Les guerriers du chaos – Volume 1 – L’amulette d’éternité – Chapitre 3


LES GUERRIERS DU CHAOS – VOLUME 1 – L’AMULETTE D’ÉTERNITÉ

Chapitre 3

Par une nuit sans luneLa nuit était tombée et il n’y avait pas de lune. Seuls quelques lampadaires à huile éclairaient faiblement la rue. En mettant le pied dehors, le nain remarqua que les alentours étaient vides. Aucun badaud ne traînait dans les environs. Knor en conclut qu’il serait dangereux pour lui d’être exposer à tous les regards indiscrets, il se dirigea donc vers le raccourci le plus près. Une quinzaine de mètres plus loin, il obliqua subtilement en direction d’une rue adjacente. Néanmoins, après un certain temps, il se rendit compte qu’il était bel et bien suivi. Était-ce la mercenaire qui le suivait ? Il n’en était pas certain. Cela pouvait tout aussi bien être un vulgaire tire-laine de la vieille ville à la recherche d’une proie facile ou pire encore, un de ses ennemis. Ces derniers temps, il avait négligé de fréquenter certains contacts bien positionnés. Il espérait ne pas avoir à payer trop cher sa négligence. Il avait décidément trop d’ennemis en ce moment.

Il resserra sa prise sur sa nouvelle bourse bien remplie et prit sa dague. Il tourna au coin d’une sombre ruelle et s’arrêta brutalement. Une silhouette se tenait à cinq pas de lui.

  • Tiens, la mercenaire! Je ne sais pas pourquoi, mais je ne suis pas surpris de te revoir si tôt. Que me veux-tu encore?, demanda Knor-sans-Barbe sur le qui-vive.

La silhouette ne perdit pas de temps en palabre inutile. Elle fit quelques pas rapides et embrocha le petit homme, fit ensuite remonter sa lame et lui ouvrit le ventre. Les appendices du petit homme se répandirent au sol. Celui-ci eut un hoquet de surprise. Décidément, ce n’était pas son jour. Il regarda son assaillant, mais il n’eut pas le temps de le reconnaître que déjà tout devint noir dans son esprit. Sa dernière pensée s’envolait vers le néant lorsque la lame vint lui trancher la gorge. «Pauvre petit homme! Tu n’étais pas assez prudent et adroit pour te frotter ainsi à moi», pensa l’assassin. Celui-ci prit le corps par les aisselles et le traîna jusqu’au recoin sombre d’où il était sorti auparavant. Il le laissa tomber par terre et le fouilla à la recherche d’une chose précise. Ne la trouvant pas, il laissa sa colère le submerger et taillada le cadavre de son épée. L’assassin était maintenant couvert de sang, mais il n’en avait cure, car la nuit était si noire que personne ne le verrait.

  • Je saurai bien retrouver ce que tu me dois nabot, dit l’assassin tout haut.

Il regarda à droite, puis à gauche. Constatant que personne ne l’avait repéré, il s’enfuit par une porte dérobée.

À peine quelques instants plus tard, une autre silhouette émergea du chemin d’où était venu le petit homme. Elle s’agenouilla devant le cadavre encore chaud et fumant dans la nuit froide. Elle le fouilla et trouva une bourse remplie de pièces d’or. La silhouette la fit sauter dans sa main. «Il semblerait que quelqu’un m’ait déjà précédé», pensa-t-elle. Elle se releva, s’essuya les mains sur son pantalon, elle avait horreur de toucher les morts, puis se dirigea vers l’auberge sordide où elle avait loué une chambre plus tôt dans la journée.

  • Je crois que je vais pouvoir me permettre une meilleure chambre pour cette nuit, pensa-t-elle.

Un sourire froid vient étirer ses lèvres rouges et charnues. Au même moment, une paire d’yeux malveillants l’observait au travers d’une entrée dérobée. L’observateur nota soigneusement le visage de cette inconnue lorsqu’elle passa près d’un lampadaire. En arrivant finalement à l’auberge, Yana sentit un regard dans son dos. Elle se retourna, mais ne vit personne. Ce qui ne la surprit guère, car la nuit était noire. «Je vais devoir être plus prudente», se dit-elle, «quelqu’un me surveille». Puis elle pénétra dans l’auberge.

Il faisait très sombre à l’intérieur et l’odeur de fumée emplissait la pièce. Pourtant, le foyer situé dans le coin le plus reculé de l’auberge n’avait, à première vue, pas servi depuis quelque temps. C’était visiblement une auberge de piètre qualité, attirant les voyageurs sans un sou et les petits malfrats du coin. Les murs étaient en grosses pierres des champs et de grosses poutres de bois retenaient le plafond. À y regarder de plus près, on pouvait voir le travail des termites au travers des poutres. Il était difficile de croire comment ce plafond pouvait encore tenir en place.

Au plus profond d’une des poutres, le termite-reine était en train de dire à sa conseillère principale : « mip pim pim mip.. mip.. mip. » Et la conseillère de lui répondre : « mip.. mipmipmip..pim. »

Pour ceux qui ne connaîtraient pas le langage des termites, la reine avait demandé à sa conseillère pourquoi les ouvrières de la cinquième poutre n’avaient pas encore effectué leur dépôt de nourriture-bois habituelle?

  • Ma reine, c’est que les ouvrières sont actuellement en grève et elles menacent l’harmonie des autres poutres. Des fourmis se seraient infiltrées dans la cinquième poutre et auraient incité les ouvrières à se révolter contre vous ma Reine. Mais ces fourmis, que le Grand Termite-Kapout les noie dans le grand fleuve de la mort, ont rapidement été maîtrisées et proprement éliminées. Ma Reine pourra retrouver les corps rangés dans le garde-manger de Sa Majesté. De plus, les ouvriers-surveillants sont en train de mater la rébellion et tout devrait rentrer dans l’ordre d’ici quelque temps.

Et la reine répondit : « mip ». Ce qui pouvait tout aussi bien dire « Très bien, j’attends les résultats » ou encore « Tuez-les tous, je vais en pondre d’autres pour les remplacer ». C’est cette dernière traduction qui faisait croire aux plus grands experts de la culture thermicienne que la plupart des colonies termites sont dirigées par un système dictatorial assez cruel. Alors que selon ces mêmes experts,  chez les fourmis, on avait plutôt affaire à une monarchie constitutionnelle. La profonde différence du système de hiérarchie entre ces deux espèces avait fait en sorte que celles-ci étaient continuellement en guerre et que toutes les pratiques étaient bonnes pour réformer l’autre espèce et la convertir à son propre système, système considéré comme le meilleur par chacune des espèces.

Mis à part les poutres du toit et ses termites, cinq grandes tables pouvant accueillir une dizaine de clients chacune, remplissaient la salle. Le sol était fait de terre battue huilée. Une faible odeur nauséabonde semblait s’en élever, probablement du aux multiples plats renversés et partiellement ramassés que la terre avait fini par absorber. À la gauche de la jeune femme, se tenait l’aubergiste derrière son comptoir. Il tentait visiblement d’essuyer correctement des verres, tâche qui s’avérait peine perdu compte tenu de l’état crasseux dans lequel se trouvait son chiffon. L’auberge avait l’air peu entretenue et il n’y avait aucun client dans la salle pour attester de la qualité des aliments ou du gîte. Yana ne regrettait pas d’aller coucher ailleurs que dans ce trou à rat. Dès son entrée, elle alla directement voir l’aubergiste pour décommander sa chambre et se faire rembourser ce qu’elle avait déjà payé.

  • Te rembourser ! Mais où te crois-tu ? Dans une auberge de la rue des Rois ? T’as payé et maintenant tu veux changer d’auberge ? Ce n’est pas mon problème. T’as payé, t’as payé, que tu couches dans la chambre ou pas, je m’en fous complètement. Maintenant, déguerpi, j’ai d’autres clients à servir, lui dit l’aubergiste.
  • Je crois que tu m’as mal comprise mon bonhomme. Par égard pour ta gentillesse, je vais donc te le redire poliment. Je ne prends plus la chambre, rembourse-moi ce que j’ai payé ! Ou alors préfères-tu tâter de ma dague?

Yana brandit sous le nez de l’aubergiste la dague qu’elle avait récupérée sur le cadavre du petit homme.

  • Je suis la SEULE cliente dans ton auberge, veux tu également que je sois ta DERNIÈRE?, ajouta-t-elle menaçante.

L’aubergiste fit semblant d’être impressionné, mais il en avait déjà vu d’autre dans ce quartier mal famé. Avec son pied, il appuya sur un bouton qu’il y avait au plancher. Un système compliqué de poulies se mit alors en branle. Ce système complexe avait été élaboré par les gnomes du quartier voisin qui en devait une à l’aubergiste. Il actionnait une petite cloche dans l’arrière-boutique. Quelques instants plus tard jaillit un gros et grand ogre par la porte de la cuisine située au fond de la salle. Yana le regarda froidement. C’était assurément un des membres les plus laids de son espèce! Il était grand, comme tous les ogres, au moins sept pieds ! Un pagne d’une couleur indescriptible lui recouvrait les parties intimes et il tenait un énorme gourdin à la main gauche. Il avait également quelques cheveux épars d’un jaune sale et un énorme nez avec au moins deux grosses verrues vertes! De plus, ses yeux louchaient en plus d’être asymétriques. Yana se sentie dégoûtée juste à le regarder. Mais il y avait pire. Il était encore à l’autre bout de la pièce et déjà une horrible odeur nauséabonde se propagea dans la salle. Une odeur peu commune, un mélange d’œufs pourris, de viandes laissées trop longtemps au soleil avec un certain soupçon de pourriture venant manifestement des marais voisins de la ville. Elle savait que les ogres puaient, mais celui-ci battait vraiment des records. Yana fronça son joli nez et mit sa main devant celui-ci pour tenter d’atténuer l’horrible odeur. L’aubergiste probablement habitué à l’odeur depuis longtemps ne broncha même pas. Le ou les regards de l’ogre dépendamment de quel œil on parlait, fit le tour de la salle et se posa sur Yana. Il lui fit un grand sourire édenté qui osait se prétendre menaçant. Ses dents jaunes et pourries auraient fait frémir une goule. Difficile de ne pas se sentir menacé ou horrifié à l’idée de se faire mordre par une bouche pareille! On ne savait pas quels genres de bactéries elles pouvaient vous laisser en guise de cadeau.

  • Hey, toi ! Pas embêter maître ou tâter de gourdin sur crâne, dit-il.

Il s’approcha pesamment du bout du comptoir où se trouvaient Yana et le gros aubergiste. Yana fit une mine contrite et retira sa dague de sous le nez de l’homme.

  • Excusez-moi, je crois que je me suis trompée, dit-elle.

Et d’un mouvement fluide, elle dégaina son épée de son fourreau et coupa la tête de l’aubergiste. Yana ne laissa pas à l’ogre le temps de réagir et elle bondit ensuite dans sa direction. Celui-ci sembla quelque peu surpris par la tournure des événements. C’était bien la première fois que quelqu’un osait l’attaquer de front. Ces quelques secondes lui furent fatales, car bien qu’il s’avança pesamment vers la jeune femme, celle-ci fut plus rapide et elle l’embrocha facilement, tel un couteau dans une motte de beurre fondu. Il la regarda de ses grands yeux ronds.

  • Fait mal, dit-il avant de s’écrouler sur Yana.

Celle-ci n’eut pas le temps de s’écarter et elle se retrouva écraser sous le gros ogre. Il était très lourd et son odeur forte et nauséabonde pénétrait largement dans ses narines. Yana eut un haut-le-cœur et se débattit pour se retirer de sous le cadavre. Elle devait se dépêcher avant que quelqu’un entre et la dénonce aux autorités. Malheureusement, elle avait beau pousser, tirer et se débattre de tous les côtés, elle n’arrivait pas à se sortir de là. Elle sacrait et jurait tous les noms obscènes qu’elle connaissait. Ce n’était pas le genre de langage que l’on retrouvait normalement chez les dames, mais elle n’était pas une dame, loin de là. Et pour finir, l’odeur finalement trop forte la fit vomir. Elle essaya de tourner la tête le plus possible, mais cela ne servit à rien et elle se vomit sur elle.

  • Eurk…. Je suis toute sale et ça put. Merde, dit-elle tout haut avec colère et dégoût.

Cela faisait maintenant près d’une demi-heure qu’elle gisait sous l’ogre mort. Elle sentait mauvais, elle était toute poisseuse du sang et elle avait la moitié du visage et le cou couvert de vomi séché. C’était tout à fait aberrant qu’une guerrière comme elle se retrouve dans une telle position. Tout à coup, elle entendit du bruit provenant de l’entrée de l’auberge. La porte s’ouvrit doucement et quelqu’un entra. «Enfin, quelqu’un pour me sortir de ce pétrin», pensa-t-elle.

Publicités

2 réflexions sur “Les guerriers du chaos – Volume 1 – L’amulette d’éternité – Chapitre 3

    1. Bonne idée. Quand l’histoire sera complètement terminée, je la mettrai sur mon site en PDF, mais ça risque se prendre un certain temps. C’est une longue histoire. À la base, c’est plus un roman qu’une nouvelle.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s