Ombre dans la nuit


Bon voilà, je n’ai pas été sélectionnée parmi les gagnants du concours de nouvelles auquel j’avais participé. Donc, voilà en primeur, pour vous chers lecteurs et lectrices, cette petite nouvelle. J’espère que vous aurez des frissons autant que j’en ai eu à l’écrire. Bonne lecture.

Isabelle est couchée dans son grand lit, seule. Elle dort profondément. Il fait noir dans l’appartement. Tout est calme et sombre. On entend au loin le tic-tac de l’horloge mural de la cuisine égrainer les heures et les minutes de la nuit. Les pas du chat de la jeune femme sont furtifs. Celui-ci pénètre dans la chambre à coucher et saute sur le lit. Il piétine les couvertures, puis se roule en boule tout près de l’oreiller où repose la tête de sa maîtresse bien-aimée.

Comme toutes les nuits, Isabelle dort seule dans son grand lit. Ce n’est pourtant pas parce qu’elle n’a pas d’amoureux. Au contraire, elle est en couple depuis quatre ans déjà. Malgré des hauts plutôt calmes et des bas assez mouvementés, bien souvent à cause d’une autre femme, son couple semble maintenant avoir enfin trouvé le juste milieu. Depuis un an déjà, elle a un bon emploi qui lui permet enfin de faire un peu plus de folies. Elle a aussi débuté depuis peu une maîtrise en administration. Ce nouveau défi lui permet de satisfaire sa soif de connaissances et d’assouvir, d’ici trois à cinq ans, son ambition. Elle espère secrètement obtenir un poste de directrice dans une grosse entreprise. Son homme fait souvent des heures de fou pour compenser son maigre salaire et pour l’aider à payer ses études. Il est donc rarement à la maison.

Récemment, il a accepté un poste de nuit comme chef d’équipe. Il ne revient à la maison que vers 6h le lendemain matin. Isabelle dort donc seule presque tous les soirs dans son grand lit. Elle s’accommode assez bien du fait qu’ils se voient très peu. Ils se sont tous les deux habitués à ce rythme de vie.

Il y a une chose cependant que Isabelle n’a jamais aimé et ne supporte que parce qu’elle y est obligée. C’est de dormir seule dans son grand lit. La nuit venue, lorsque toutes les lumières sont éteintes et que tout est tranquille, son appartement devient à ses yeux sombre et lugubre. Elle a horreur de dormir seule parce qu’elle a peur. Peur de ce qui pourrait arriver dans le noir de la nuit.

Il est 2h30 du matin. Dehors le vent souffle fort et cela crée des bourrasques de neige. Le chat ronronne doucement. Lentement, le tic tac de l’horloge murale de la cuisine égraine les minutes et les heures de la nuit. À intervalle régulier, on entend le «ploc» d’une goutte d’eau qui tombe dans l’évier de la cuisine. Isabelle a mal fermé le robinet lorsqu’elle a terminé de laver la vaisselle plutôt dans la soirée. Ces bruits réguliers et apaisants rendent l’atmosphère calme et rassurante.

2h45. Passe-Poil, le chat, tourne une oreille, puis ouvre les yeux et lève la tête. Il se passe quelque chose d’inhabituel et il n’aime pas ça. Son poil se redresse sur son dos. Il crache et saute en bas du lit en miaulant.

Un son se fait soudain entendre. Comme un chuchotement. Cela pénètre dans les oreilles de la jeune femme et la réveille.

– Qu’est-ce qui m’a réveillé?, se demande-t-elle.

Le même murmure se fait encore entendre. Cette fois encore plus près d’elle.

– Qu’est-ce que c’est ? Qui est là ?, dit-elle.

Une soudaine angoisse inexplicable lui serre la poitrine. Bien qu’il n’y ait aucune lumière, Isabelle peut voir assez clairement dans sa chambre grâce à l’éclat de la lune qui pénètre par la fenêtre. Elle est seule. Son chat n’est plus sur le lit. Isabelle entend soudain un feulement. Le chat est sur le pas de la porte, il fait le dos rond, son poil est hérissé et il miaule de façon menaçante. Le comportement inhabituel de son chat la terrifie.

Encore une fois, le murmure se fait entendre. Le son est plus fort maintenant et semble même menaçant. Isabelle est prise d’une folle terreur et regrette terriblement que Patrick ne soit pas là. Quelque chose de froid et d’une senteur horrible lui frôle le visage. «Aaaaaaaaaaahhhhh», crie-t-elle de peur. Quelque chose apparaît au-dessus du lit. La jeune femme hurle de toutes ses forces. Une lumière blanche et froide l’enveloppe complètement. Les cris et les hurlements de la jeune femme montent de plus en plus dans l’aigu comme si cette lumière qui l’enveloppe lui faisait du mal. Le chat qui n’en peut plus de feuler contre cette chose qui menace sa maîtresse saute sur le lit toutes griffes dehors pour tenter de la protéger. Isabelle hurle… «aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhh». Puis aussi soudainement que cela est apparu, tout s’arrête et disparaît. Plus aucun murmure, plus aucun hurlement, plus aucun feulement de chat enragé, plus aucune lumière, plus rien.

Quelques secondes plus tôt, Julie se réveille en sursaut dans son lit, Alexandre son copain également. Tous les deux se regardent, puis tournent leurs yeux vers le plafond. Cela provient de l’appartement de leurs amis Isabelle et Patrick. Leur chambre se trouve juste au-dessus de la leur. Mais quel est ce hurlement qu’ils entendent ? Puis plus rien, le silence total et absolu.

– Alex va voir si Isabelle est correcte. Ça ne se peut pas crier de même.

– Elle a surement fait un mauvais rêve. Tout est calme maintenant, elle s’est probablement réveillée, tente de se rassurer Alexandre.

Mais il ne semble pas tellement convaincu par ses propos.

– Alexandre Tremblay, va voir, j’te dis ! Prends ta batte de baseball s’il le faut, mais va voir. J’te dis qu’elle a quelque chose ! On ne crie pas de même si on n’a rien.

Alexandre prend donc son courage à deux mains et sort du lit. Il met sa robe de chambre et prend son bâton de baseball dans la garde-robe.

– Bon j’y vais, dit-il à Julie. Julie hoche de la tête et le regarde partir.

Il est à la porte d’entrée lorsqu’elle sort du lit à la course, enfile un peignoir et des pantoufles, puis le rejoint.

– Je ne veux pas que tu y ailles seul. J’y vais aussi.

Alexandre est fier de sa blonde. «Elle est courageuse», pense-t-il. Il lui sourit.

– Ok, mais reste derrière moi.

– Oui.

Ils sortent tous les deux de leur appartement et montent les marches qui les mènent au troisième étage. Julie cogne à la porte. Ils attendent. Puis elle cogne une deuxième fois, mais plus fort cette fois-ci. Julie et Alexandre entendent des pas traînants derrière la porte. Ils se reculent un peu et le jeune homme tient son bâton de baseball bien en main, ne sachant pas qui répondra à la porte. Les loquets se déverrouillent, la porte s’ouvre. C’est Isabelle en peignoir bleu marin. Celui de Patrick visiblement.

– Oui ?, demande-t-elle, la voix plus rauque qu’à l’habitude.

Ses cheveux sont tous ébouriffés et son peignoir est légèrement de travers. Il fait assez sombre dans le corridor et c’est le noir absolu dans son appartement. Julie et Alexandre ont de la difficulté à bien la distinguer.

Julie demande : «Tu vas bien ? On a entendu hurler à la mort.»

– La télé, répond Isabelle sommairement.

Alexandre et Julie attendent qu’elle rajoute quelque chose, mais non, elle ne dit rien de plus. Ils ressentent tous les deux une forte impression de malaise sans en expliquer la cause.

– Bon, ajoute Alexandre. On voulait juste être certain que tout allait bien. Ça nous a réveillés, alors peut-être que tu pourrais juste baisser un peu ta TV ?

Sur ce, Isabelle les regarde tous les deux dans les yeux, son visage est de marbre, puis elle leur ferme la porte au nez. L’homme et la femme sont un peu éberlués par le comportement de leur voisine, mais comme c’est le milieu de la nuit, ils mettent cela sur le compte d’un réveil brutal. Ils retournent tous les deux dans leur lit.

– C’est bizarre quand même tu ne trouves pas ?, demande Julie.

– Oui. Peut-être. Sais pas. Dors maintenant.

Il se retourne alors et se rendort presqu’aussitôt. Ce que fait également sa conjointe quelques minutes plus tard.

Isabelle retourne également dans son lit. Sa démarche est saccadée et manque clairement de coordination. Comme si elle n’avait pas marché depuis un certain temps. En allant vers sa chambre, elle croise un miroir et se regarde brièvement. À la surface de celui-ci, on peut voir une jeune femme, les cheveux noirs échevelés, qui semble hurler et qui frappe la surface de ses deux poings. Isabelle continue de marcher sans plus s’en préoccuper. Elle s’étend finalement par-dessus les couvertures, mais ne s’endort pas. Le chat n’est pas là et Isabelle ne le remarque pas. Ses yeux sont grands ouverts et brillent d’un éclat blanc intensément lumineux.

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