Les guerriers du chaos – Volume 1 – L’amulette d’éternité – Chapitre 10


Malgré ce que l’on serait tenté de croire, le démon aimait bien son disciple Danak. Une preuve de cet intérêt se trouvait justement dans la façon dont il l’avait laissée trépasser. Lui permettre de mourir étouffé par les fils de l’araignée plutôt que d’être mangé vivant était une preuve de son affection. Bien sûr, de cette façon, la mort du corps physique de son disciple lui avait apporté beaucoup moins d’énergie vitale que s’il était mort dans d’atroces souffrances. Mais bon, il savait se montrer magnanime et surtout patient. Il était un puissant démon, mais intervenir directement dans la troisième dimension demandait beaucoup d’énergie vitale. Il n’avait pas encore suffisamment d’âmes à son actif pour y apparaitre régulièrement. Ce qui devrait se corriger dans un proche avenir. Si son plan se déroulait comme il l’avait prévu, il deviendrait l’égal des autres dieux. Et un jour peut-être il les supplanterait tous et deviendrait le maitre incontesté des 15 dimensions, mais d’ici là, il y avait encore beaucoup de choses à faire.

Nazgaroth appréciait grandement le sacrifice que Danak avait fait pour lui. Tous ses disciples n’avaient pas toujours été aussi dévots. Il trouverait bien quelques bricoles pour le récompenser lorsqu’il l’enverrait de nouveau dans la 3e dimension pour accomplir ses basses besognes. Peut-être le laisserait-il faire de nouveau équipe avec la jolie et fougueuse mercenaire ? Il avait eu l’air de bien l’apprécier malgré son caractère. Néanmoins, grâce à l’énergie accumulée lors de la mort de son corps physique et du retour de l’âme du guerrier dans le giron du démon, Nazgaroth avait pu pénétrer dans la 3e dimension et apparaitre devant Yana. Autrement, il lui aurait été beaucoup plus difficile de la mettre sous sa coupe. Ah cette mercenaire… Il ne pouvait s’empêcher d’admettre qu’il avait lui aussi un certain penchant pour elle. Bien qu’il en était également de même pour toutes les créatures dont il attachait l’âme à son énergie vitale. Malgré tout, celle-ci avait un léger avantage sur les autres. Qu’allait penser Anathina de sa nouvelle coéquipière ? Sa sorcière supportait difficilement les autres femmes alentour de Nazgaroth. Elle le voulait pour elle seule, alors que le démon n’était pas toujours de cet avis. Il aimait mettre du piquant dans ses multiples relations et celle-ci allait surement produire de nombreuses flammèches. Il était impatient d’assister à cela. Deux combattantes, farouches et féroces, chacune spécialisée dans leur art, se battant pour attirer son attention ou ses faveurs. Voilà une perspective qui s’avérait des plus réjouissantes.

En quittant Yana, Nazgaroth regagna son plan d’existence. Il avait plusieurs préparatifs à faire en vue de sa rencontre avec Nanorna. Manœuvrer la déesse ne sera pas chose aisée. Il allait devoir faire preuve de beaucoup de doigté et d’ingéniosité. Son pari était risqué. Ce n’était pas une déesse réputée pour sa magnanimité.  Elle superbe, mais rigide et elle ne s’en laissait pas imposer. Si son ancien grand maitre avait pu la duper, c’était simplement parce qu’elle lui avait un jour offert une bague de protection, récompense ultime pour de grands services rendus. Elle ne se laisserait pas berner deux fois.

Lorsqu’il fut fin prêt, il proféra son incantation. Il disparut de son plan astral pour réapparaître dans la quinzième dimension, face aux portes célestes du palais de la déesse Nanorna. C’était un palais tout de marbre blanc veiné d’or pur. Il était immense, magnifique, immaculé et sommes toutes… plutôt glacial. Tout à fait ce à quoi il s’attendait. Aucun garde à l’horizon, nul besoin dans le palais céleste, la présence même de Nanorna était suffisante pour éloigner les intrus et les ennemis. N’entrait pas dans le palais qui veut, le passage vers celui-ci ne s’ouvrait qu’à la demande expresse de Nanorna. Elle n’avait pas demandé à voir le démon et normalement, il aurait dû être incapable d’y pénétrer. Mais Nazgaroth avait un sauf-conduit qui le rendait indétectable aux sens de la déesse. Cela lui donnerait un effet de surprise non négligeable et le ferait paraître plus puissant qu’il n’était en réalité.

http://meshistoiresdautrefois.hautetfort.com/tag/mus%C3%A9e+de+l'ermitage Grande salle du Trône  Aquarelle de Constantin Andreïevitch Oukhtomsky, 1862.
http://meshistoiresdautrefois.hautetfort.com/tag/mus%C3%A9e+de+l’ermitage
Grande salle du Trône, Palais de l’ermitage
Aquarelle de Constantin Andreïevitch Oukhtomsky, 1862.

En pénétrant dans la salle du trône, il remarqua plusieurs servantes nubiles toutes de blanc vêtues. Elles semblaient accomplir toutes sortes de tâches, allant de l’époussetage[1] au transport des coupes de fruits. La déesse était assise sur un immense trône de marbre blanc et semblait se distraire en mangeant quelques raisins. Nazgaroth savait à quoi ressemblait Nanorna, mais il fut tout de même subjugué devant tant de grâce et de beauté. De longs cheveux roux torsadés sur le dessus de sa tête avec quelques mèches qui encadraient négligemment un joli visage finement ciselé auraient rendu baba n’importe quel mortel. Le démon soupçonnait même quelques dieux de s’être laissé prendre par une telle beauté.

Et que dire de son corps. L’expression un corps de déesse lui collait littéralement à la peau. Sa tunique faite d’une multitude de plumes blanches laissait entrevoir un corps sculptural. Serait-il être à la hauteur ? Nanorna était d’une beauté à couper le souffle, mais elle était aussi très dangereuse. Son intelligence aiguisée et son manque d’empathie la rendaient sans pitié. Tout cela faisait d’elle une adversaire redoutable. Elle avait les moyens de le réduire à néant. Il allait devoir être plus fin qu’elle, ce qui était dans ses cordes, pensait-il.

Il avait pensé faire une entrée fracassante pour la surprendre, mais il fut vite déçu. Il venait à peine de pénétrer dans la salle du trône qu’il fut accueilli brutalement par deux épées de lumière qui lui piquèrent le dos. Deux servantes plus musclées que les autres le poussèrent vers le centre de la salle. Nanorna termina de déguster ses fruits, puis elle tourna son regard vers lui.

  • Et bien démon, tu as beaucoup tardé, il me semble. Il y a déjà fort longtemps que je t’attends.

Nazgaroth fit une profonde révérence.

  • Déesse, vous m’en voyez profondément désolé. Obtenir l’énergie nécessaire pour réussir à pénétrer dans votre royaume m’a demandé plus de préparation que je ne l’aurais cru.
  • Il va s’en dire démon. N’entre pas qui veut dans cette dimension. Depuis que tu as pris possession de l’âme d’Alban, ce traître, je savais que tu viendrais. Je t’ai même facilité la tâche en faisant en sorte que tu obtiennes tous tes ingrédients pour ton saufconduit.

Pour l’effet de surprise, on peut dire que c’est raté, se dit Nazgaroth. Néanmoins, il prit un air médusé.

  • Alban vous dites ? Je ne connais pas ce traitre. Si jamais je croise la route de celui qui a pris son âme, il me fera grand plaisir de vous la rapporter et de faire subir mille supplices à cette canaille qui a osé vous ôter le plaisir de lui retirer vous-même la vie. Néanmoins je vous remercie de m’avoir permis de vous rencontrer en votre domaine. Pénétrer l’antre d’une déesse aussi puissante que vous n’est pas chose aisée. Vous me voyez ravi d’être dans vos bonnes grâces.

Nanorna ne répondit pas, mais regarda le démon avec attention. Essayait-il de la berner ? Ses petits espions se sauraient-ils trompés ? Mais que voulait alors ce petit démon de pacotille ? Elle pouvait lire aisément dans le cœur et l’esprit de tous les mortels et il en était de même pour toutes les créatures lui vouant un culte, mais les dieux et les démons c’était une autre histoire. Elle le savait provenir de la 13e dimension, seule dimension n’ayant aucun dieu pour la régir. Une dimension où seules subsistaient des créatures démoniaques retorses, sans foi ni autre loi que l’assouvissement de leurs plus noirs désirs. Nanorna n’avait aucune emprise sur lui et cela lui déplaisait. Elle se leva, l’esprit en colère d’avoir peut-être été déjouée une fois de plus.

  • Es-tu en train de suggérer que mes espions ne sont bons à rien ? Que ma malgré toute puissance, je ne sais pas ce que tu trames ?
  • Déesse, je vous jure que…
  • Après ce misérable grand bonze, plus aucun autre misérable, qu’il soit mortel ou non, ne se payera ma tête, dit-elle avec fureur ! Gardiennes ! Emmener le démon dans le donjon des suppliciés !

Nazgaroth fut pris de court. Il ne s’attendait pas à un tel revirement de situation. Il se prosterna par terre juste avant que les gardiennes de la déesse ne lui mettent la main au collet pour le trainer de force dans les oubliettes.

  • Pardonnez-moi ! Pardonnez-moi !, supplia Nazgaroth.

Les gardiennes le prirent par les bras et le trainèrent contre son gré vers une sortie qui venait d’apparaitre.

  • Bonze ? Bonze avez-vous dit ?, cria-t-il désespérément à la déesse. Oui, oui, je me suis fourvoyé. Je ne savais pas que Mercari le Bonze fou était votre ancien grand prêtre. Je sais où est son âme.

Nanorna leva la main.

  • Ramenez-le-moi, ordonna-t-elle.

Ce n’était pas le moment de faire l’orgueilleux devant Nanorna, ainsi Nazgaroth n’eut aucun scrupule à se mettre à plat ventre au pied de la déesse. Dans de telles conditions, faire le lèche-botte terrorisé ne lui ferait que du bien.

  • Qu’as-tu à me dire vil démon ?
  • C’est moi qui aie cueilli l’âme de Mercari ou devrais-je plutôt dire Alban votre grand prêtre. Elle est en sécurité.
  • Rends-la-moi, lui ordonna Nanorna.
  • C’est-à-dire que ma déesse…
  • REND LA MOI J’AI DIT, hurla-t-elle.

C’était le moment. La colère était la plus grande puissance, mais aussi la plus grande faiblesse de cette déesse. Elle pouvait faire d’horrible carnage sous le joug de celle-ci. Cependant, elle perdait aussi une grande partie de sa logique et esprit de déduction, ce qui la rendait ainsi plus facile à manœuvrer. Ce qui était la spécialité de Nazgaroth.

Le démon se releva donc, recula de quelques pas puis épousseta ses vêtements des poussières imaginaires. Ce qui eut le don de mettre Nanorna davantage en rage. Sa robe, devenue véritable tourbillon de plumes, tourbillonnait autour d’elle. Ses cheveux défaits s’enlaçaient dans tous les sens.

  • Non, dit-il simplement.

Cette simple réplique désarçonna complètement Nanorna. Elle n’avait pas l’habitude de se faire dire non.

  • Je vous propose un échange, proposa-t-il simplement.
  • Un échange ? Tu veux négocier avec moi, une déesse !

Et elle éclata de rire. Puis elle se rassit visiblement enchantée de sa proposition.

  • Mais que peux-tu donc avoir à échanger avec moi petit démon ?
  • En plus de détenir l’âme de cette petite crapule de Mercari ou Alban, ce que vous préférez, j’ai en ma possession l’amulette d’éternité.
  • Tu es un vil menteur démon. Je ne crois pas un seul instant que tu possèdes l’amulette d’éternité. Elle se trouve à mon sanctuaire le plus reculé et fortifié. Elle est entre les mains de mon grand prêtre le plus dévot.
  • Ma chère Nanorna, prenez le temps de vérifier auprès de votre grand prêtre, je sais être patient.

Les yeux de la déesse se rembrunirent aussitôt. Elle devait absolument vérifier les dires du démon. Nazgaroth attendit donc sagement le retour de la déesse. Elle contacta mentalement son grand prêtre. Curieusement, celui-ci ne répondit pas à son appel. Elle envoya alors une infime partie de son esprit dans le monde de la 3e dimension, au sein de son temple. Elle pénétra dans l’enceinte de la salle des sacrifices et constata qu’une bulle hors du temps entourait ses disciples et son grand prêtre. Grand prêtre qui avait au cou l’amulette et qui était sur le point de poignarder une jeune femme sur l’autel. Curieusement, la jeune femme ne semblait pas sous l’effet de la bulle. Elle bougeait à l’occasion. Nanorna tenta de pénétrer dans la bulle. Impossible. Elle poussa plus fort, toujours rien. Quel sort pouvait ainsi repousser l’esprit d’une déesse ? Ce démon en plus d’avoir une connaissance étendue de sa situation, était beaucoup plus puissant qu’elle ne l’avait estimé au départ. Il n’y avait aucun être humain ou créature intelligente hors de la bulle qu’elle aurait pu incarner pour l’aider. Et si elle se transposait totalement dans ce lieu, sa puissance était si grande, elle aurait fait exploser le temple. Elle n’eut d’autre choix que de retourner en son palais. De retour dans sa demeure à peine quelques secondes après l’avoir quitté, elle regarda attentivement le démon. Que cherchait-il ? Que voulait-il obtenir d’elle ? Pourquoi était-il impudent au point de vouloir contrarier une déesse ?

Lorsque Nazgaroth fut certain d’avoir de nouveau l’attention de Nanorna, il ajouta : «Comme vous l’avez constaté, il vous est impossible de pénétrer dans la bulle hors du temps, ainsi tout ce qui s’y trouve est désormais hors de votre portée. Ce qui inclus l’amulette d’éternité que j’aurai le loisir de récupéré quand bon me semblera.»

  • Je pourrais simplement vous tuer sur le champ ou vous torturez jusqu’à ce que vous me rendiez ce qui m’appartient, lui répondit-elle d’un ton aigre.
  • Malheureusement pour vous, ma mort n’aura aucun effet sur la bulle. Si vous faites cela, l’amulette y restera à jamais. Le sort est relié à mon essence ET à mon bien-être. Ainsi si vous m’assassinez ou m’infligez d’atroces souffrances, je serais incapable de retirer la bulle.
  • Par ailleurs, ajouta-t-il, vous avez surement remarqué également qu’une jeune femme s’y trouvait également. Bien que prisonnière de la bulle, elle est plus libre que les autres individus qui s’y trouvent. Il s’agit de Yana d’Outre-Tombe. Mercenaire, quelque peu magicienne et guerrière redoutable, mais surtout fille d’Yvonina, votre feu grande prêtresse.

Il suspendit son discours quelques instants, pour mesurer tout l’effet de ses paroles sur la déesse. Celle-ci était toujours coite, visiblement de plus en plus hostile, mais aussi quelque peu abasourdie.

  • Vous vous souvenez surement de cette chère Yvonina que vous avez envoyée s’accoupler avec le chef du clan des nains de la Montagne de feu d’en l’espoir d’en obtenir un véritable avatar en chair et en os, mais qui finalement s’est jetée elle-même dans le feu du volcan pour éviter votre courroux et se faire pardonner d’avoir échoué sa mission. Rendant ainsi orpheline sa petite fille d’à peine deux ans. Petite fille que vous aviez dédiée au noviciat d’en l’espoir qu’elle soit plus à la hauteur que sa bonne à rien de mère et qui devenue grande s’est finalement échappée de votre temple et de votre emprise grâce à son père.

Nanorna ne dit mot. La fureur s’accumulait de nouveau en elle au souvenir de cet événement désagréable. Depuis que la petite Yana avait fui son giron, il lui avait été impossible de la retrouver. Sa petite novice avait disparu à ses yeux dès le moment où elle avait quitté le temple. Ce qui normalement était impossible, car cette petite lui avait été dédiée à sa naissance, sa mère y avait veillé. Pourtant, elle lui avait échappé. Bien que Nazgaroth sembla très courant, Nanorna doutait fortement qu’il soit responsable de cette évasion et de cette invisibilité. Non c’était quelqu’un d’autre qui avait agi en coulisse et malgré toutes ses tentatives, elle n’avait pas réussi à trouver qui était le responsable. Elle avait fini par en déduire que c’était possiblement un autre dieu qui avait voulu lui porter ombrage. Les autres dieux… tous de vieux mâle en rut, vils, hypocrites, menteurs et faux jetons. Même ceux qui se disaient dédiés au bien du monde, ne cherchaient en fait qu’à accumuler davantage d’âmes en leur giron. Et il était évident que ce démon était de la même espèce.

Mais comme Nazgaroth était un démon et non un dieu, cela le rendait faible. Elle pourrait l’anéantir en un claquement de doigts si elle le voulait, elle trouverait bien un moyen pour défaire cette maudite bulle plus tard. Elle était une déesse, qu’est-ce que l’éternité pour une déesse ? C’est ce qu’elle était sur le point de faire lorsqu’il ajouta : «Vous savez qui est son père j’imagine ?» Cela piqua sa curiosité et elle suspendit son geste.

  • Un des prêtres du temple surement, dit-elle. Mes serviteurs ne font pas le vœu de chasteté. Seul le mariage leur est interdit. Ils peuvent forniquer et procréer autant qu’ils le veulent, puisque cela me procure davantage de fidèles et donc davantage de puissance. Tu sais surement cela démon !
  • Bien sûr. Mais aussi incroyable que cela puisse paraitre, son père n’est autre qu’Alban votre grand prêtre.
  • Impossible ! s’écria-t-elle catastrophée.
  • Non seulement, vous a-t-il trahis en quittant votre service abruptement après que vous lui ai offert cette bague de protection. Bague dont il s’est servi pour entourer Yana d’un sort d’invisibilité à vos yeux. Mais il vous a aussi trahi en aimant secrètement une autre femme que vous, une humaine, votre grande prêtresse. Celle que vous aimiez tant, qui était si loyale et dévouée, mais que vous avez envoyée en pâture aux nains de la montagne de feu. Vous saviez que ceux-ci n’accepteraient jamais l’offre qu’elle devait leur transmettre. Et vous saviez qu’elle se suiciderait plutôt que de revenir en ayant échoué sa mission. Il vous aurait été utile qu’elle conçoive votre avatar avec le chef nain de la Montage de feu. Cela vous aurait rendue très puissante.

Nanorna resta coite de stupeur. Comment pouvait-il en savoir autant ? Bien qu’elle ne puisse approcher Alban à cause de sa bague de protection, elle avait fait surveiller ses moindres faits et gestes et s’il avait été en contact avec le démon, elle l’aurait su immédiatement. Nazgaroth profita de son hébétude pour continuer son récit.

  • Pour créer cet avatar si parfait, il aurait fallu qu’Yvonina reste vierge, malheureusement, elle conçut une enfant. Pourtant, vous lui aviez fait juger promettre de rester pure. Malheureusement, la chair est faible. Rendu impure à vos yeux, vous vous en êtes débarrassée. Et de cette manière vous faisiez d’une pierre deux coups. Vous punissiez un acte que vous aviez interdit, suscitant ainsi davantage de peur et de respect parmi vos fidèles et vous éloignez définitivement une rivale, si humaine soit-elle, des yeux de votre cher Alban dont vous trouviez les regards un peu trop appuyés sur cette chère Yvonina. Votre grand prêtre chéri n’avait ainsi plus d’yeux que pour vous. Malheureusement, il se trouve qu’il était profondément amoureux de la belle Yvonina. Son expiation l’a profondément affecté et donc, dès qu’il en a eu les moyens, il s’est assuré que sa fille ne subirait pas le même sort que sa défunte et dévote mère. Bien entendu, il a fait pendre un jeune et très séduisant novice, le faisant passer pour le père de la petite. Puis, il a attendu quelques années et s’est enfui aussi, écartant ainsi tout soupçon sur la protection qu’il avait offerte à Yana et sur le fait qu’il était son véritable père. Cette chère enfant, modèle remarquable d’incarnation pour créer votre si parfait avatar. Malheureusement pour vous, je dois vous dire qu’elle n’est plus vierge depuis longtemps. Cependant, elle pourrait certainement concevoir pour vous une enfant pure qui pourrait vous créer cet avatar. Imaginez… pouvoir ainsi circuler librement et avec toute votre puissance parmi les mortels, dans un vrai corps, pas seulement une incarnation temporaire et instable.
  • Tu parles beaucoup trop démon. Un jour, cela te nuira. Que veux-tu ?, ajouta-t-elle d’un ton sec et cassant.
  • Ah ce cher Alban qui vous a trahis, vous une déesse, pour une petite humaine…, dit-il avec un sourire narquois. Si vous saviez tous les subterfuges dont j’ai dû user pour parvenir à obtenir son âme.
  • Démon ! Ma patience à des limites, sache-le !
  • Oui, oui, bien sûr, dit-il. Je disais donc que j’ai en ma possession l’âme de ce bon vieux Alban, ainsi que l’amulette d’éternité ET le plus important, cette belle et jolie donzelle que l’on nomme Yana d’Outre-Tombe.
  • Je te le demande une dernière fois, que veux-tu démon ?
  • Je vous rends l’âme de votre grand prêtre adoré. Vous aurez ainsi le loisir de le torturer pour l’éternité ou en faire ce que bon vous en semble. De plus, je vous rends également votre bague de protection qui lui a permis d’extraire Yana à votre vue. Ainsi vous pourrez vous assurer que plus aucun de vos disciples ne vous échappe.
  • Que ferez-vous de la bulle hors du temps qui emprisonne mes fidèles et mon grand prêtre ?
  • Je les libérerai bien entendu.
  • Et que veux-tu en échange de tout cela ?, demanda la déesse.
  • En échange, je garde Yana, son corps, son âme, son esprit, bref tout ce qu’elle est. Ainsi que l’amulette d’éternité.
  • Que feras-tu de l’amulette petit démon ? Elle ne te servira à rien. Elle a été conçue pour les dieux et seuls les dieux ou leurs avatars peuvent s’en servir. Et actuellement dans la 3e dimension, il n’y a pas d’avatar et aucun dieu qui n’ait besoin de cette amulette. J’en suis la gardienne. Le Grand Démiurge me l’a confiée pour que je la prête aux autres dieux quand ils en ont besoin. Ils doivent cependant me l’a remettre après un certain temps. Même si je te la laissais, au bout de cinq cycles tu n’aurais d’autres choix que de me la remettre, car tu n’es qu’un vulgaire démon de la 13e Et si tu omets de me la remettre, elle causerait instantanément ta mort, car elle n’est pas faite pour les doigts des démons.
  • L’amulette te sera retournée en son temps, dit Nazgaroth. Mais je la désire, de même que Yana.
  • Tu sais que je pourrais te réduire en cendre en claquant des doigts ?
  • Je n’ai aucun doute à ce sujet.

La déesse prit quelques instants pour réfléchir. Ce qui parut une éternité pour le démon qui avait hâte de s’attaquer à la seconde partie de son plan.

  • Très bien démon, j’accepte ton offre. Tu me rends mon grand prêtre Alban ainsi que ma bague de protection et tu libères mon temple de la bulle hors du temps. Et en contrepartie, je laisse en ta possession l’amulette d’éternité pour une durée de cinq cycles, ce qui équivaut à dix années de la 3e dimension ainsi que la jeune Yana. Saches toutefois qu’à la fin des cinq cycles, non seulement l’amulette d’éternité reviendra entre mes mains, mais également Yana.

Le démon sourit intérieurement. C’était plus que ce qu’il avait espéré et amplement suffisant pour mener à bout ses sombres projets. Il ne montra rien de ses réjouissances internes et s’inclina bien bas devant la déesse.

  • Que votre volonté soit faite chère déesse.

[1] Qui eut cru qu’il pouvait y avoir de la poussière dans un palais céleste ?

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