui, lui avait donné l’odeur de sa victime.  Il avait du la sentir pendant des heures, des jours durant jusqu’à le faire vomir. Le démon, Asgaroth, voulait être certain que le mort s’en souviendrait le moment venu.  Cela avait fonctionné, il n’était pas près d’oublier une telle odeur maintenant. Si bien qu’il l’avait senti profondément lorsque sa victime était entrée par erreur dans la porte menant aux enfers.  Il ne restait maintenant qu’à suivre sa trace qui mènerait directement à sa maison, il en était sûr.

Il était maintenant sous l’arbre devant l’édifice où résidait sa cible. «Elle est là, chez elle, je peux sentir son parfum suave et exquis.» pensa-t-il. Cependant, il n’y décela aucune peur ou terreur ce qui rendit son odeur plus faible et moins agréable à ses yeux.  Le jeune chien et le chaton de la jeune femme hurlaient maintenant. Ils avaient décelé la présence du mort sous l’arbre.  La jeune femme n’avait rien vu lorsqu’elle avait regardé et maintenant qu’elle était sous la douche avec la radio à plein volume, elle n’entendait pas ses animaux hurler à la mort. Au même instant, un voisin regarda à sa fenêtre pour savoir pourquoi les animaux du dessus hurlaient ainsi.  À peine avait-il sorti sa tête à l’extérieur qu’il la rentra aussitôt, ferma la fenêtre d’un coup sec et la barra.  Il savait que des choses pas très normales se passaient à l’extérieur, mais pas à ce point.  Il avait entre perçu le sourire carnassier du mort sous l’arbre.  Il avait eu une telle frousse qu’il s’était empressé, aussitôt sa fenêtre fermée, de barricader tous les accès donnant vers l’extérieur.

Le mort rit de la terreur de l’homme qui l’avait vu. Il s’approcha de l’immeuble et grimpa le long du mur de côté, celui qui menait à la chambre. Avec ses ongles durs comme le roc, cela ne lui fut pas difficile. Passer par les fenêtres du devant l’aurait rendu trop visible et il lui était impossible de passer par la porte d’entrée, elle était protégée par un crucifix. Il s’accrocha donc au mur comme une grosse araignée. Il l’escalada jusqu’à la fenêtre, puis cassa la vitre.  La jeune femme entendit un petit bruit, mais elle crut que c’était les animaux et n’y fit pas attention.  Lorsque le mort passa une main au travers de la fenêtre pour y entrer, il cria. Il retira vivement sa main.  Elle fumait et crépitait.  Il s’était gravement brûlé.

  • Putain de merde, jura-t-il en langue infernale. Quel est ce truc qui vient de me brûler comme de l’acide ?

Le mort regarda dans la pièce, mais ne vient rien qu’y aurait pu lui faire autant mal.  Il regarda vers le haut et remarqua soudain deux chapelets qui étaient accrochés de chaque côté de la fenêtre.  Ils étaient bénis, sinon ils ne l’auraient pas brûlé si gravement.  Il allait devoir passer ailleurs.  Il descendit et alla voir vers l’arrière du bâtiment. Hum… aucune fenêtre, seulement des portes. Le démon Asgaroth le lui avait dit qu’il lui en coûterait cher de passer par une porte.  Le mort n’avait pas envie de découvrir à quel point.  Il descendit du mur et retourna donc vers l’avant de l’immeuble.  Il s’en allait monter de nouveau lorsqu’il reçut un violent coup dans le dos.  Le mort tomba, mais il se releva rapidement et se tourna vers son adversaire. Mais qui donc l’avait fait tomber ?  Un autre mort ?  Non impossible.  Il regarda mieux.

  • Et bien. Un vampire maintenant.  Es-tu sorti de la porte des enfers toi aussi? demanda le mort.
  • Non, répondit le vampire en grondant. Tu es sur mon territoire ici, je te conseille de déguerpir au plus vite avant que je te fasse ta fête.
  • Ton territoire? répéta le mort surpris.

Le mort prit le temps de regarder autour de lui. En effet, il n’y avait personne sur la rue, ni mort ni vivant. Il regarda attentivement et il se rendit compte qu’à quelques maisons plus loin, il y avait des morts qui grouillaient par terre. Tous avaient les têtes et les membres coupés manifestement, mais cela ne les empêchait pas de se tortiller.

  • C’est ton territoire alors ? Et bien, sache que cela m’importe peu.  Je suis investi d’une mission provenant du Maître en personne.  Rien ne peut barrer ma route.
  • Vraiment ?

Le vampire semblait nonchalant et très peu impressionné par son discours.

  • Je te le dis une dernière fois petite ordure de zombie. Quitte mon territoire sur-le-champ ou tu subiras le même sort que tes collègues qui ont osé s’y aventurer, insista le vampire en se positionnant pour un combat.

Ses dents s’allongèrent et ses ongles devinrent de véritables griffes acérées et meurtrières.  Son faciès devint démoniaque et ses yeux injectés de sang. Le mort-vivant regarda la transformation du vampire et éclata de rire, ce qui décontenança un peu ce dernier.

  • Je ne suis pas comme les autres que tu as décapités facilement. Bientôt je serai démon et ce n’est sûrement pas toi, petit suceur de sang de pacotille, qui va m’en empêcher !

Sur ces derniers mots, le mort-vivant attaqua, mais il fut vite accueilli d’un violent direct à la mâchoire. Le mort tomba de nouveau par terre et se releva sans perdre un instant.  « Bigrement rapide pour un mort » pensa le vampire. Le mort se retourna, lança un cri de rage et se jeta sur lui.  Ils roulèrent tous les deux par terre en se rouant de coups. Le mort essaya de mordre le vampire pour l’infecter de son venin.  Le vampire fit tout pour éviter le contact de ses dents. La rage décupla les forces du vampire. Toutes ses autres dents poussèrent à la vitesse de l’éclair et ses yeux devinrent si rouges qu’ils n’eurent plus de pupille. Sa puissance quintupla. Le mort bien que très fort fut repoussé. Le mort se jeta encore une fois sur le vampire et tenta de le mordre à nouveau. Le vampire savait que les morsures de morts-vivants pouvaient être fatales si elles touchaient sa carotide. De plus, il n’avait aucune envie de passer d’un état vampire, qui a ses avantages, à celui de zombie. Cela serait une honte suprême que sa caste ne lui pardonnerait pas. Il serait pourchassé et mis à mort par la Confrérie. Le vampire tenta de trancher la tête du zombie avec ses griffes.  Celui-ci gronda de rage et de douleur, mais cela ne fit que lui donner plus d’ardeur au combat.

Le vampire finit par le faire culbuter et le mort fut projeté tête première contre un arbre. Cela fit le bruit d’un fruit trop mûr qui éclate, mais le vampire savait qu’il n’en avait pas encore terminé avec le revenant. Ces bêtes-là étaient très résistantes et celui-ci plus que les autres semblait-il. Malgré sa puissance, le vampire se savait proche de l’épuisement. Le zombie l’avait mordu au bras et le venin injecté dans son sang avait de beaucoup diminué sa robustesse.  Le monde se mit à tourner autour de lui et il s’affala par terre, blessé.

La nuit se fit calme tout à coup, mais on entendait encore au loin les cris des innocents qui se faisaient charcuter par les morts-vivants. Un léger vent se leva sur la rue et un ange nimbé de lumière divine vint atterrir sous l’arbre où était tombé assommé le zombie. Il est très grand, au moins six pieds quatre. Ses cheveux étaient noirs comme les corbeaux, courts et légèrement bouclés. Sa lumière les faisait paraitre très soyeux et lustrés. Ses yeux reflétaient le bleu foncé d’un firmament étoilé. Sa musculature ferme était bien visible sous sa courte tunique blanche, cintrée à la taille par un cordon d’or. Dans ses pieds, des sandales tressées. Ses grandes ailes blanches étaient entrouvertes. Les yeux pleins de dégoût face à une créature si répugnante, l’ange regarda attentivement le zombie. Celui-ci fut agité de soubresauts et se releva brusquement. Une moitié de son crâne était renfoncée et un mélange visqueux de pus et de cervelle en sortait. L’ange s’y attendait et le toisa de toute sa grandeur et sa splendeur.  L’éclat de lumière blessa le zombie et le fit reculer de quelques pas.

  • Un ange maintenant, grogne-t-il.
  • Retourne aux enfers d’où tu es venu ou tu seras châtié comme il convient aux bêtes immondes telles que toi.

Le mort eut un peu peur subitement. Il connaissait la peur, il la ressentait tous les jours dans les enfers face aux démons. Il était hors de question qu’il y retourne sans avoir accompli sa mission, mais on ne lui avait jamais dit qu’il aurait à affronter des anges.  Les vampires, ça pouvait aller bien que celui qu’il venait d’affronter était puissant, mais les êtres de lumière c’était une tout autre histoire. C’étaient des adversaires autrement plus coriaces et puissants que lui.  D’un autre côté, il savait très bien le sort qui l’attendait s’il repartait les mains vides.  Et puis cela faisait trop longtemps qu’il ne s’était pas amusé avec une humaine. Le Maître n’avait pas abordé ce sujet.  Il avait seulement demandé qu’il la lui rapporte en vie.  À bien y penser, il préfèrerait affronter un ange plutôt que le Maître, surtout s’il revenait bredouille.  Le mort réfléchi.  « Je dois jouer sur la surprise si je veux avoir une chance de m’en sortir.  Et puis avec les hordes de morts-vivants qu’il y a dehors, ce n’est plus une surprise pour personne si j’en dis quelque peu sur ce qui s’en vient. »

  • Les enfers sont pleins et ses portes se sont ouvertes sur le monde des vivants. Je ne peux donc pas retourner en enfer, je vais devoir rester. C’est bête non? dit-il avec un sourire tristement sanguinolent.

Il pensait avoir abusé l’ange avec son air qu’il croyait triste, car l’ange prit un air éberlué. Il profita donc de l’occasion pour lui sauter à la gorge. L’ange avait de bons réflexes et était demeuré sur ses gardes, car il s’attendait à une attaque du zombie. On ne pouvait jamais se fier à de telles créatures.

Cela ne lui prit qu’une fraction de seconde pour sortir son épée de feu de derrière son dos et prononcer le nom de Dieu. La tête du mort tomba par terre ainsi que tous ses membres. Ils se désagrégèrent rapidement pour ne plus former qu’un minuscule tas de poussière qui s’éparpilla aussitôt sous un vent surnaturel et céleste. Lucifer sentit la mort physique de son envoyé spécial et attendit avec impatience son retour en enfer.  Au bout d’un certain temps, comme il ne revenait pas, il étendit son esprit dans les enfers et se rendit compte que non seulement son envoyé n’avait pas repassé la porte, mais qu’il était mort définitivement, réduit à néant. Qui avait pu faire une chose pareille ? Sûrement un ange, un des maudits suppôts célestes de son père. Il entra alors dans une rage folle.

Tous ses subordonnés quittèrent son espace simultanément pour éviter la colère du Maître. Ils se souvenaient trop bien des résultats de sa dernière colère. Il était évident qu’un ange était intervenu et pas un tout petit puisqu’il avait pris la peine de protéger son esclave des artifices dans anges ordinaires.  Il était évident qu’il avait été réduit à néant par une épée de Dieu, l’arme de prédilection des anges guerriers du Seigneur. Pourtant, lui Dieu avait juré lors de leur dernière grande bataille que les anges n’interviendraient plus sur Terre. Lui-même avait respecté sa parole et n’avait envoyé que des sous-fifres sur Terre, ses démons ne s’étaient pas encore manifestés attendant leur heure. Et celle-ci était venue, semblait-il. Si Dieu avait sorti son artillerie lourde, il était temps que lui aussi sorte la sienne pour asservir les hommes et trouver l’humaine élue de Dieu qui devait enfanter son fils.

L’ange, après avoir envoyé au néant le revenant trop prétentieux, releva le vampire qui était encore très faible et lui demanda son nom. « Je suis Gavyn de Ronaïs ».  Le vampire avait repris son apparence plus humaine, car cela lui sembla plus approprié face à cet ange surpuissant sorti de nulle part.

  • Il me parait évident que tu ne t’es pas seulement battu pour ton territoire. Après tout, toi et cette ignoble créature, vous servez le même maître. Et celui-ci avait une très haute mission que tu t’es empressé de contrecarrer. Pourquoi cela ? demanda l’ange.
  • Je sais qu’il venait enlever la fille du deuxième étage, répondit le vampire soupçonneux. Et toi, tu veux quoi ? Ma mort aussi ? Tu es beaucoup plus puissant que je ne le suis, surtout après la morsure de cet idiot de zombie, dit-il en grimaçant de douleur.
  • Nous avons un marché à te proposer.
  • Qui ça nous ?

L’ange de répondit pas à la question et continua.

  • Mais nous devons d’abord savoir ce que tu sais à propos de la porte des enfers. Nous en avons déduit qu’elle était tout près, mais nous avons besoin d’en savoir plus. Nous savions que ta confrérie ne verrait sûrement pas d’un bon œil la venue de tous ses zombies sur leur territoire. Cela leur fait moins de « nourriture », dit l’ange en prononçant le mot nourriture de la façon la plus abjecte qu’il le pouvait.

Gavyn était intrigué malgré lui par l’ange. Il était clair qu’il était ici pour protéger quelqu’un.  Ce n’était pas un petit angelot qu’Il avait envoyé, mais un ange de combat, un dur de dur qui ne ferait sûrement qu’une bouchée de lui s’il faisait le moindre faux pas. Les guerriers de lumière n’étaient pas réputés pour leur tendresse envers tous ceux ce qui ne faisaient pas partie du royaume de Dieu. Et lui un vampire, n’en faisait plus parti depuis longtemps déjà. Mais que voulait-il au juste ? Manifestement, il était en service commandé, car il n’arrêtait pas de parler à la première personne du pluriel : nous si, nous cela… C’était certainement un genre de soldat d’élite de leur force spéciale. Il devait y avoir de très gros êtres ailés derrière lui.

Gavyn ne voulait pas trop en dire, de peur de se le faire reprocher par la suite par les hauts membres de la Confrérie. Il ne lui dit donc que ce que tout le monde savait déjà, à par les humains évidemment, et les anges manifestement.

  • Comme le zombie l’a dit, la porte des enfers s’est ouverte. Tout près d’ici, au coin de la rue pour tout dire. Elle est chez Partout Ailleurs. Je trouve bizarre que vous ne fussiez pas au courant.
  • Nous étions occupés… ailleurs. Continue !, ajouta-t-il sur un ton de commandement.
  • Pourquoi je t’en dirais plus ? Nous sommes ennemis et je ne suis pas un traître, malgré ce que tu peux croire.

L’ange le prit à la gorge et resserra sa prise sur le vampire. Sa force était telle que Gavyn ne touchait plus le sol de plusieurs centimètres.

  • J’ai dit, dis-moi s’en plus ! Serais-tu sourd ou aurais-tu besoin que je te torde un peu plus le cou ou peut-être te faire subir un sort pire que celui du zombie que tu as attaqué.

Gavyn était encore trop faible pour protester et cet ange était beaucoup plus fort que lui. Il n’avait pas envie de quitter ce monde tout de suite, mais la colère des Hauts membres de sa confrérie pouvait être tout aussi terrible. Il allait devoir la jouer fine s’il voulait s’en sortir indemne.

  • Et bien, relâche-moi un peu si tu veux que je parle, tu bloques mes cordes vocales.

L’ange desserra un peu sa prise et réfléchit quelques instants. Puis il le lâcha complètement. Gavyn retomba sur ses pieds et se massa le cou espérant faire disparaître les marques de l’ange, il avait la peau fragile. Il le regarda avec suspicion et lui dit ce qu’il pensait pouvoir lui dire sans trop de conséquences.

  • Si j’ai protégé mon territoire de chasse des créatures des enfers, c’est parce que la Confrérie ne digère pas que Lucifer ait donné à un sous-fifre une mission de haute importance sur leur territoire et qu’il ne nous ait pas non plus informés que l’ouverture de la porte se ferait sur notre territoire également. Comme vous l’avez dit, cela fait moins de nourriture et puis du bétail qui a peur, ça ne se reproduit pas, donc encore moins de nourriture en perspective.

L’ange le regarda de plus près. Un regard de fer, mais avec une touche de douceur que le vampire voyait très rarement dans son monde.  Décidément bien curieux cet ange.

  • Mais encore vampire ?
  • Euh…

L’ange se rapprocha de lui à la vitesse de l’éclair et lui serra si fort la gorge qu’il en vit des étoiles.

  • Tu ne m’as pas encore tout dit.
  • Des démons vont venir bientôt, réussit à articuler le vampire de peine et de misère.
  • Tu ne m’as pas dit pourquoi tu as empêché le zombie d’accomplir sa mission ? La colère de Lucifer est terrible non ? Pas assez pour la Confrérie, il faut croire…
  • Relâche-moi et je t’en dirai plus.

L’ange le regarda dégouté, mais c’était aussi pour lui cacher sa honte d’être arrivé en retard sur les lieux et d’avoir laissé un vampire protéger sa filleule, bien que de manières détournées.  L’ange le relâcha. Le vampire reprit son souffle et regarda l’ange dans les yeux.

  • Tu as du pouvoir sur moi, car je t’ai donné mon nom. Donne-moi le tien et je te dirai le reste.

L’être de lumière prit quelques secondes pour réfléchir à la question.  L’enjeu en cours en valait la peine.

  • D’accord Gavyn de Ronaïs. Je suis Sylva’El, premier ange sous les ordres de l’archange Micha’El, Prince des Archanges, Archange du Premier Rayon et Défenseur de la Foi.  Dis-moi maintenant ce que tu me caches.
  • Je n’aurais pas dû affronter directement le zombie. Je devais seulement protéger mon territoire. Il se trouve que je suis tombé sur lui par hasard et j’ai vu qu’il voulait attaquer une amie à moi.  Si j’ai bien compris ces intentions, c’était elle l’objet de sa mission.  Je ne pouvais pas le laisser s’en prendre à elle. Elle m’est très chère et Lucifer seul sait ce qu’il aurait fait avec elle avant de la rendre au maître. La Confrérie savait qu’il était investi d’une mission capitale, mais elle ne savait pas laquelle. Tous les vampires de la caste ont été renvoyés dans leur territoire respectif pour le découvrir et pour remplir eux-mêmes la mission s’ils en avaient l’occasion et ainsi prendre la gloire et l’honneur de la réussite de la mission.  Et c’est moi qui suis tombé dessus.
  • As-tu également l’intention de t’en prendre à elle et de la ramener à Lucifer ? demanda l’ange d’une voix suave toute en retenue, mais incroyablement dangereuse.

Sylva’El avait de la difficulté à retenir son envie de l’envoyé au néant comme le zombie. Le fait qu’on ait pu vouloir s’en prendre à sa protégée et qu’il avait failli ne pas arriver à temps le mettait dans tous ses états.

  • Cette fille m’est aussi chère que la prunelle de mes yeux. Je voulais la mettre à l’abri des autres, quels qu’ils soient et attendre voir ce qui allait se passer. Attendre de voir pourquoi ils veulent tous s’en prendre à elle.

Normalement, il ne croyait jamais les paroles d’un suppôt de Lucifer, mais cette fois-ci c’était différent. Il ne savait pas pourquoi, mais il sentait que le vampire lui disait la vérité. L’ange regarda vers le ciel et ferma les yeux. Son aura lumineuse le fut encore plus. Le vampire détourna les yeux, la lumière était trop forte et ses forces faiblissaient devant une telle lumière.

L’ange tenta de communiquer directement avec Dieu par la pensée. Ce ne fut pas Dieu qui lui répondit, mais Micha’El. Sylva’El en fut surpris et faillit sortir de sa transe. Pourquoi son Seigneur n’avait-il pas répondu ? « Sylva’El, je suis très occupé en ce moment, mais voici ce que Dieu nous a dit… ».  Sylva’El  quitta son état de transe aussitôt terminée la transmission des pensées de son supérieur.  Il n’était pas rassuré du tout.  Il devait faire confiance à ce maudit vampire.

  • Bien que tu sois un vampire, tu as protégé ma filleule. Pour cela je te donne ce baiser angélique qui te soignera du venin du mort et empêchera également les autres anges de te faire du mal. Le signe de ce baiser sera caché et tes congénères ne pourront le voir.  Il ne sera visible que des démons d’une caste plus élevée que la mienne.  Et il y en a très peu, tu peux me croire.  En fait, seuls les hauts princes démons pourront le voir et il n’en reste que sept. Tu auras donc intérêt à te cacher d’eux si tu tiens à ta misérable vie infernale.

Gavyn parut réellement surpris à cette nouvelle. Aussi loin qu’il s’en souvenait, il y en avait toujours eu dix. Qu’était-il arrivé aux trois autres ? Il voulut poser la question, mais l’ange ne tint pas compte de sa mimique et continua son discours.

  • Toutefois, si tu tentais de faire du mal, quel que soit ce mal, à ma protégée, ce signe te réduira en cendre comme devraient l’être tous ceux de ta race. Mais je vois en toi que tu es un être d’exception.  Ne me déçois pas, car sinon je te détruirai aussitôt.

Suite à cela, l’ange de lumière lui baisa le front. Le vampire encore abasourdi de cette déclaration n’eut pas le loisir de protester. Le symbole de l’ange s’imprima en rouge de feu sur le front et disparut en quelques secondes. Gavyn reprit aussitôt des forces et il regarda alors l’ange avec étonnement.

–     Je savais que ma Geneviève était spéciale, mais pas à ce point.

–     Elle l’est encore plus que tu ne le crois.

L’ange songeur ajouta « J’ai une requête pour toi ».

  • Quoi encore ! Il me semble que j’en ai assez dit. Je risque d’être proscrit pour tout cela, grogna le vampire frustré qu’on lui en demande encore.  Je ne suis pas à ta solde et encore moins à celle de ton putain de dieu.

Sur ses mots, une douleur intense lui fulgura la tête et le fit tomber à genoux.

  • J’ai oublié de te dire, dit l’être de lumière d’un air moqueur.

Gavyn finit par relever la tête.

  • Avec ce signe, il te sera interdit de blasphémer Dieu devant des êtres de lumière alors, fais attention à ce que tu dis.

Le vampire eut l’air bien piteux et Sylva’El en eut presque pitié. Il ne manquait plus que cela, pensa Gavyn, la pitié d’un ange pour un vampire béni. Décidément, il aurait dû se révéler à Geneviève bien avant, l’enlever avant ce crétin de zombie et la mettre en sûreté. Au lieu de cela, il avait joué la prudence en ne lui parlant pas de son véritable état et voilà où il en était rendu.  Il était béni. Quelle misère! Un vampire béni, il se sentait tellement idiot d’avoir accepté une telle offense. Bon OK il lui semblait qu’il n’avait pas tellement eu le choix dans les circonstances, mais cela n’y changeait rien. Il n’était pas moins que mort (encore…) et retour aux enfers ou encore pire devant Lucifer si quelqu’un de sa bande apprenait cela.  Les membres de la Confrérie n’étaient pas des enfants de chœur, loin de là.

  • Écoute et tu ne seras pas déçu. Si tu peux rallier suffisamment de ceux de ta race à notre cause, et ainsi éviter que le monde des humains et la Création de Dieu ne soient détruits, la damnation éternelle te sera évitée. Tu pourras alors retourner dans le monde tel que l’a créé Dieu. C’est une chance inespérée pour toi, ne la gaspille pas, car tu n’en auras pas d’autres.

Sur ce, l’ange prononça une parole et disparut.  Il était évident que cet ange était puissant, mais Gavyn ne savait pas encore jusqu’à quel point. Gavyn n’avait qu’une vague notion de la hiérarchie des êtres de lumière. Il savait toutefois que l’archange Micha’El était l’un des principaux bras droits de Dieu, celui entre autres qui avait provoqué la défaite de Lucifer et sa descente aux enfers. Ce qui n’était pas peu dire. Et si Sylva’El  était comme il le disait le premier ange sous Micha’El, comment se faisait-il qu’il eût une humaine à sa charge ?  Est-ce que ce n’était pas réservé au simple ange gardien ? Pourquoi avait-on attribué une humaine à un premier ange d’archange?  Son instinct lui disait qu’il l’apprendrait bien assez tôt.

Par ailleurs, c’était clair qu’on lui tendait la main, mais voulait-il vraiment la saisir ?  Dieu était toujours ouvert à reprendre les humains dans son sein, mais Il était rarement tendre envers ceux qui avaient accepté de plein gré la damnation éternelle. Et il était de ceux-là. Pourquoi alors lui avait-on fait cette offre ? Les anges n’étaient pas reconnus pour leur bonté envers les êtres démoniaques et prenaient encore moins le temps de discuter avec eux ou de leur faire une fleur comme celui-ci venait de le faire.  Décidément, Geneviève devenait de plus en plus importante.  Il ne savait pas pour quelle raison, mais il avait bien l’intention de le découvrir avant d’accepter l’offre de cet être de lumière. Il regarda les fenêtres de l’appartement de son amie dans l’espoir d’avoir une idée de génie.  Elles étaient éclairées maintenant et les animaux s’étaient tus enfin.  Il redoutait un peu ce qu’il aurait à faire, mais il n’était pas encore assez puissant dans sa caste pour prendre les devants sans risque de représailles. Déjà il avait pris un grand risque en s’attaquant au zombie. Il n’avait pas d’autres choix que de se référer à ses supérieurs.  D’un autre côté, il redoutait les conséquences que cela pourrait avoir sur sa chère Geneviève.  Il fallait absolument qu’il en apprenne davantage avant d’entreprendre toute action et il savait qui aller voir.  Quelqu’un de haut placé qui lui devait un grand service.

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2 réflexions sur “La passion des anges – Chapitre 3

    1. Bonne question… qui suis-je? Je te dirais qu’en ce moment le ressenti de ma divinité n’est pas très puissant. Je te dirais que je suis pas mal dans mon ressenti humain. Je dois faire des efforts très particuliers pour ressentir ma puissance divine.

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