Les guerriers du chaos – Volume 1 – L’amulette d’éternité – Chapitre 9


Les guerriers du chaos – Volume 1 – L’amulette d’éternité – Chapitre 9

Après avoir convenu des détails de leur plan d’évasion, Danak écouta à la porte et n’entendant aucun bruit, il prononça un petit enchantement. Un léger clic se fit entendre et il ouvrit la porte sans faire de bruit. Un matelot visiblement ivre mort était affalé par terre. Ils étaient tellement certains de l’efficacité de leur poison que le capitaine n’avait pas pris la peine de les faire surveiller convenablement. Ils sortirent donc tous deux sans peine de leur cabine. Ils y avaient bien quelques matelots sur le pont, mais ils semblaient plus préoccupés par leurs tâches qu’autre chose. Les deux comparses se dirigèrent silencieusement vers la coquerie. Ils y trouvèrent tout ce qu’il fallait pour mettre le feu au navire comme Yana le souhaitait. Celle-ci aspergea d’huile inflammable toute la petite pièce et y lança une allumette. Le feu prit rapidement. Avant que la pièce ne soit remplie de flamme et de fumée, Yana et Danak quittèrent la coquerie en douce. Danak était dans la petite chaloupe et Yana sur le point d’y mettre les pieds quand un des matelots les aperçut et donna l’alerte.

  • Les prisonniers s’échappent !, cria-t-il en prenant son épée.

Il engagea le combat avec Yana et au même moment, un autre cri se fit entendre.

  • Au feu ! Au feu !

Yana vit d’autres matelots sortir d’un peu partout et se diriger vers la source de la fumée qui avait déjà passablement envahi le pont. Il y en avait tellement qu’elle rendait invisible le combat que se livrait la mercenaire et le marin. Celui-ci fut soudainement pris d’une quinte de toux irrépressible et Yana en profita pour lui perforer le cœur de sa lame. Puis elle sauta dans la chaloupe et Danak s’empressa d’activer les poulies pour faire descendre leur embarcation de fortune.

La petite chaloupe se dirigeait rapidement vers la côte grâce aux bras puissants de Danak qui ramait de toutes ses forces pour les éloigner du navire enflammé. Ils avaient si bien aspergé la coquerie que le feu s’était répandu sur tout le navire. Il semblait maintenant impossible aux hommes du capitaine Gonzo de venir à bout des flammes. Ils entendirent le gras capitaine crier «Abandonnez le navire» et virent plusieurs hommes sauter à la mer. Avant d’embarquer dans la chaloupe, Danak avait saboté l’autre canot de secours. L’équipage n’avait plus qu’à choisir entre mourir brulé ou mangé par les requins ou autres créatures marines aux dents longues.

L’aube se levait lorsqu’ils atteignirent la plage des territoires inconnus. Ils prirent quelques minutes pour se reposer sur le sable et manger quelques victuailles qu’ils avaient volées sur le navire. Puis ils pénétrèrent dans la jungle par un petit chemin. C’était encore le petit matin, pourtant il faisait déjà chaud comme dans un four. Dès qu’ils mirent le pied sous les futaies, des nuages de moustiques et autres mouches tropicales se mirent à les harceler sans leur laisser un instant de répit.

Perdue dans la jungle

Après plusieurs heures de marche forcée, ils durent se rendre à l’évidence. Il allait devoir passer la nuit dans la jungle. Une idée qui ne disait rien qui vaille ni à l’un ni à l’autre. Ils n’avaient pas encore trouvé l’endroit idéal pour bivouaquer,  mais y en avait-il seulement un dans cette forêt infernale ? En attendant, ils avaient trouvé un arbre mort sur lequel ils pouvaient s’asseoir.

  • Tu crois qu’on devrait camper ici ?, demanda Yana.
  • Ici ou ailleurs, je ne pense pas que cela fasse une grande différence.
  • Il y a des histoires horribles sur cette forêt. On dit que des régiments entiers ne sont jamais ressortis vivants de cet enfer vert.
  • Ouais, c’est ce qu’on dit.
  • Tu sais que je ne suis pas une trouillarde, mais les insectes, les araignées et toutes ces bestioles qui rampent ou sautent…
  • Bof, il y a pire et j’ai vu pire. Mon mai… mon ancien employeur avait le don pour les situations horribles et sanguinolentes.
  • Et les morts-vivants ? Je sais que certaines zones sont propices à ce type de maléfice. Tu crois qu’il y en a dans le coin ? Pas que j’en ai vraiment peur, mais ils sont souvent tellement… tu sais… dégoutants, sales, boursouflés, suintants et puants. Et dès qu’ils sont en horde, il y a aussi leurs horribles gémissements. J’aimerais savoir d’avance si cette jungle réveille les morts pour disons, être préparée et sur le qui-vive.

Et elle discourut ainsi quelque temps sur les zombies et autres morts-vivants. Les moustiques et autres insectes piqueurs volants lui mettaient les nerfs à vif et penser qu’il pourrait y avoir en plus des zombies la faisait carrément disjoncter. Cependant parler de ses craintes, qu’elle espérait ardemment injustifiées, à haute voix l’empêchait de trop y penser réellement. Ce qui fait qu’elle déversait sur son compagnon son babil incessant.

Danak regarda sa compagne dans les yeux. Il crut y déceler, quoi ? De la peur ? L’indomptable Yana d’Outre-Tombe aurait peur des zombies en plus des insectes. Et bien, c’était bon à savoir. C’était le genre d’information que son maître se ferait un plaisir d’utiliser contre la mercenaire.

  • Je ne sais pas s’il y a des morts-vivants ici. Des spectres et fantômes ? Peut-être. Des goules ? C’est improbable, mais pas impossible. Des araignées, des serpents, des vipères, des scorpions et des fourmis rouges ça c’est certain. Mais dans tous les cas, on va devoir passer la nuit ici.

Il se leva et s’éloigna. Yana interloquée se leva aussi. Il s’en allait, la laissait seule ici dans cette forêt maudite ? Danak, sentant le désarroi de sa compagne, lui cria : «Ça nous prend du bois pour le feu. Je reviens dans pas long.»

Lorsqu’il fut suffisamment éloigné et certain qu’elle ne l’ait pas suivi, Danak se connecta à son maitre Nazgaroth pour connaître la suite du plan. Le contact fut bref, mais le guerrier en savait assez pour être horrifié. Il ne savait pas si son maitre prendrait le temps de sauver son disciple d’une mort certaine. Il se ressaisit et regarda autour de lui pour ramasser les bouts de bois nécessaires à leur feu de camp. Il revint finalement à leur bivouac les bras chargés de bois. Il déposa le tout aux pieds de Yana qui n’avait pas bougé d’un poil. Rapidement, ils installèrent leur campement improvisé. On avait vu mieux comme site, mais cela ferait l’affaire pour ce soir. Les deux compagnons étaient épuisés, mais ils furent tous les deux d’accord pour dormir à tour de rôle.

  • Je vais prendre le premier tour de garde. Je te réveille dans trois heures et ainsi de suite, s’exclama Danak.
  • On se lève à l’aube et on déguerpit au plus vite de cet endroit. Je n’aime pas ça ici.
  • Oui, en effet, lui répondit-il d’un lugubre.

Yana n’y fit pas attention et s’installa du mieux qu’elle put. Elle ne pensait pas réussir à dormir, mais elle savait qu’elle pourrait compter sur Danak en cas de pépin. Il était un bon guerrier. Il faisait nuit noire lorsque Yana sombra finalement dans le sommeil. Dès qu’il s’en rendit compte, il la fouilla d’une main leste. Il trouva ce qu’il cherchait et s’éloigna rapidement. Alors qu’il n’avait fait que quelques pas, Yana se leva d’un bond et lui pointa son épée dans le dos.

  • Tu nous fais quoi là ? Une balade nocturne ? Avec ma carte en plus.

Le guerrier se retourna très lentement. Il ne doutait pas un seul instant que Yana l’embrocherait au moindre geste brusque.

  • Tu pensais peut-être qu’on pouvait me déjouer facilement ? Rends. Moi. La. Carte. Et je ne te le dirai pas deux fois.

Danak lui tendit lentement la carte. Dès qu’elle l’eut en main, Yana lui asséna un coup brutal sur la tempe et Danak s’écroula par terre.

  • Imbécile, il n’est pas né celui qui dupera Yana d’Outre-Tombe !

Elle mit la carte dans son gilet et tira le corps de Danak près du feu. Au moins, il ne serait pas tué par des bêtes sauvages. Pas tout de suite du moins. Elle trouva des lianes suffisamment rigides, puis elle lui lia les pieds et les mains. Il aurait été bien moins compliqué de l’abattre tout simplement, mais quelque chose la retenait, elle n’aurait su dire quoi exactement. Peut-être qu’elle se ramollissait. Mais non, se dit-elle, mon instinct ne m’a jamais trompé et ce n’est pas aujourd’hui qu’il va commencer. Partir seule au milieu de la nuit dans cette jungle infernale n’aurait pas été l’idée du siècle, elle était obligée de rester à leur campement jusqu’au lendemain matin. La seule chose qui l’embêtait c’est qu’elle ne pourrait pas dormir. Elle allait devoir alimenter le feu régulièrement pour ne pas qu’il s’éteigne, qui sait quelles horribles créatures rôdaient dans les environs, cette petite flambée les tiendrait à distance. Du moins, elle l’espérait.

La nuit fut très calme mis à part les hululements, craquements, hurlements, jappements et autres grincements de la faune nocturne. C’était plus que ce que Yana pouvait espérer, même si elle n’avait pas fermé l’œil de la nuit. Danak quant à lui, ligoté comme il l’était dans ses lianes, n’avait pas bougé d’un poil. Yana avait fait du beau travail. Plus il se débattait et plus les lianes le serraient. Si bien qu’il avait complètement cessé de se débattre au bout de quelques minutes. Ne pouvant rien faire de plus pour le moment, il en avait profité pour piquer un roupillon bien mérité. Le soleil se levait et les maigres rayons qui filtraient à travers les feuilles vinrent le réveiller. Il regarda autour de lui et il ne vit personne. Il était seul, ligoté et en milieu de la jungle. Yana l’avait abandonné à son sort.

Dès les premières lueurs de l’aube, Yana se leva et partit sans regarder derrière elle. Au bout d’une trentaine de minutes, elle s’arrêta et consulta sa carte. Elle pensait être sur le bon chemin, mais s’exclama soudainement «Et merde !», puis elle rebroussa chemin. Ce misérable ver de terre lui avait remis le mauvais parchemin ! Une fausse carte ! Elle allait être obligée de rebrousser chemin. Quel merdier. Trop tard pour abandonner, perdue en plein milieu de nulle part. Pas d’autres choix que de faire demi-tour, au moins elle avait bien attaché Danak et avec un peu de chance, il serait encore là où elle l’avait laissé.

Le campement était dévasté. Il y avait par terre les lianes qui avaient servi à attacher Danak. Il y avait des traces de lutte ainsi que celles d’un animal, mais elle n’arrivait pas à l’identifier. Elle n’en avait jamais vu de pareil. Les pires rumeurs circulaient sur cette maudite forêt. La déesse seule pouvait savoir ce que c’était. Le temple de Nanorna se situait quelque part à l’est. Yana savait qu’elle avait peu de chance de l’atteindre sans la carte. De plus, cette foutue carte comportait également un plan du temple avec des indications sur l’endroit où elle devrait chercher l’amulette d’éternité. Bon, se dit-elle, sans la carte, ses chances étaient pour ainsi dire nulles. Selon les empreintes qu’il avait laissées, l’animal s’était dirigé vers le nord et il semblait avoir trainé avec lui ce faux jeton de Danak. Il semblerait qu’elle n’avait pas d’autre choix que de le suivre si elle voulait récupérer la carte. À voir les traces qu’il avait laissées derrière lui, c’était visiblement un très gros animal. Yana était un peu surprise qu’il n’ait pas simplement dévoré ce pauvre Danak près du campement.

Au bout d’un petit moment, elle arriva près d’une grotte. La mercenaire hésita un peu. Elle resserra sa prise sur son épée et pénétra à l’intérieur. Plus elle avançait et plus il faisait sombre. Cependant, au bout d’un petit moment, elle se rendit compte que les murs de roche luisaient d’un éclat phosphorescent lui permettant de voir où elle mettait les pieds. Des fils d’araignée commençaient à pendre un peu partout. Tout cela ne lui disait rien qui vaille.

Après avoir coupé un mur de fils, elle se retrouva soudainement devant Danak. Il était totalement englué dans les fils. Elle libéra son visage. Visiblement il respirait encore, donc il était en vie. Elle le réveilla avec quelques claques dans la figure. Il finit par ouvrir les yeux.

  • Yana ! C’est toi ! Je ne pensais pas te revoir un jour.
  • Où as-tu mis la carte espèce de scélérat ?
  • La carte ?, dit-il, Quelle carte ?
  • Tu sais très bien de quelle carte il s’agit. Celle du temple de Nanorna. Je ne sortirais jamais de cette jungle sans elle et toi non plus d’ailleurs.
  • Libère-moi et je te dirai où elle est. Et fait vite, j’ai bien peur que l’araignée ne revienne rapidement.
  • Je pense que tu m’as mal compris. S’il le faut, j’attendrai que l’araignée ait terminé son repas et je viendrai fouiller ce qu’il restera de tes vêtements, déclara Yana.
  • Si je te dis où elle est, tu me libèreras ?, demanda Danak.
  • D’accord. Où est la carte ?
  • Jure-moi que tu vas me libérer si je te dis où elle est.
  • Je le jure, dit Yana.

Danak hésita un peu, puis il lâcha le morceau.

  • La carte se trouve sous le gros billot près de notre bivouac.
  • Merci, mon cher, dit-elle en se dirigeant vers l’entrée de la grotte.
  • Non !!!, cria Danak. Yana sale garce ! Tu avais promis, tu avais juré !
  • Les mercenaires n’ont pas de parole, tu devrais le savoir, lui répondit-elle de loin.

Elle quitta la grotte. Danak lui criait encore des obscénités, mais il finit par se taire ou bien elle était rendue trop loin pour l’entendre. Près du bivouac, elle trouva rapidement le gros billot dont il avait parlé. Mais pourquoi diable ne l’avait-il pas gardé sur lui ?  Elle l’aurait peut-être libéré. La mercenaire fit rouler le tronc d’arbre et trouva facilement la carte. Oui, c’était bien la bonne carte cette fois-ci. Elle reprit le chemin par où elle était arrivée. Peut-être qu’elle devrait retourner libérer Danak. Mourir mangé par une araignée n’était pas la fin qu’elle lui souhaitait. Soudainement, elle entendit un horrible hurlement de peur, d’agonie et de souffrance. Elle s’arrêta pour écouter le cri qui ne semblait pas vouloir se terminer. Il était trop tard pour intervenir maintenant, autant continuer la route vers le temple.

Elle se sentait un peu coupable pour Danak. Oui, il l’avait piégée et volée. Qui sait depuis combien de temps il l’avait suivi. Mais quand même, elle aurait dû abréger ses souffrances et lui éviter cette horrible mort. Elle se remémora alors leurs quelques instants de bonheur à l’auberge. Il savait s’y faire avec les femmes. Et puis sans lui, comment aurait-elle pu s’extraire de sous le corps de l’ogre ? Merde, elle l’aimait bien ce bougre malgré tout. Il lui avait évité quelques joutes avec le gras capitaine. Et il n’aurait pas été de trop pour s’extraire de cette jungle. Yana culpabilisait de plus en plus.

Danak cessa de hurler. Il avait crié tout son désespoir, sa douleur et sa tristesse pour être certain que Yana l’entende. Mais elle n’était pas revenue. Si elle l’avait fait, peut-être aurait-il pu changer son destin. Mais elle n’était pas revenue. Il prononça les mots de son maitre et la grotte disparut autour de lui. Tout était gris et éthéré. Nazgaroth apparut et Danak tomba à genou devant lui.

  • Mon maitre, dit Danak en se prosternant.
  • C’est bien. Tu m’as bien servi. Maintenant, retourne dans le néant d’où je t’ai sorti.

Danak se réveilla dans son corps, dans la grotte et toujours englué dans la toile d’araignée. Apparemment, son maitre n’avait plus besoin de lui. Il ne le sauverait pas. Dommage, il avait beaucoup aimé ce corps et cette vie. Le néant, c’était si ennuyant. Un son en provenance de l’entrée de la grotte lui fit lever les yeux. L’araignée géante était revenue et elle l’embobina davantage dans ses fils. Bientôt tout son visage en fut couvert. Danak ne voyait plus rien, ce qui était bien étant donné que la vision de cette araignée était absolument horrible. Mais le plus important, c’est qu’il ne pouvait pas non plus respirer. Les fils bouchaient complètement sa bouche et son nez. Bientôt, il cessa de respirer. Sa dernière pensée fut pour son maitre. Il avait été généreux avec lui finalement. Danak sourit. Quand l’araignée le mangerait, il serait déjà mort. Et effectivement, la mort l’emporta sur cette dernière pensée.

Le jour avait fait place à la nuit, puis se fut de nouveau le lever du jour et ainsi de suite. Yana se battait férocement à coup d’épée contre les lianes, ronces et autres végétaux encombrants que l’on peut retrouver dans une forêt tropicale. Sans parler évidemment des nombreux insectes et araignées qui se faisaient un malin plaisir de lui gâcher l’existence. De la sueur coulait abondamment sur son front. Ses cheveux et tous ses vêtements en étaient trempés. Ils lui collaient au corps de façon désagréable. Il régnait une telle chaleur et humidité, qu’on se serait facilement cru dans un sauna.

  • Maudit enfer vert, maugréa-t-elle. Pas foutu de me laisser passer.

Depuis un certain temps déjà, elle formulait ses pensées à haute voix.  Et d’autres voix lui répondaient, la plupart du temps, celle de Danak, parfois celle du nain qui était mort pour cette foutue carte au trésor. De toute façon, qui donc dans cette maudite forêt aurait été en mesure de l’entendre, mis à part les fantômes qui lui répondaient. Cela faisait déjà une semaine qu’elle n’avait pas vu âme qui vive.  La dernière était Danak…

  • Danak, t’es mort depuis un bout maintenant. Cette putain d’araignée a dû se faire un sacré bon repas.  J’aurais dû te libérer, je me serais évité tout ce foutu travail, à hacher menu toutes ces lianes.  Putain, je te déteste!  Mais qu’est-ce qui t’as pris de vouloir filer en douce et me voler le parchemin?  Tu savais bien que je ne pouvais pas laisser passer un tel affront.

Elle criait maintenant.  Encore quelques coups de machettes, puis elle s’assit sur une grosse branche tombée d’un arbre il y a longtemps déjà. Après quelques minutes, elle se leva en sursaut en criant, jurant et crachant. Elle bondissait et sautait. Elle défit son pantalon et en chassa les insectes qui s’y étaient faufilés. Ses maudites fourmis avaient voulu la dévorer vivant!  Elle ne se laisserait pas faire aussi facilement. Putain, elle n’était pas un vulgaire morceau viande!  Elle remit son pantalon après l’avoir bien inspectée et elle donna un gros coup de pied à la branche en s’en faire mal aux orteils.

  • MAUDITES FOURMIS!!! JE VOUS TUERAI TOUTES!!!, hurla-t-elle à plein poumon.

Les fourmis ne lui prêtèrent pas plus d’attention et continuèrent leur transport de provisions jusqu’à leur fourmilière, située dans le cœur de la branche.

Yana s’en détourna et fit quelques pas. Il y avait devant elle une grosse roche où elle pourrait peut-être s’asseoir. Elle l’inspecta avec soin ainsi que les alentours pour s’assurer qu’elle n’aurait pas une autre de ses mésaventures avec ses ennemis les insectes. La pierre semblait sécuritaire et elle s’y assit sans plus attendre. Depuis une semaine, elle ne dormait que quelques heures par nuit. Elle ne se souvenait plus de la dernière fois où elle avait pris un bain. Elle sentait son esprit commencer à s’égarer et n’avait plus aucun souvenir des heures précédentes. Les jours et les nuits lui semblaient un interminable cauchemar sans fin. Elle avait l’impression d’être dans cette maudite jungle depuis une éternité et elle avait peur d’y rester à perpétuité. C’était surement le prix à payer pour toutes ses mauvaises actions. Elle avait déshonoré sa famille en quittant le temple. Elle avait désobéi à sa mère, une grande prêtresse. Les dieux lui faisaient chèrement payer le prix de ses caprices.

Yana divaguait. Elle était forte, mais elle sentait qu’elle allait bientôt perdre pied si elle ne recevait pas un peu d’aide. Le problème c’est qu’elle n’avait jamais eu foi dans les dieux, quels qu’ils soient. Les dieux ne lui avaient jamais rien apporté d’autre que la mort et des souffrances. Et voilà que les dieux la punissaient de cet affront. Elle replia ses genoux entre ses bras et pleura à gros sanglots pendant de longues minutes.

Le démon Nazgaroth la fixait intensément depuis quelque temps déjà. Il allait finir par perdre l’âme de cette mortelle s’il ne faisait pas bientôt quelque chose.  Malheureusement, son esclave était mort. Il pouvait toujours le ressusciter, mais cela prendrait du temps, trop de temps étant donné que son cadavre avait été dévoré par l’araignée et il n’y avait pas d’autre humain à sa disposition dans les environs. Yana n’était plus très loin du temple maintenant, mais elle ne l’atteindrait pas sans un peu d’aide. Si au moins, elle faisait un vœu ou une prière à haute voix, il pourrait intervenir directement. Mais la maudite ne croyait en rien.  Avait-elle un objet sur elle qui pourrait faire l’affaire?  Qui lui permettrait de prendre contact avec elle? Peut-être la roche sur laquelle elle était assise pourrait faire l’affaire?  Même si la pierre en tant que telle n’était pas un objet intime, elle la touchait directement et quelques-unes de ses larmes l’avaient mouillée. Par le contact de la pierre, il lui insuffla force et énergie, il apaisa ses craintes et souffrances.

Sans savoir pourquoi, Yana se sentit soudainement mieux. Même mieux que cela, elle se sentit revigorée et de nouveau en état d’affronter la jungle et de trouver ce foutu temple.  Il lui tardait d’avoir enfin entre ses mains l’amulette d’éternité.  Instinctivement, elle sut quelle direction prendre pour trouver la sortie. Elle avait dépassé le dernier point de repère indiqué sur la carte depuis déjà un certain temps et elle marchait à l’aveuglette. Elle ne savait pas à quoi était dû ce mieux-être et s’en foutait bien. L’important était qu’elle arrive à se procurer l’amulette.

Nasgaroth était satisfait. Il lui répugnait d’avoir à faire du bien à qui que ce soit, excepter lui-même, mais cette fois-ci était exceptionnelle. Il avait besoin de l’âme de cette mortelle pour parvenir à ses fins.  Il ne lui aurait servi en rien qu’elle meure dans la jungle, son âme s’en serait allée, les autres dieux seuls savaient où. Et puis, il s’aperçut qu’il aimait bien cette petite humaine.

Après quelques heures de marche, Yana aperçut enfin les limites d’une clairière et un temple au centre de celle-ci. Enfin, elle était sortie de cette immonde jungle. Enfin, elle sentait le soleil lui réchauffer la peau. Une grande muraille entourait l’enceinte du temple. Heureusement, elle semblait en très mauvais état. Elle trouva facilement un trou par lequel elle se faufila aisément. Il était clair que soit le temple était abandonné et elle pourrait fouiller comme elle veut partout, soit les moines étaient plutôt lâches sur l’entretien. Elle aurait peut-être dû mieux se renseigner, ça l’aurait aidé dans ses recherches. Mais il était trop tard maintenant. Le temple semblait peu entretenu, pourtant le culte de la déesse Nanorna était loin d’être moribond. Peut-être les moines étaient-ils si préoccupés par leurs dévotions quotidiennes qu’ils en avaient oublié l’entretien du temple. Yana trouva cela quand même bizarre. Avoir erré pendant des jours et des jours dans cette jungle et le fait qu’elle était si près de son but lui fit oublier momentanément toute notion de prudence et elle s’approcha à découvert d’une des entrées du temple. Elle pénétra sans encombre à l’intérieur des murs de pierre. La relative fraicheur de l’ombre lui fit un peu de bien. Elle entendait comme un murmure en bruit de fond. Les dévotions de moines peut-être? Difficile d’en être certaine pour l’instant. Elle s’approcha de plus en plus du cœur du temple. Pour l’instant il y avait peu de risque qu’elle se perde. L’allée où elle se trouvait était la seule qui était éclairée par des torches. La jeune femme avait croisé quelques portes, mais toutes étaient barrées ou donnaient sur des petites pièces vides. Plus elle avançait dans le couloir, plus le murmure devenait intense et distinct.

Yana y devinait une forme de prière. Le nom Nanorna revenait régulièrement. Après avoir monté un interminable escalier, elle arriva finalement à un genre d’alcôve qui surplombait une immense salle. L’alcôve permettait l’accès à une mince allée qui faisait le tour de la salle circulaire et y donnait une vue imprenable. Des gens y étaient rassemblés, peut-être une centaine de moines. La jeune femme ne craignait pas d’être vue, les moines prosternés par terre, le regard au niveau des semelles des souliers de leurs voisins. Au centre de la pièce se tenait le grand prêtre et derrière lui, une cascade descendait du plafond pour se jeter dans un bassin. D’où pouvait bien provenir cette eau? Peut-être d’un canal d’irrigation prenant sa source dans la jungle? Peu importait pour l’instant. Le grand prêtre psalmodiait et leva bien haut une petite boite. Il retira alors un collier de son cou. Un gros joyau rouge y était attaché. Un rubis surement. Était-ce l’amulette d’éternité? Enfin, sa quête arrivait à son terme. Le grand prêtre leva bien haut l’amulette, la mit ensuite dans la boite et la déposa sur l’autel. Il fit une dernière prière à Nanorna et referma le couvercle de la boite. Il prit la boite et il se produisit alors quelque chose d’étonnant. Il se tourna vers la cascade, fit deux pas dans le bassin et plongea la boite directement sous l’eau de la cascade. L’homme sorti du bassin sans la boite et il s’agenouilla comme les autres moines qui ne n’avaient pas relevé la tête de tout le processus. Yana ne quitta pas la boite des yeux. Celle-ci se mit étinceler de mille feux et à monter dans la cascade, pour finalement disparaître à son embouchure dans le plafond. Magie? Plus probablement un système de monte-charge quelconque. Tous les moines se levèrent alors dans un seul mouvement et sortirent en rang bien ordonné par les cinq sorties. Le grand prêtre, un grand homme maigre et chauve qui semblait dans la force de l’âge, sorti en dernier par une porte discrète derrière un des rideaux de velours qui cachait les murs de pierre de la salle. Yana en profita pour faire le tour de la celle-ci par l’accès de l’alcôve où elle se trouvait. Elle en fit le tour complet. Elle ne découvrit rien de bien intéressant.

La cascade bien que peu large et pourtant claire comme le cristal ne dévoilait pas le système de monte-charge par lequel la boite contenant la précieuse amulette s’était éclipsée. Yana revint à son point de départ et sortit en courant à l’air libre. Elle devait trouver un moyen d’accéder à l’étage supérieur ou au toit du temple. Elle finit par parvenir à un escalier de pierre qu’elle escaladait avec peine. Les marches étant minuscules et glissantes. Elle rata une marche et passa à deux doigts de se rompre le cou. Elle aurait pu y laisser sa peau. Arriver si près du but et mourir stupidement en manquant une marche d’un escalier, cela aurait été vraiment trop bête. Tant bien que mal, Yana se remit de ses émotions et termina l’ascension de l’escalier. Elle aboutit à une grande porte de bois qui s’ouvrit facilement après une simple poussée. La porte donnait sur le toit du temple. Un toit plat en pierre comme le reste du temple. Ayant enfin un aperçu de l’ensemble de la structure, elle s’aperçut qu’il était construit à flanc de montagne. Ce qui était tout de même bizarre puisque cette montagne n’était aucunement visible de la jungle tant les arbres étaient pressés les uns contre les autres. De plus, tout le terrain alentour était plat, excepté cette soudaine montagne de roche. En levant les yeux, Yana aperçut l’origine de la source de la cascade. L’eau était dirigée dans un canal d’irrigation tout en pierre et se déversait par un trou au milieu du toit. La jeune exploratrice s’approcha de celui-ci et se mit carrément la tête dans le trou. L’ouverture faisant facilement deux mètres de diamètre. La pièce sous le toit était richement décorée. « La chambre du grand prêtre », se dit-elle. Il y avait un lit, deux commodes et un bureau de travail. Sur celui-ci trônait bien en évidence le coffret de velours qui contenait l’amulette. En regardant plus attentivement, Yana découvrit le système de poulie dans la cascade qui permettait de faire monter et descendre la boite au contenu si précieux. Le trou menant à la grande salle circulaire était cependant beaucoup plus petit, à peine trente centimètres. Un petit rebord, encore une fois en pierre, évitait les débordements de la chute dans la chambre.

Étant sur le toit, elle devait maintenant trouver comment descendre dans la chambre. Elle pouvait toujours se glisser par le trou et s’arranger pour atterrir sur le plancher, mais celui-ci devait bien se situer à près de dix mètres. Ce qui faisait quand même beaucoup, même pour elle. Par ailleurs, toute cette eau avait rendu glissants les rebords de l’ouverture et rendait pratiquement impossible l’exercice de descendre à bout de bras. Le risque de se blesser était trop grand et elle risquait de ne plus être en état de repartir, ce qui pourrait être fâcheux si elle était prise les mains dans le sac. Et si elle quittait la pièce par la porte, elle craignait de rencontrer des moines et ne savait pas non plus à quoi cela aboutirait. Elle ne pourrait pas non plus repartir par la poulie qui menait à la grande salle circulaire, l’ouverture lui permettrait, mais les cordes ne semblaient pas suffisamment solides. Si une corde se rompait, elle terminerait sa chute dans le bassin. Comme celui-ci n’était pas profond, elle s’y romprait surement les os. Non, il lui fallait absolument une corde qu’elle jugerait assez solide ou encore une liane. Il y en avait des quantités dans la jungle toute proche. Pour couronner le tout, elle avait faim, elle crevait de faim même.  Depuis combien de temps elle n’avait pas eu quelque chose sous la dent? Sa tête lui tournait légèrement. Elle s’assit quelques instants pour reprendre ses esprits. Une fois le vertige passé, elle remit sa tête dans le trou. Oh miracle ! Il y avait une corbeille pleine de magnifiques fruits, une autre remplie de petits pains et même une cruche d’eau sur une des commodes. Toute cette nourriture la fit saliver.  Elle devait absolument trouver une liane suffisamment solide pour soutenir son poids. Un regard circulaire sur l’ensemble du toit lui permit de remarquer qu’il y avait, à intervalle fixe, cinq gros anneaux de métal. Elle se rapprocha de l’escalier pour redescendre sur le plancher. Elle regarda attentivement aux alentours pour s’assurer qu’il n’y avait personne. Mais que faisaient donc tous ces moines? Peut-être était-ce une journée consacrée exclusivement à la prière. Même si elle trouvait cela plutôt inquiétant, Yana ne s’en soucia pas trop. Le vide de son estomac la préoccupait bien davantage. L’idée de croquer dans une belle pomme bien juteuse et savoureuse lui faisait venir l’eau à la bouche. Elle avait l’esprit embrouillé. La jeune femme se dépêcha de rejoindre la jungle et de trouver une liane de la longueur appropriée. Cela lui prit peu de temps, à croire que la chance était avec elle pour une fois. Elle retourna sur le toit en quatrième vitesse et attacha solidement sa liane à l’anneau le plus près du trou. Elle vérifia dans le trou qu’il n’y avait toujours personne dans la pièce.

Il n’y avait pas âme qui vive. Elle se laissa donc tomber dans la pièce sans bruit et se rua sur le panier de fruits et s’empressa de dévorer la pomme qui la faisait saliver. Elle en profita aussi pour fourrer quelques petits pains dans ses poches avec quelques autres fruits. Puis elle se tourna vers la boite contenant l’amulette. Elle l’ouvrit et contempla enfin l’objet de cette périlleuse aventure : une chaîne d’or massif, quelques billes de pierre de lune avec un gros rubis rouge pour couronner le tout. Le pendentif était tout simplement magnifique. Elle en resta bouche bée quelques instants. Cependant Yana revint vite à ses esprits. Elle s’empressa de prendre le collier et s’apprêta à le mettre autour de son cou lorsqu’elle se retourna brusquement. Il y avait du bruit à l’extérieur de la pièce. Des moines venaient, elle devait quitter la pièce au plus vite. D’un mouvement vif, elle entreprit de grimper à liane, elle était presque arrivée au sommet lorsque la porte s’ouvrit avec fracas. Des moines pénétrèrent en trombe dans la chambre et se précipitèrent sur la liane. D’une manière ou d’une autre, ils avaient fini par la repérer. Il lui restait peut-être encore une petite chance de s’échapper. Elle se hissa rapidement hors du trou et se retrouva nez à nez avec des lances et des épées.  La mercenaire n’avait pas prévu cela. Ils avaient fait vite les bougres.

Les moines guerriers s’emparèrent d’elle sans ménagement. On lui arracha l’amulette d’éternité et on lui attacha les mains dans le dos pour éviter qu’elle ne tente un geste désespéré. Bien sûr, elle s’empresserait de profiter du premier moment de faiblesse venu pour s’échapper. On la conduisit dans une petite cellule humide quelque part dans les étages inférieurs du temple.

Nazgaroth dans son plan astral observait la situation avec intérêt. L’aboutissement de toutes ses manigances approchait.

Yana poireauta dans sa minuscule cellule quelques heures seulement. Elle en profita pour manger les quelques provisions qu’elle avait toujours en poche. Les moines avaient été négligents, ils ne l’avaient pas fouillée.

  • Au moins, je mourrai l’estomac plein, se dit-elle.

Elle s’assit par terre et elle se reposa comme elle put sur le sol de pierre humide. Près de trois heures passèrent quand on vint enfin la chercher. Les moines lui enlevèrent ses vêtements sales et humides sans ménagement. Elle se débattit un peu, mais une dague pointée sur sa gorge ralentit ses ardeurs. Par ailleurs, les moines ne firent aucun geste déplacé. On lui fit revêtir une grande tunique de lin blanche. Cela n’augurait rien de bon pour elle. Toujours avec brusquerie, on l’amena à la grande pièce circulaire, celle de la cascade. Les moines la firent s’étendre en croix sur l’autel et on lui attacha les pieds et les mains.

  • Tout ce merdier pour finir sacrifiée… quelle putain de vie j’ai eue, dit-elle tout haut.

Les moines remplirent la salle rapidement, ils devaient être une centaine. Il lui était difficile de bien évaluer dans la position où elle se trouvait. Une fois tous les moines en place, le grand prêtre fit son entrée et tous s’agenouillèrent. Celui-ci leva les bras dans les airs et entonna son discours dans la langue commune.

  • Nanorna a été fortement courroucée par la tentative de vol de l’Amulette d’éternité sacrée. Elle exige le sacrifice de la vie pour apaiser sa colère. Ô Nanorna accepte le sacrifice de la vie de cette impie en compensation.

Il prit la dague sacrificielle présente sous l’autel et s’apprêta à la plonger dans le cœur de Yana. La mercenaire tenta en vain de s’arracher à ses liens. À deux centimètres de sa peau, inexplicablement, il suspendit son geste. En fait, il sembla plutôt à Yana que le temps s’arrêta. Ce n’était pas seulement le grand prêtre qui ne bougeait plus, mais bien toute l’assemblée. Yana tourna sa tête de droite à gauche pour tenter de connaître d’où venait ce changement soudain. Il y avait de la magie là-dedans. Elle devait être puissante pour contrecarrer ainsi les plans et désirs d’une déesse. Une fois de plus, elle testa la solidité de ses liens. Rien n’y fit, elle était toujours prisonnière. Soudainement, un homme apparut à côté d’elle. Mince, mais solide et dur comme l’acier, de grandeur moyenne, les cheveux blonds presque blancs et coupés très courts. Ses yeux étaient d’un bleu étincelant, on aurait dit la mer sous les tropiques. Ils vous donnaient envie de vous y perdre pour l’éternité. Totalement pas son type d’homme pourtant. Elle préférait de beaucoup les hommes plus musclés et bruns, mais pourtant… Il émanait de lui une puissance incroyable et une aura… presque divine ou diabolique, c’était difficile à dire. C’était cette aura de puissance qui l’attira immédiatement. Elle ne s’expliquait pas ses réactions et sensations, mais elle se sentait frémir de désir à la simple idée qu’il puisse la toucher et la faire sienne. Elle n’avait jamais ressenti une chose pareille. Qui aurait cru que Yana d’Outre-Tombe succomberait au coup de foudre sur son lit de mort ? Certainement pas elle. Il y avait surement une magie puissante là-dessous, pourtant, pourtant, elle sentait qu’elle était faite pour cet homme, quel qu’il soit.

L’apparition lui sourit.

  • Et bien… Vous voilà prise dans de beaux draps il me semble, dit-il d’une voix malicieuse.
  • Qui êtes-vous? lui répondit Yana tout de même suspicieuse.
  • Votre sauveur peut-être, il n’en tient qu’à vous.
  • Je n’ai pas pour habitude qu’on me sauve.
  • En effet…mais une fois ou deux n’est pas coutume.

À ces mots, il s’approcha d’elle et lui caressa la joue. Yana fut instantanément subjuguée. Elle se laissa aller quelques instants à cette sublime sensation. Mais au bout de quelques instants à peine, elle cligna des yeux et tenta par de gros efforts de volonté de retrouver ses esprits. Se laisser ainsi sublimer ne faisait pas parti de son caractère et après tout, elle ne savait pas encore à qui elle avait affaire. L’homme remarqua la vitesse à laquelle elle avait récupéré ses esprits, mais il fit comme s’il n’avait rien vu. Cette force de caractère chez la guerrière ne lui déplut pas, bien au contraire. Il avait besoin d’une combattante farouche dotée d’un esprit fort et volontaire à ses côtés pour réaliser ses projets et Yana semblait correspondre en tout point à cette description.

Yana se fit soudain enjôleuse, l’homme serait surement plus facile à manœuvrer si elle semblait avoir succombé à ses charmes.

–     Dites, vous ne pourriez pas me détacher et après on fera tout ce dont vous aurez envie, lui dit-elle d’une voix enjôleuse.

–     C’est possible, mais à une condition.

–     Et quoi encore, dit-elle laissant transparaitre son impatience. Vous voyez bien que je ne suis pas en position de négocier.

Elle sentait la colère monter en elle. Ce crétin arrête le temps, vient soi-disant pour la libérer, mais perd son putain de temps en parlotte inutile. Elle avait plus qu’envie de foutre le camp et était prête à accepter toutes ses conditions, si saugrenues soient-elles.

  • En échange de votre liberté, je veux votre âme, votre amour et votre fidélité inconditionnels.
  • Ouf, rien que ça, s’exclama-t-elle.

Elle prit le temps de réfléchir. Le temps s’étant arrêté, quelques minutes de plus ou de moins d’y ferait aucune différence. Elle sentait en elle une envie irrésistible de ne rien lui refuser. Elle ne se souvenait pas de n’avoir jamais ressenti pareille émotion. Elle ferma les yeux quelques instants. Que pouvait-elle conclure de sa présence, mais surtout de c qu’il avait fait naitre en elle ? Depuis sa soudaine apparition, elle se sentait, comment dire ? Complète, voilà oui, elle se sentait entière pour la première fois de sa vie. Même étant enfant, elle se sentait à part, inachevée, différente des autres. Et là, en quelques secondes à peine, par la seule présence de cet illustre inconnu, voilà qu’elle avait l’impression d’être entière. Comme si elle n’avait plus à se battre pour être quelqu’un. Comment la seule présence de cet homme pouvait lui faire cet effet ? Était-ce un puissant charme, un sortilège? Possible. Un coup de foudre ? Elle en doutait, elle ne savait pas ce qu’était l’amour. Ou simplement qu’elle avait enfin trouvé sa place auprès de quelqu’un qui serait enfin à sa mesure ? Que faire ? Que décider ? Elle regarda le prêtre figé dans une posture grotesque, mais tout de même sur le point de faire pénétrer son poignard dans sa poitrine. Si elle disait non, elle doutait de pouvoir lancer le mot de mort de Raasniito, car ses mains étaient entravées et elle ne pouvait pas faire le geste approprié qui devait accompagner le sort. Ses options étaient minces ou sinon complètement nulle. La sensation de plénitude toujours en elle, cherchant la moindre faiblesse de sa part pour l’inonder. Oh qu’elle avait envie de s’y abandonner. «Et puis merde…». Pour lui, pour maintenir cet effet d’entièreté, elle ferait tout, elle irait partout. Elle se laissa finalement aller à cette sensation.

  • Tout ce que vous voulez, lui dit-elle les yeux dans le vague, cette fois totalement subjuguée, mais en accord avec sa conscience.
  • Vous avez fait tout un affront à cette chère déesse Nanorna. Il ne me sera pas facile de lui faire entendre raison. Mais heureusement pour vous, jolie mercenaire, j’ai quelque chose, ou plutôt quelqu’un, en ma possession qu’elle sera possiblement ravie d’échanger.

Il lui présenta alors une petite boite semblable à celle contenant l’amulette d’éternité.

  • Dans cette boite se trouve l’âme d’un grand prêtre. Alban, Premier grand prêtre de Nanorna. Lui aussi avait convoité l’amulette d’éternité. Mal lui en prit. Bon je vous laisse quelques instants.

Il fit un signe vers le grand prêtre au poignard.

  • Et ne t’en fais pas pour lui, le temps restera suspendu le temps de mes palabres avec Nanorna.
  • Et après ?, demanda Yana.
  • Je prévois de grandes choses pour sceller notre association, lui dit-il avec un sourire.

Puis il disparut. Elle ne connaissait même pas son nom. La mercenaire était légèrement déçue. Elle aurait aimé savoir à qui elle avait affaire. Mais au moins, il avait tenu parole, du moins pour l’instant, car bien qu’elle soit toujours entravée par ses liens, le prêtre quant à lui ainsi que son couteau n’avaient pas bougé.

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