Les guerriers du chaos – Volume 1 – L’amulette d’éternité – Chapitre 7


Les guerriers du chaos – Volume 1 – L’amulette d’éternité

Chapitre 7

  • Je me demandais quand tu allais finir par arriver.

Danak ne répondit rien. Yana tenait son poignard et le dirigeait vers lui. Il n’était pas certain si elle l’invitait à partager sa couche ou si au contraire elle tenterait de lui trancher la gorge. Cette femme pouvait avoir des réactions totalement imprévisibles. Voyant sa confusion, Yana déposa délicatement son arme sur la petite table de chevet et d’un signe lui fit signe de venir la rejoindre dans le grand lit. Il ne le se fit pas dire deux fois. Ses vêtements chutèrent au sol et le guerrier alla la rejoindre. Danak se coucha près d’elle, la regarda droit dans les yeux et caressa doucement la courbe de ses hanches soyeuses. «Seigneur qu’elle est belle !», pensa-t-il. Il la caressa lentement, l’embrassant de petits baisers humides des pieds à la tête. Elle sentait divinement bon, sa peau était douce comme de la soie. Yana aimait ses caresses et le lui faisait savoir par de petits bruits remplis de désir pour l’encourager dans ses manoeuvres délicieusement sensuelles.

Au bout d’un moment, elle se lassa de ses douces caresses. Elle le renversa sur le dos et le chevaucha. Elle n’avait plus que faire de ses préliminaires. Elle était fatiguée et elle n’avait plus qu’une envie, atteindre l’orgasme au plus vite puis s’octroyer le luxe de dormir quelques heures dans un lit douillet. Elle le chevaucha donc allégrement et tant et si bien qu’ils prirent rapidement leur plaisir. Elle se défit de son étreinte et s’étendit de tout son long sur le côté du lit. Sa journée avait été éprouvante et elle pensait bien mériter un peu de repos. Elle était si épuisée qu’elle s’endormit en quelques secondes à peine.

Danak fit semblant de dormir pendant quelques minutes. Puis quand il fut convaincu qu’elle dormait suffisamment profondément, il prit le sachet de poudre qu’il avait laissé tombé discrètement par terre. Il en répandit quelques molécules sur le corps voluptueux de son amante et prononça un léger sort de sommeil. Ainsi il était certain que Yana ne se réveillerait pas avant quelques heures. Puis il se leva et s’habilla sans bruit. Il se dirigea vers la boutique du vieux Ranys. Sur le chemin, Danak pensa à sa stratégie et à tout ce qu’il savait de la situation.

Le vieillard avait plusieurs identités. Il avait l’habitude de changer de visage et de vie selon sa fantaisie et cela lui permettait de se cacher quand le besoin s’en faisait sentir. Il prenait d’ailleurs un malin plaisir à entretenir ce mystère. Certains le prenaient pour un vieux marchand grognon. D’autres pour un vieux magicien sénile. La racaille des environs le connaissait comme étant un des truands les plus influents de la région. Il se faisait alors appeler Mercari le bonze fou. Un brigand redoutable, cruel, sanguinaire et qu’on disait extrêmement rancunier. Il n’était pas bon lui chercher noise pas plus que de trahir sa confiance. Un certain Knor-sans-barbe l’avait d’ailleurs payé de sa vie. Mais sa véritable et première identité était autre. Il y a de cela fort longtemps, il fut Alban, Grand maître de la déesse Nanorna. Pourtant la déesse n’était pas réputée pour laisser partir ses fidèles aisément. Lorsqu’on lui vouait un culte, c’était à la vie et pour l’éternité, car l’âme de ses fidèle lui appartenait. À ce jour, Danak n’avait eu connaissance que de deux personnes qui avaient pu se soustraire à son influence, Alban son ancien Grand maître et une jeune enfant, fort probablement dans la trentaine aujourd’hui. Danak soupçonnait la fillette d’être l’enfant naturelle du Grand maître et d’une des prêtresses. Pourtant, le Grand maître de Nanorna avait pris la poudre d’escampette, accompagné de nombreux trésors inestimables, bien avant la disparition de la fillette qui avait été destinée par la suite à être sacrifiée à la déesse, peut-être pour amoindrir l’humiliation infligée à la déesse par le père de la petite, le Grand maître. Celui-ci était puissant, bien assez pour savoir comment passer sous le radar de la déesse. Cependant Danak n’avait aucune idée de ce qu’était devenue la fillette ni comment elle avait pu quitter le giron de Nanorna. Le guerrier savait que son seigneur le savait, mais il ne lui avait jamais dit.

Danak connaissait la vérité sur les identités multiples du vieil Alban, Ranys, Mercari ou peu importe le nom qu’il se faisait appeler. Son propre seigneur l’en avait informé pour qu’il soit en mesure d’accomplir sa mission. Cependant, personne d’autre ne connaissait les multiples visages du vieil homme, celui-ci y avait scrupuleusement veillé. Ceux qui s’étaient approchés trop près de la vérité n’étaient plus en vie pour en parler. Pendant des semaines, Danak avait pisté dans le plus grand secret tous les visages d’Alban. Il ne savait pas pourquoi son maître s’intéressait tant au vieil homme. Tout ce qu’il savait c’est qu’il devait lui prendre son âme et la remettre à son seigneur. La deuxième partie de sa mission était de retrouver la fillette, ancienne disciple de Nanorna, devenue femme maintenant.

Lorsque Danak avait croisé Yana lors de ses magouilles avec Knor-sans-barbe, son maître lui avait dit d’accompagner pendant quelques temps la mercenaire dans sa quête. C’était inhabituel de sa part. Danak commençait à penser qu’Yana était peut-être la fillette en question, mais il n’avait pas de preuve pour étayer son hypothèse. Ce n’était pas une femme qui parlait aisément de son passé. Danak espérait jouer assez finement son jeu pour lui permettre d’en savoir plus sur Yana et les motivations de son maître. Avec un seigneur tel que le sien, il était toujours bon d’avoir quelques pas d’avance pour éviter une mort inutile. Il savait bien que son maître l’utiliserait jusqu’à la moelle et qu’il le mènerait à la mort sans hésiter si cela servait ses intérêts ou pour son simple amusement. Les serviteurs des seigneurs démons n’avaient pas la réputation de faire de vieux os.

Avec la requête du magicien qui avait demandé qu’on lui rapporte l’amulette d’éternité, amulette curieusement détenue par les disciples de Nanorna, Danak soupçonnait le vieil Alban d’en avoir marre de sa vie de reclus et de vouloir devenir l’égal des dieux grâce à l’amulette d’éternité. Il serait ainsi en mesure d’affronter sa déesse. Arrivé devant le magasin, le guerrier vérifia au alentour pour s’assurer de ne pas être vu, puis il pénétra dans les entrailles de la boutique. Il passa facilement au travers de tous les sorts de protection que le magicien avait installé. Le seigneur démon qu’il servait avec zèle avait pourvu à toutes les éventualités. Après la descente interminable des escaliers, il se retrouva dans la même pièce où il avait rencontré le magicien. Celui-ci était assis à son bureau. Il ne se montra pas surprit de le revoir si vite.

  • Et bien jeune homme, auriez-vous oublié quelque chose ?
  • En effet. C’est vous que je suis venue chercher.
  • Ah oui… j’avais presque oublié. C’est Nazgaroth qui t’envoie n’est-ce pas ?

Danak resta de marbre. Il attendait que le vieillard se lève et se rapproche de lui. Ce qu’il fit. Sans peur, Alban se tenait à moins d’un mètre de son visiteur et le regardait droit dans les yeux. En tant normal, il serait resté hors de portée de main, mais il se sentait infaillible ce soir.

  • Alors ce vieux démon de Naz, que me veut-il au juste ? Vous savez qu’un instant j’ai naïvement cru que j’avais été protégé du mot de la mort par la bague de Nanorna, mais je me suis vite rendu compte que ce n’était pas possible. Cet artéfact n’est pas assez puissant et de plus, je ne suis plus sous la bénédiction de Nanorna depuis longtemps.
  • C’est Nanorna qui m’envoie, dit Danak.
  • Franchement, jeune homme vous m’insulter en essayant de me faire accroire une telle bêtise.

Pourtant, l’inquiétude commençait à percer dans la voix du vieux magicien, ancien Grand maître de la déesse Nanorna.

Nazgaroth assistait à la scène dans son plan éthérique. Il ne pouvait pas intervenir directement dans ce plan, pas encore, mais cela viendrait bien assez tôt. Entre-temps, il allait se servir de son serviteur tel un avatar. Nazgaroth pénétra en Danak par son chakra couronne. Alban vit tout de suite la différence et s’apprêta à reculer précipitamment, mais Danak-Nazgaroth fut plus rapide et lui prit la gorge d’une seule main, tel un étau d’acier inébranlable. Alban affolé tentait tant bien que mal de se retirer de l’avatar. Il avait pêché par orgueil et excès de confiance et voilà où cela l’avait mené, directement dans les griffes d’un puissant seigneur démon. Le vieux mage n’était pas fou et se doutait bien de ce qui s’en venait. Il essaya de prononcer une incantation pour tenter de se libérer de la poigne de fer, mais sa gorge était si serrée qu’il lui était impossible de parler.

Les yeux de Danak-Nazgaroth brillaient d’un feu blanc incandescent. Une aura démoniaque d’une puissance formidable émanait de lui. Le corps du guerrier sembla grandir de plusieurs centimètres pour bientôt atteindre plus de deux mètres. Alban qui avait toujours été petit, touchait par terre que par la pointe des pieds. Il pouvait encore respirer, mais à peine. Dans sa prime jeunesse, le vieil homme avait entendu parler de seigneurs démons qui pouvaient s’incarner temporairement dans un de leur serviteur mortel, mais cela faisait tellement longtemps que cela ne s’était pas produit, qu’il avait fini par penser que ce n’était que des fabulations de bonnes femmes ou de vieilles légendes urbaines d’un temps passé et fort heureusement révolu. Cependant, il semblait bien que Nazgaroth avait trouvé le moyen d’investir le plan éthérique des mortels.

  • Alban, tu es devant moi, je te tiens entre mes mains d’immortels. Livre-moi ton âme et j’épargnerai tes souffrances qui sinon seront éternelles.

L’avatar du seigneur démon relâcha légèrement sa poigne pour permettre à l’homme de parler.

  • NON ! Je préfère cent fois une disparition dans l’abîme insondable de la mort plutôt qu’une servitude éternelle.
  • Livre-moi ton âme et j’épargnerai ta vie. Tu vivras aussi longtemps que tu le désires.
  • Non…
  • Livre-moi ton âme et tu pourras te venger de Nanorna.
  • No…
  • Livre-moi ton âme et j’épargnerai ta fille. Je la soustrairai à jamais de la tutelle de Nanorna.

Le démon senti l’espoir naître dans sa proie. Il relâcha sa poigne et le petit vieillard, qui sembla étrangement beaucoup plus vieux que ce qu’il avait toujours laissé paraître, tomba sur le sol. Cela faisait si longtemps qu’il se cachait et qu’il essayait de retrouver sa fille. Non pas qu’il ressentait pour elle un amour filiale, simplement il espérait pour elle une vie meilleure que la sienne, comme si cela pourrait racheter toutes les horreurs qu’il avait jadis vécues et qu’il faisait maintenant vivre aux autres. Il avait réussi à faire en sorte qu’elle s’échappe d’elle-même du temple de Nanorna, mais il avait par la suite perdu sa trace. Le sort qu’il avait lancé sur elle pour la soustraire aux yeux de Nanorna, l’avait aussi soustrait au sien. Son sort allait prendre fin d’ici quelques semaines au plus tard, la fillette étant presque rendue à sa trente-cinquième année. Et pour le renouveler, il lui faudrait quelques brins de son ADN de femme, quelques gouttes de sang menstruel, mais il ne savait pas où elle était, ni qui elle était.

  • Coomm… Comment pourrais-tu faire  une chose pareille ? Tu es un puissant seigneur démon Nazgaroth, mais pas aussi puissant qu’une déesse. De peine et de misère j’ai pu me soustraire à son influence. J’ai pu récupérer mon âme ainsi que celle de ma fille, j’ai pu me soustraire à sa vue ainsi que ma fille, mais ce sont des protections temporaires. J’ai pourtant fait appel à une puissante magie et tu sais que je possède cette puissance, mais cela demeure des mesures temporaires. Nul ne peut se cacher indéfiniment aux yeux de Nanorna, nous ne pouvons qu’en retarder l’échéance.
  • Alban, ancien Grand maître de la déesse Nanorna, livre-moi ton âme et j’épargnerai ta fille et je la soustrairai à jamais de la tutelle de Nanorna. Je t’en fais la promesse. Et nous, les seigneurs démons, nous tenons toujours nos promesses.

Alban réfléchit. Oui les seigneurs démons tenaient toujours leur promesse. Cependant, ils étaient tous vils, machiavéliques et menteurs. Qu’est-ce que sa promesse cachait ? Qu’est-ce que Nazgaroth voulait obtenir en fait ? En quoi sa propre âme lui importait-elle ? Pourquoi cette fausse bonté d’âme pour sa fille ?

  • Vieil homme décide-toi. Ma patience, bien que légendaire a des limites.

Alban tenta une hypothèse.

  • En fait ce que tu veux, c’est l’amulette d’éternité ! Tu souhaites devenir l’égal d’un dieu grâce à elle ?
  • Je suis déjà presque aussi puissant que tes dieux de pacotilles. J’ai besoin de ton âme pour une affaire qui me tient à coeur et dont je ne discuterai pas avec toi. L’heure de ta mort approche. J’ai offert de t’épargner mille souffrances, car ta mort te conduira certainement dans les basses fosses de l’enfer duquel mes frères démons se feront un plaisir d’explorer de vile façon les méandres de ton âme souillée, mais tu as refusé. Je t’ai offert la vie éternelle en échange de ton âme, tu as refusé mon offre. Je t’ai offert de te venger de Nanorna en échange de ton âme et tu as également refusé. Je t’offre une ultime et dernière chance. Offre-moi ton âme et j’épargnerai la vie de ta fille. Je la soustrairai à l’influence de Nanorna. Sinon meurt et ton âme retournera entre les mains de Nanorna.
  • Tu peux certes me tuer, mais mon âme m’appartient. À ma mort, elle retournera au néant. J’ai soustrait mon âme du royaume de Nanorna il y a longtemps déjà.

Le démon rit de bon coeur à cette affirmation.

  • ASSIGO VITUEZ MORTICUS ANIMA TU NANORNA ! , s’exclama-t-il.

À ses mots, une lueur étrange enveloppa le vieux mage. Il écarquilla les yeux. Mais qu’est-ce que Nazgaroth avait fait ? Pouvait-il vraiment annuler son incantation première et remettre son âme à Nanorna ? Il se mit les mains sur la tête et se mit à crier. Le démon rit de plus belle de sa détresse.

  • Tu es visible aux yeux de Nanorna maintenant. J’ai révoqué ton incantation. Te pensais-tu vraiment plus puissant que moi ? Plus puissant que le grand Nazgaroth, seigneur démon du treizième abîme ? Sitôt que j’aurai quitté cette pièce et que mon avatar retrouvera son identité première, les sbires de Nanorna arriveront et tu retourneras pourrir entre ses mains. Quant à ta fille, elle deviendra première disciple et Grande prêtresse de Nanorna, elle finira sa courte vie de mortel jetée vivante dans le grand volcan comme il était prévue lors de sa naissance, causé par ta traîtrise à ta déesse.

Le seigneur démon attendit quelques instants puis ajouta doucement, presque tendrement : «Comme tu veux vieillard. Je te laisse à tes prochaines occupations. Je sens que Nanorna sera fort occupée avec toi pour… l’éternité.» Cette pensée abominable vaincue la dernière résistance du Grand maître Alban. Il courba la tête. L’aura de Nazgaroth diminuait et la lueur diabolique était sur le point de quitter les yeux de Danak lorsqu’Alban héla finalement le seigneur démon.

  • Nazgaroth ! Très bien. J’accepte. Je t’offre mon âme…

Le seigneur démon ne le laissa pas terminer sa phrase. Il était hors de question de lui donner plus que le minimum qu’il avait promis. Danak-Nazgaroth mis la paume de sa main sur la tête du vieillard et ferma les yeux. Une lumière grise incandescente sortie de la tête du mage et pénétra dans la bouche grande ouverte de Danak. Lorsque son âme fut incorporée par Nazgaroth, Alban entrevit brièvement les plans du seigneur démon. Ce qu’il vit lui fit horreur. Il n’eut malheureusement pas le temps de regretter son geste.

  • Meurt maintenant, ton corps vide m’insupporte.

Et d’un coup de poignard, il trancha la gorge d’Alban. Le corps désormais sans vie et sans âme du Grand maître tomba à la renverse et se vida lentement de son sang sur le plancher.

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