Les guerriers du chaos – Volume 1 – L’amulette d’éternité – Chapitre 12


Chapitre 12

Nazgaroth réapparut dans son plan d’existence plus satisfait que jamais. Le corps de Yana réapparut également près de lui. Un corps inerte, visiblement sans vie. Nazgaroth regarda le corps de la mercenaire avec un sourire concupiscent.

  • Et bien, se dit-il, nos joyeux compagnons vont avoir de la compagnie.

  • ANYOR PORTY VIVARETTAAAARR ! s’exclama-t-il.

Puis il exhala profondément. Une épaisse brume sortie de sa bouche et pénétra entre les lèvres du cadavre. Au bout de quelques instants à peine, le corps reprit des couleurs et sa cage thoracique recommença à se soulever. Yana respirait à nouveau.

  • Yana ?, demanda le démon. Yana ? Réveille-toi maintenant.

La jeune femme cligna des yeux. Elle s’assit, visiblement confuse et étourdis. Elle se frotta les yeux et se secoua la tête pour chasser la brume qui engluait son cerveau. Au bout de quelques instants, elle regarda autour d’elle. Mais où était-elle ? Elle tenta de se lever, mais une douleur l’en empêcha. Merde ! Elle avait vraiment mal à la poitrine. Qu’est-ce qui s’était passé ? Pourquoi était-elle ici ? Mais où était-elle en fait ? Elle se rappelait vaguement un grand homme avec un couteau. Est-ce que ce fou furieux l’aurait poignardé ? Yana examina sa chemise et eut un hoquet de surprise. Elle était pleine de sang ! Elle souleva immédiate le tissu pour vérifier l’étendue de sa blessure. Mis à part une vue imprenable sur sa superbe poitrine dénudée, sa peau était intacte. Mais d’où venait tout ce sang ? Elle regarda encore une fois autour d’elle. Elle se trouvait dans une grande pièce, sans fenêtre. Un escalier menant à un deuxième étage se trouvait près du mur du fond. Curieusement, il n’y avait aucune porte. Était-elle dans un sous-sol ? Puis elle remarqua qu’un homme se trouvait derrière elle. Est-ce qu’elle le connaissait ? Il était très bel homme. Pas son genre habituel, mais qu’elle différence cela pourrait faire puisqu’elle n’avait aucune idée où elle était et qu’elle devait impérativement sortir d’ici. Pour aller où ? Elle ne le savait pas encore, mais peu importe. Elle verrait bien une fois rendue dehors.

L’homme lui tendit la main. La mercenaire la prit et se releva.

  • Ça va mieux ?, lui demanda-t-il.

  • Oui, je crois bien que oui.

Elle le regarda quelques instants.

  • Dites, est-ce qu’on se connaît ?

L’homme lui sourit. Elle ne sut dire si c’était un bon ou un mauvais sourire, mais elle le trouva tout à fait envoûtant.

  • Si peu, mais à partir de maintenant, nous aurons l’éternité pour nous connaître.

De telles paroles auraient dû la rendre méfiante, mais curieusement, ce ne fut pas le cas et elle en était elle-même surprise. Elle le regarda dans les yeux, des yeux de la couleur d’une mer infinie. Oui, elle se verrait bien passer l’éternité près de lui.

  • Te souviens-tu que je peux changer d’apparence à volonté?

Yana eu la vision d’un être diabolique, une tête recouverte de petites cornes, la peau comme du cuir… Franchement laid, oui, mais en même temps, dégageant une aura de puissance assez attirante dans son genre.

  • Un pas si joli petit diable cornu? demanda-t-elle avec un sourire charmeur.

  • Oui, en effet. Je préfère l’apparence que tu vois actuellement, c’est plus commode dans mes nombreux voyages et pour satisfaire mes maîtresses…

Le visage de Yana se durcit, elle n’aimait pas avoir de la concurrence. Nazgaroth s’en aperçu et en fut satisfait.

  • Oh ne t’inquiète pas, il n’y en aura qu’une dont tu devras te soucier. Une sorcière, une puissante sorcière. Elle n’a jamais été très tendre envers ses rivales… quoi que la dernière lui ait fait mordre la poussière. Mais sommes toute, je pense que vous allez bien vous entendre… à la longue. Maintenant, viens, je vais te faire visiter mon domaine.

Ils se dirigèrent vers les escaliers, puis montèrent des marches qui semblaient monter jusqu’à l’infini. «Bizarre, j’aurais pourtant jurée que le deuxième palier était tout proche.» Plus ils montaient les marches et plus l’environnement autour d’eux changeait. Yana avait l’impression de monter à l’intérieur d’une tour sans mur. En effet, au bout d’une dizaine de marches, les murs avaient disparu pour laisser la place à ce qui semblait être l’extérieur, mais aucune trace de vent ne vint effleurer son visage. Elle en conclut qu’il devait y avoir un genre de mur invisible. Ils montèrent encore ainsi pendant quelques temps. Les paysages défilaient et ils étaient tous plus époustouflants les uns que les autres. Parfois les dunes d’un désert rouge luisant sous des rayons de soleil ardents, parfois une plage infinie de sable blanc avec une mer d’un magnifique bleu turquoise donnant l’envie de s’y baigner. Les paysages se succédaient les uns aux autres, une forêt tropicale que l’on devinait remplie d’oiseaux et d’animaux exotiques, puis une cascade d’eau fraîche et invitante.

La jeune femme se tourna vers le démon pour lui demander comment tous ces changements de paysages étaient possibles. Celui-ci devina sa question avant qu’elle ait eu le temps d’ouvrir la bouche.

  • C’est une tour passe-monde. Une tour qui permet de passer d’une dimension à une autre. Chaque paysage se transpose dans un monde différent. Je peux ainsi voyager facilement sans incantation ou rituel magique. Je trouve cela vraiment commode et beaucoup fatiguant que d’avoir recours aux arcanes.

  • Mais il n’y a pas de porte? hasarda-t-elle.

  • Non en effet.

Ils s’arrêtèrent devant ce qui semblait être une ville magnifique fait de marbre et de dorure. De grand édifices aux lignes épurées entouraient une grande place où des musiciens jouaient de leurs instruments sous les regards des passants. Tout au bout de la place se trouvait une gigantesque cathédrale également en marbre blanc veiné d’or. Il y avait plein de gens sur la place, tous étaient habillés dans tous les tons de blancs et semblaient vaquer tranquillement à leurs occupations. Nazgaroth lui prit la main.

  • Comme je ne t’ai pas encore donné le charme requis, tu ne peux traverser la frontière qu’en me tenant la main. Ne me lâche la main sous aucun prétexte tant que je ne t’aurai pas dit de le faire. Sinon tu te retrouveras dans le néant et il ne me sera pas possible de te ramener. De façon tout à fait malencontreuse, j’ai déjà perdu quelques acolytes de cette façon… Espérons que cela ne sera pas ton cas.

Yana se le tint pour dit et lui serra fortement la main.

Nazgaroth se pressa sur le bout de la marche et traversa simplement dans la ville. Yana n’eut d’autre choix que de le suivre. Tout de suite tous ses sens furent envahis par l’atmosphère de la ville. Les odeurs, le goût de l’air, les bruits ambiants de la ville pénétrèrent en elle comme avide de remplir tous ses interstices. La mercenaire regarda partout autour d’elle, désirant s’imprégner de tous les détails que ses sens pouvaient capter. Elle se rendit très vite compte qu’elle ne connaissait pas cette ville. Elle avait pourtant pas mal bourlinguer et se targuait de connaître toutes les grandes villes de Pralynia. Encore une fois, Nazgaroth devina ses pensées.

  • Tu n’es pas dans ton monde ici. Nous sommes dans la 10e dimension. Nous ne resterons pas longtemps. Les étrangers sont vite repérés et les prélats de cette ville ne les aiment guère. Bien entendu, je ne fais pas partie de ces étrangers, mais toi par contre avec ton accoutrement tu te feras vite repérée.

Et en effet, certains passants la regardaient d’un drôle d’air, visiblement méfiants. Yana aurait voulu explorer davantage les environs, mais Nazgaroth la tira par la main et voulu la faire repasser prestement dans la tour.

  • Tu auras amplement le temps de visiter tous ces mondes lorsque le moment sera venu. Ce qui ne devrait pas trop tarder ne t’en fait pas. Viens maintenant, je veux te présenter à tes nouveaux compagnons d’arme.

Lorsqu’il pénétra dans la tour, il la tira derrière lui, mais elle lui lâcha la main au dernier moment.

  • Oh la petite garce s’exclama-t-il avec colère.

Il avait horreur que ses subalternes contreviennent à ses ordres.

Il était hors de question qu’il la laisse ainsi seule dans la 10e dimension. Il lui avait menti sur les prélats hostiles. En fait, il trouvait ce monde, cette ville, comme les autres peuplant ce monde, passablement ennuyeuse, car il était peuplé de gens pacifiques qui n’avaient envie que de rendre service à leur prochain. Tout y était calme et soporifique. La dernière guerre remontait à des centaines d’années. En fait, Nazgaroth avait découvert il a de cela fort longtemps et de façon tout à fait fortuite en voulant simplement étancher sa soif à l’un des puits de la ville, que toute cette béatitude était dû aux nappes phréatiques qui contenaient un isotope tout à fait inoffensif, mis à part le fait qu’il avait la capacité incroyable de calmer et d’apaiser profondément tout être vivant, du plus profondément angoissé au plus hostile. Cette découverte incroyable avait presque causé sa perte. Il s’en était fallu de peu pour qu’il se départisse définitivement de son état démoniaque. Il avait encore peine à imaginer qu’il avait bien failli se transformer en être angélique. Un être angélique provenant de la 13e dimension, quelle horrible blague à faire ses à compatriotes démons! Rien que cette idée lui donnait encore aujourd’hui des nausées.

Heureusement, la contamination d’un des puits par un de ses acolytes lui avait permis d’éviter cette funeste fin. Bien entendu, l’acolyte en question n’avait pas survécu à une chute malencontreuse dans ledit puit. Nazgaroth ne pouvait pas se permettre qu’un tel secret soit ébruiter. Par ailleurs, la contamination du puit avait non seulement rendu à Nazgaroth son état normal, c’est à dire sa propension aux vices, sa méchanceté et son agressivité, mais de plus, cela avait également provoqué une guerre civile, car d’autres citoyens s’y étaient aussi abreuvés. Nazgaroth qui n’aimait rien tant que le chaos, avait laissé les choses empirer. Bien entendu, il avait également contribuer à l’envenimement de la situation. Cependant, au bout de quelques mois, lorsque le conflit était en passe de devenir mondial, il avait été contraint de prendre la fuite. Un prélat plus intelligent ou ayant plus de contacts haut placés que les autres avait fait intervenir une multitude d’êtres angéliques dans le but de rétablir la situation dans son état de béatitude normale. N’étant pas encore le puissant démon qu’il était aujourd’hui, Nazgaroth n’avait pas été en mesure de garder cette ville et encore moins ce monde sous son influence diabolique. Il avait quitté les lieux juste à temps, ce qui fait qu’aujourd’hui, il pouvait encore se permettre d’y revenir sans être inquiété le moins du monde d’être accusé d’avoir été l’instigateur d’un guerre civile qui avait bien failli devenir mondiale. Depuis ce jour, il évitait soigneusement toute boisson et nourriture en provenance de ce monde. Qui sait autre poison vicieux pourrait se trouver dans une simple pomme ?

Nazgaroth retraversa dans la ville de marbre blanc. Il vit sa petite garce de mercenaire plus loin sur la rue en train de déambuler tranquillement. Il devait faire vite avant qu’un citoyen bien intentionné ne lui propose un verre d’eau pour la rafraîchir sous cette chaleur accablante. Elle était facile à repérer, ses vêtements de cuirs moulants contrastait passablement avec les habits blancs des habitants. Elle approchait d’un étal de fruits. Une marchande était en train de lui offrir un fruit. Le démon s’élança à sa rencontre. Il l’a pris vigoureusement par le coude et l’empêcha ainsi de prendre le fruit qu’on lui tendait si généreusement.

  • Ma chère, ne vous avais-je pas dit de ne pas vous éloigner?, lui dit-il d’un ton charmant.

Il ne tenait pas à alarmer qui que se soit. Une voix s’éleva derrière lui.

  • Oh Nazgaroth! Mon cher! Comme s’est gentil de nous rendre visite. Il y avait si longtemps qu’on ne vous avait pas vu dans notre chère cité blanche. Quels bons vents vous amènent parmi nous?

Le sourire du démon se figea. Trop tard. Il aurait reconnu cette voix mielleuse entre mille. Il se retourna. C’était bien Dinopinab D’el Rikou, le haut prélat de la ville. Le simple prélat, à l’époque, qui avait fait intervenir la troupe angélique, il y avait de cela une centaine d’années. Une initiative fortement récompensée par les anges qui lui avait accordé une longévité de vie incroyable. Le démon soupçonnait en fait que si les êtres angéliques lui avait accordé une si longue vie, c’était probablement pour leur servir d’espion et pour s’assurer que ce monde demeure en paix. Nazgaroth n’avait jamais réussi à découvrir pourquoi la paix de ce monde importait autant aux hautes dimensions. La volonté des hautes dimensions avait la fâcheuse tendance à être impénétrable à se qu’on disait. En se retournant, Nazgaroth remarqua que D’el Rikou semblait plus âgé qu’à l’époque, mais à peine. Le démon lui adressa son sourire le plus charmeur.

  • Mon cher haut prélat D’el Rikou, vous me voyez ravis de vous revoir. Vous semblez toujours aussi si jeune!

Celui-ci rit de bon cœur.

  • À mon cher Naz, toujours aussi charmant. Mais je vois qu’une autre charmante personne vous accompagne.

Le haut prélat s’inclina bien bas devant Yana.

  • Permettez ma dame que je vous fasse faire le tour de notre bienheureuse ville.

Il fit un clin d’œil au démon et attira Yana vers lui pour la prendre tendrement par le bras. Yana était un peu sous le choc. Quel bel homme que ce haut prélat! Elle n’était pas certaine d’avoir déjà vu un homme aussi charmant que lui. Grand, sans être élancé, on le devinait mince sous sa tunique, mais à sa poigne volontaire et son bras ferme lorsqu’il l’attira vers lui, elle devina des muscles bien fermes partout où il le fallait. Et que dire de sa gracieuse démarche, tout en puissance et en souplesse.

L’ambiance de cette ville était si chaleureuse qu’elle avait voulu l’explorer davantage, cela la changeait agréablement de tous les autres endroits glauques où elle était allé auparavant. C’était pour cette raison qu’elle avait faussé compagnie à Nazgaroth lorsqu’était venu le temps de repasser dans la tour. Et voilà maintenant qu’un personnage important, rien qu’à voir toutes les dorures qui ornait son habit le démontrait, s’intéressait à elle pour lui montrer sa si belle ville. Yana se senti valorisée et enchantée. De plus, une aura d’apaisement et de calme semblait l’entourer. L’idée d’une promenade en si agréable compagnie la rendait joyeuse d’une façon qu’elle ne s’expliquait pas. Elle souriait béatement devant les paroles du haut prélat qui lui démontrait les beautés sculpturales de sa ville.

Nazgaroth resta coi et immobile devant l’état de fruits de la marchande. Mais que se passait-il exactement? Quelque chose avait changé, mais quoi. Il regarda autour de lui. Il se souvenait d’une belle ville élégante, tout en marbre et dorure, mais presque sans verdure ni arbre. Le marbre et les dorures étaient toujours aussi présents, mais à cela s’était ajouté autre chose. Il y avait en fait sur la grande place une prédominance de fleurs et d’arbres qu’il n’y avait pas auparavant. Le démon huma l’air. Une odeur subtile s’était ajoutée avec les années. Une bonne odeur, une odeur apaisante et réconfortante qu’on pourrait associer à son foyer, sa famille.

  • MERDE!, jura-t-il tout haut avec véhémence.

La marchande fit une mine offensée. Un tel langage sur la place publique! Le démon présenta ses excuses à la dame qui bien sur, lui pardonna aussitôt. Ce fourbe de Dinopinab D’el Rikou et ses laquais angéliques avaient contaminé l’air probablement grâce aux nombreux arbres. Toute la flore exhalait ce parfum écœurant d’harmonie. Une chance qu’il n’était plus sensible à cela aujourd’hui, il y avait veillé. Cependant, ce n’était pas le cas d’Yana. Perdre sa nouvelle guerrière au profit de ce monde débilitant le dégoûtait. Par ailleurs, cela risquait de compromettre sérieusement ses plans et il était hors de question qu’il abandonne si près du but. Il allait devoir l’arracher aux griffes perfides D’el Rikou le plus vite possible. De plus, il lut était impossible de savoir pour l’instant si cette atmosphère bienheureuse avait des effets permanents. Il espérait bien que non. Cela dit, Nazgaroth n’était jamais à court de ressource.

Que cela ne tienne, harmonie permanente ou temporaire, Yana lui appartenait corps et âme et il était hors de question qu’il la laisse ici. Il se dirigea donc d’un pas souple et assuré vers le haut prélat et sa nouvelle dulcinée. Contre toute attente, plein d’embûches se dressa sur son chemin. Un chien passa si habilement entre ses jambes qu’il trébucha. Nazgaroth repoussa fermement une main qui tentait de le relever. Puis un attroupement soudain de passants lui bloqua la route. Suite à cela se fut au tout d’une charrette de s’arrêter négligemment en plein milieu de son chemin. Et pendant tout ce temps, il voyait Dinopinab qui lui jetait des coups d’œil taquins derrière son épaule comme pour s’assurer de sa progression ou de son ralentissement, et ce, tout en discourant sur les beautés de sa ville à cette chère Yana qui buvait littéralement ses paroles.

Nazgaroth était à la fois fou de rage de voir ses plans contrecarrés et vert de jalousie à l’idée que ce goujat de haut prélat enlace d’un peu trop près sa mercenaire adorée. Mais plus il s’évertuait à avancer rapidement et à essayer de les rejoindre au plus vite, et plus des obstacles de toutes sortes se dressaient sur son chemin. Le démon bouillait intérieurement et était en train de perdre le peu de calme et de retenu qui lui restaient. Au point où il se sentait lentement changer d’apparence pour une vision plus diabolique. Quelques petites cornes poussèrent à travers son épaisse chevelure blonde. Il sentait sa peau perdre sa douceur satinée et devenir plus coriace. Lorsqu’il senti des crocs poindre à travers ses gencives, il fit un temps d’arrêt dans sa course effrénée pour rejoindre Yana et le haut prélat. Mais que lui arrivait-il exactement? Il était reconnu pour son contrôle et sa maîtrise de soi et là, le voilà en train de perdre toute contenance au point de se transformer en démon, son apparence originelle. Il était certes immunisé contre les effets de béatitude de cette dimension, il y avait veillé, mais est-ce que la contamination de l’air ambiant aurait-il d’autres effets insoupçonnés sur lui? Comme un effet contraire, c’est à dire de le forcer à sortir de ses gonds et ainsi révéler sa véritable nature aux stupides habitants de ce monde? Ce monde était sous la protection des hordes angéliques, s’il se dévoilait, il pouvait être certain de ne plus jamais pouvoir y mettre les pieds, peut importe son apparence. Cela était inconcevable. Qui sait quand il aurait un jour besoin de revenir ainsi pour assouvir sa soif de pouvoir?

Il reprit le contrôle de ses émotions. Il respira à fond. Bon, quels étaient ses options? D’abord, se concentrer pour conserver sa belle apparence. Voilà, c’était fait. Les petites cornes et les crocs étaient de nouveau invisibles. Et hop, voilà le retour de sa peau satinée. Et leva le regard vers le haut prélat et Yana, ceux-ci approchaient de la grande cathédrale. Dinopinab avait sûrement planifié tout ceci. Il devait se douter qu’il était à l’origine des troubles anciens. Il n’avait fait qu’attendre que Nazgaroth revienne dans les parages pour mettre à exécution son plan. Naz n’était pas né de la dernière pluie et celui qui le prendrait en défaut n’était pas encore né. Il allait devoir lui faire payer cet affront. Naz regarda autour de lui. Les possibilités actuelles étaient plutôt minces. Il lui était impossible de tout mettre à feu et à sang et de plus, ce n’était pas dans sa nature. Il préférait les vengeances froides, insidieuses et sournoises.

Un mignon petit chaton vint alors se frotter contre ses jambes. Le démon le prit entre ses mains. Il pensa un instant l’étrangler juste pour le plaisir de voir la vie quitter ses yeux mignons, mais il eut une meilleure idée. Il le caressa doucement pour l’amadouer, puis il lui chuchota quelques mots à l’oreille. Naz ne pouvait pas abolir l’atmosphère écœurante qui circulait ni contaminer la nappe phréatique avec un poison bien personnel, mais il pouvait agir à plus petite échelle. Cela ne ferait sûrement pas long feu, mais peut-être cela serait juste assez pour semer une graine de discorde dans ce monde parfait. Dinopinab ne le prendrait plus de haut la prochaine fois qu’il se verrait.

Il déposa le petit chat par terre. Celui-ci tremblota légèrement sur ses petites pattes, puis il fit le dos rond au démon et feula de colère. Naz sourit satisfait de son effet. Le chat s’éloigna en gronda. Une femme un peu plus loin remarqua le pauvre petit chat et croyant qu’il était malade voulu le prendre pour le ramener chez elle. Bien entendu, celui-ci ne se laissa pas faire et la griffa vilainement sur le dos de la main. Elle le lâcha instantanément pour se frotter la main. Puis elle tenta de lui donner un coup de pied, mais le chaton fut plus rapide et s’en fut faire des vilenies plus loin dans une ruelle. Le visage de la femme se contracta et se durcit. Elle avait désormais un air revêche. Nazgaroth en fut satisfait. Il était certain qu’elle mènerait la vie dure à son époux et porterait peut-être même la main sur ses enfants d’ici la fin de la journée. Elle ne pourra pas contaminer d’autres personnes comme l’avait fait le chat, mais elle rendra tout son entourage malheureux pour quelques temps du moins. C’était un charme léger, dès qu’elle boira de nouveau l’eau du puit de la ville, sa colère et sa violence intérieure s’évanouiront comme par enchantement.

Le chat quant à lui c’était une autre histoire, il pourra contaminer d’autres humains et animaux, mais seuls ces derniers pourront aussi servir de vecteur de contagion. Bien entendu, tous ces effets seront temporaires. Et même le chat «zéro» retrouvera toute sa gentillesse et sa bienveillance dès qu’il boira l’eau du puit. Nazgaroth estima que d’ici une semaine au maximum tout redeviendra à la normale. Mais cette semaine causera bien des soucis à ce cher Dinopinab D’el Rikou.

Nazgaroth reprit donc tranquillement sa marche vers la grande cathédrale où se trouvait justement le haut prélat et la mercenaire. Curieusement, aucune entrave ne bloqua son chemin cette fois-ci. Sourire aux lèvres, il les rejoignit.

  • Ah mon cher ami, je me demandais justement pourquoi vous tardiez tant à nous rejoindre, dit le haut prélat.

  • Oh vous savez, j’observais les changements qui étaient survenus en ce lieu depuis mon dernier passage il y a de cela si longtemps déjà. Que le temps passe vite…

  • Le haut prélat D’el Rikou…, débuta Yana lorsqu’elle fut interrompu par celui-ci.

  • Ma chère, ma chère, appelez moi Dino comme tous mes amis. N’est-ce pas mon cher Naz?

Nazgaroth ne dit rien et se contenta de sourire bêtement. Yana quant à elle avait visiblement l’air gêné et confuse. Il y avait un petit quelque chose dans la conversation qu’elle n’était pas certaine de comprendre et elle n’arrivait à savoir quoi exactement.

  • Bon et bien comme je le disais, le haut…, dit Yana en rougissant, je veux dire Dino voulait me montrer les catacombes de la grande cathédrale. On y trouve les tombeaux des plus grands saints protecteurs de cette ville et même, une statue représentant le grand esprit protecteur de tout leur monde. Il paraît également que les histoires et légendes les entourant sont tout à fait fascinantes.

  • Hum… tout cela est en effet fort intéressant j’en conviens. Et peut-être reviendrons-nous prochainement. Mais malheureusement, d’autres projets nous attendent dans l’immédiat. Je vous remercie cher D’el Rikou pour votre aimable hospitalité envers ma compagne.

Sur ce, Nazgaroth entraîna Yana avec lui. Il avait l’impression d’entendre quelques désordres dans la ruelle adjacente et il ne voulait pas se trouver tout prêt lorsque le haut prélat se rendrait compte de l’ampleur de la situation. Le haut prélat les héla tout de même.

  • Faites-moi prévenir lors de votre prochain retour pour que je puisse vous accueillir encore plus convenablement. Et nous en profiterons pour visiter les saintes catacombes. Mon cher Naz, vous saviez sûrement que les légendes s’y rattachant expliquent l’arrivée de la béatitude et la paix en notre monde, comment l’équilibre fut bouleversée et puis rétablis de justesse.

Le démon s’arrêta soudainement à ces mots, il se retourna. Le haut prélat affichait une mine bienveillante bien que légèrement suffisante. Naz s’en alla lui répondre à D’el Rikou lorsqu’il fut interrompu par un bruit de bataille et de juron en provenance de la ruelle. Le prélat prit une mine inquiète, puis renfrognée. Il salua bien bas ses invités puis se dirigea d’un pas décidé vers la source de tout de raffut. Il était plus que temps de prendre la poudre d’escampette. Naz et Yana laissèrent Dino à ses occupations et s’en allèrent prestement vers le lieu du passage.

Face au passage, Nazgaroth déclara d’un ton sévère d’où l’on devinait une menace à peine voilée : «Cette fois, tu ne me quittes pas.». Puis il l’empoigna très fermement par la main et ils traversèrent le passage sans encombre. Au moment de leur passage, Yana entendit un couple se quereller violemment derrière elle. Il était en effet plus que temps de traverser vers l’autre monde.

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