Les guerriers du chaos – Volume 1 – L’amulette d’éternité – Chapitre 11


Chapitre 11

En sortant de l’antre de la déesse, Nazgaroth apparut instantanément devant Yana. Comme prévu, rien n’avait bougé depuis son départ. La pointe de la dague du grand prêtre était toujours figée à quelques centimètres au-dessus de la poitrine opulente de la mercenaire. Dans l’attente de son futur sauvetage, Yana s’était assoupie. Le démon la trouva sublime, ses cheveux épars, la mine apaisée comme si elle avait enfin accepté son destin. Le démon hésita un instant à la réveiller. Puis cédant à une stupide et soudaine impulsion romantique, il l’embrassa et telle la belle aux bois dormants, elle se réveilla à ce doux baiser. Le contact de ses lèvres eut pourtant un effet pernicieux inattendu. Durant quelques instants, Yana entrevit la nature réelle de Nazgaroth et elle en fut totalement horrifiée. Comment avait-elle pu donner son âme à cette monstrueuse créature venant d’un autre monde ?

Nazgaroth perçu le changement et recula immédiatement. La beauté de son visage se durcit, puis craqua pour révéler sa véritable apparence. Il avait pensé avoir plus de temps, mais puisque ce contact intime avait levé les barrières, autant faire face à la musique. Yana, les yeux agrandis de stupeur, resta figée devant cette vision d’horreur. Le visage auparavant angélique de Nazgaroth avait laissé la place à un faciès démoniaque. Son abondante chevelure blonde, presque blanche qui paraissait si soyeuse avait disparu pour laisser place à un crâne glabre, mais pourvu de nombreuses petites cornes. Sa peau n’était plus douce et satinée, mais semblable à un cuir rougeâtre et coriace. Quant à ses yeux qui naguère vous berçaient dans les vagues des mers tropicales, reflétaient maintenant des brasiers infernaux. Ses mains avaient toujours de longs doigts fins, mais étaient maintenant pourvues d’ongles acérés qu’on devinait tranchants comme des rasoirs et sous lesquelles on n’avait plus du tout envie de se faire caresser.

  • Comme tu peux le constater, je suis passé maitre dans l’art du déguisement, ce qui sert tout à fait mes intérêts je dois dire. Et si tu le permets, nous allons nous tutoyer. Puisque tu me vois maintenant sous ma véritable apparence, je pense que nous sommes devenus suffisamment intimes pour cela, ne crois-tu pas ?

Encore stupéfaite, Yana resta coite. Pour tenter de diminuer l’impact de ce changement d’apparence, Nazgaroth entreprit de lui expliquer quelques-unes des modalités que lui conféraient ses origines.

  • Vois-tu ma chère, il y a plusieurs sortes de démons. Certains d’une apparence similaire à la mienne, d’autres totalement différents. Certains peuvent naturellement passer pour une créature de la 3e dimension, mais ne peuvent changer de physionomie. D’autres peuvent prendre n’importe quelle apparence et ce, peu importe la dimension où il se trouve. C’est mon cas. Je peux changer mon aspect à ma guise. Ce que tu vois, belle Yana, est ma véritable apparence. Sache que tu es l’une des rares créatures encore de ce monde qui ait eu ce privilège.

Il prit une pause quelques instants pour regarder calmement sa future acolyte. Puis sans se laisser décontenancer par l’air toujours aussi horrifié de Yana, il poursuivit sur sa lancée.

  • J’en conviens. Ce sinistre apparat ne me représente pas sous mon meilleur jour. Cependant, ce que tu vois présentement est parfaitement adapté à la 13e dimension d’où je tire mon origine. Mais, je te l’accorde, cela jure un peu pour ce monde-ci.

Yana restait toujours sans voix. Elle ne savait quoi répondre en fait.

  • Je vois que tu es toujours sous le choc. C’est compréhensible. Tu n’as pas encore eu l’occasion de voyager à travers les multiples dimensions qui peuplent notre univers. Tu y verras alors des choses et des créatures de bien pire apparence que la mienne. Certaines sont si horribles que les regarder mène à la folie. Et d’autres sont d’apparences si mignonnes que tu voudrais toujours les avoir à porter de main. Mais prend garde, ce sont souvent les plus magnifiques créatures qui peuvent s’avérer les plus mortelles et dangereuses.
  • Les apparences sont souvent trompeuses ?, tenta de s’exprimer la mercenaire qui se remettait lentement du choc.

Nazgaroth éclata de rire. Un rire tout à fait sincère et qu’elle trouva presque mignon en fait. Elle ne voyait pas comme le rire d’un démon pouvait être mignon, mais c’est bien cet adjectif qu’elle pouvait accoler à son rire.

  • Oui, en effet. Mais en te regardant maintenant te remettre de tes émotions, je suis certaine que les apparences ne sont pas si trompeuses.

À ces mots, il effleura sa poitrine de ses doigts. Yana ressentit un délicieux frisson. Elle ne comprenait pas trop ses réactions, ce démon était si laid sous son apparence réelle, mais il semblait avoir certains pouvoirs sur elle.

  • Qu’attends-tu de moi démon ? Où devrais-je t’appeler autrement ?
  • Oui bien, sur, j’en oubliais même de me présenter. Mon nom, du moins celui que tu seras capable de prononcer dans ta langue, est Nazgaroth.
  • Excellent, reprit-elle avec sa verve habituelle. Maintenant que les présentations sont faites, pouvez-vous me sortir de là.

Yana montra les chaînes à son poignet.

  • Te souviens-tu de ta promesse ?

Yana ne répondit pas.

  • En échange de ta liberté, tu m’as promis ton âme, ton amour et ta fidélité inconditionnels.
  • Je me souviens vaguement de quelque chose dans ce goût-là, lui répondit-elle.
  • Tu as une dernière chance pour reprendre ce que tu m’as promis initialement.

Il attendit quelques instants.

  • Alors cette réponse ?
  • Si je réponds oui, vous me libérez et si je réponds non, je suis vouée à mourir sacrifiée sur l’autel de Nanorna ? Non, mais vraiment, c’est tout un choix qui s’offre à moi, lui répondit-elle avec sarcasme.

Nazgaroth sourit presque tendrement puis reprit son apparence angélique.

  • Désolé de la nouvelle transformation, mais je préfère cette apparence lorsque je suis dans votre monde.

Il secoua sa magnifique chevelure, puis il y passa les mains comme pour les remettre en place. Yana se demandait s’il n’essayait pas de la séduire. Il était vrai que maintenant son apparence était plus qu’avantageuse. Il approcha son visage du sien. Puis il murmura à son oreille.

  • Mais oui en effet, tu as raison, c’est bien quelque chose dans ce goût-là. Mais sache qu’avec moi, ta vie sera sans pareille. Tu vivras des aventures extraordinaires, telle que personne d’autre après toi n’en connaitra. Je te donnerai puissance et force. De plus, je te ferai connaître des plaisirs comme tu n’en as jamais connu.

Sur ses mots qu’il prononça suavement, il lui mordilla amoureusement l’oreille. Yana crut défaillir à cette sensation extraordinaire. Comment un tel touché pouvait-il lui procurer une telle sensation, elle n’en avait aucune idée. Mais si l’éternité avec lui signifiait de tels plaisirs, alors…

  • OUI, cria-t-elle. OUI D’ACCORD ! PRENDS-MOI PREND MON ÂME, JE SUIS À TOI À JAMAIS.

Nazgaroth sourit. Voilà, il était arrivé à ses fins et cela n’avait pas été si difficile. Cette humaine était faite pour lui de toute façon.

Le démon fit un geste qui surprit la mercenaire toujours prisonnière de ses liens sur l’autel du sacrifice. D’un geste vif, il arracha l’amulette du cou du grand prêtre. La chaine se défit sans peine. Il la regarda avec avidité briller dans sa paume. Puis il prit également la dague sacrificielle de la main figée de l’homme, il prononça un mot de pouvoir et il plongea la dague dans la poitrine de Yana. La pointe de la dague s’enfonça jusqu’à la garde dans le cœur de la mercenaire.

Elle ne s’attendait visiblement pas à un tel retournement de situation. La surprise se peignit sur son visage, pour rapidement laisser place à la douleur. Nazgaroth vit la vie quitter ses yeux, il ouvrit grand la bouche et aspira l’âme de la défunte mercenaire. Il se sentit tout de suite ragaillardi et plein d’une toute nouvelle sorte d’énergie. Qui eut cru qu’elle aurait une âme si puissante ? Ah, mais lui oui, bien sûr. Sur cette pensée heureuse, il disparut de la 3e dimension.

Dès la disparition du démon, le grand prêtre de Nanorna ainsi que toute l’assemblée de moines présents dans le temple reprirent vie. Le sortilège du temps suspendu avait été retiré. Le bras du grand prêtre retomba immédiatement comme s’il abattait une dague invisible dans le cœur de quelqu’un. Curieusement sa main était vide. De même que l’autel sacrificiel. Mais où était donc passée sa victime ? Où était passé le sacrifice à sa déesse Nanorna ? Il mit la main à sa poitrine et se rendit tout de suite compte que l’amulette avait disparu. On lui avait volé l’amulette sacrée ! Et merde, pensa-t-il, je suis dans un sacré pétrin.

Il se retourna va l’assemblée qui n’avait visiblement rien vu puisque tous les moines étaient prosternés, le visage contre les dalles de marbre rose du plancher du temple.

  • SACRILÈGE !, cria-t-il.

Les moines se relevèrent confus. Mais que se passait-il ?

  • SACRILÈGE !, cria-t-il à nouveau. L’amulette sacrée a été volée et le sacrifice à notre déesse s’est également enfui. Que tous cherchent dans les moindres recoins du temple ainsi que dans la jungle avoisinante. Nanorna ne saurait tolérer un tel affront à sa grandeur.

Pendant que les moines s’affolaient en tous sens et s’éparpillaient par monts et par vaux pour retrouver l’amulette et la victime devant être sacrifiée, le grand prêtre tomba à genoux devant l’autel et pria avec toute la ferveur dont il était capable. Nanorna qui n’avait aucune pitié envers ses disciples le laissa à sa ferveur religieuse et ne se manifesta pas bien qu’elle fut tout à fait au courant qu’un démon était en possession de l’amulette d’éternité. Après des jours et des jours passés sans boire ni manger, le grand prêtre succomba et il mourut dans la même position de dévotion. Les autres moines crurent que leur grand prêtre était responsable d’une façon ou d’une autre de la disparition de l’amulette, voire que c’était peut-être lui qui avait orchestré la fuite de la victime désignée pour le sacrifice puisque ni l’amulette ni la victime n’avaient été retrouvées et que le grand prêtre avait fini par mourir d’inanition à force de prier leur déesse. Ils prirent son cadavre rabougri et le jetèrent dans un nid de fourmis rouges, où celles-ci en firent un copieux repas. Un autre grand prêtre fut par la suite désigné et on ne reparla plus jamais de l’amulette sacrée.

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