The Predator Mind en français


Incroyable mais vrai. Voici enfin ma traduction libre d’une citation de The Predator Mind (1998)  de Carlos Castaneda.

Personnellement, je n’ai aucun doute sur ce parasitage. Plus tu te lèves puissant et fougeux et plus ils se cramponnent à toi, car ta colère et tes peurs n’en sont que plus succulentes. Cependant, une fois que tu te rends compte de leur existence, tu peux alors les voir, les sentir, les percevoir et il devient, à chaque combat pour la survie de ta conscience lumineuse, plus facile de t’en libérer et de les faire fuir. Peut-être pas à tout jamais, mais suffisamment longtemps pour reprendre tes forces, ton énergie et être capable de te dresser face à eux et de dire : NON ! Et un jour, ils te quittent et recherchent d’autres proies plus dociles. Mais ne baisse pas ta garde, car alors ils reviendront en force et se régaleront de toi.

Mais prendre conscience de leur existence donne un méchant coup je peux vous le dire. C’est le genre d’informations qui doit s’acquérir à petite dose. Un pas à la fois. Les premières fois, tu peux être aidé par quelqu’un ou par un ange gardien. Moi c’est l’Archange Michael qui est intervenus à quelques reprises. La première fois très directement. La deuxième fois, j’ai du lui demander lui demander d’intervenir. La troisième fois, je les ai affronté seule et ça n’a pas été fort, mais il m’a expliqué après ce que j’aurais du faire. Ensuite, bien voilà, je suis seule avec moi-même. Je dois apprendre à les combattre et les faire fuir seule, comme une grande. Ce que je réussis pas trop mal je pense jusqu’à présente. Ils sont là, tapis dans le noir et attendent que je relâche ma vigileance ou que je sois simplement préoccupée par d’autres choses. Ensuite, c’est mon Moi supérieur qui prend le relais, il sait comment ça marche maintenant. Mais c’est toujours un peu stressant quand même quand ça t’arrive. La clé en fait, c’est de la affronter directement. Parfois c’est difficile, car ils s’acharnent sur toi. Ils ne vont pas laisser leur nourriture leur glisser entre les doigts aussi facilement. C’est pour cela qu’il faut persévérer dans la résistance.

Parfois, ils s’aglutinent à toi par un lieu où tu es allé ou par des gens que tu rencontrent. Parfois, ils te trouvent tout simplement. Certaines personnes ont plusieurs planeurs qui les mangent à tour de rôle ou tous en même temps. À mon avis, cela peut expliquer les désordres de personnalité multiples et même la schyzophrénie. Certains planeurs «prennent soin» de leur victime, comme on prend soin de nos poulets. Certains le font avec un certain intérêt, pour que leur nourriture se sentent relativement bien dans leur cage. Alors que d’autres s’en foutent éperdument. Ce sont eux qui rendent leur victime folle à lier, suicidaire, dépressive, maniaque, psychopathe/sociopathe, tueuse, agressive, etc. et les amènent à commettre des actes atroces envers eux-mêmes ou envers les autres personnes (proches ou étrangères).

Les humains émettent un champ d’énergie autour d’eux. Cette énergie, c’est la conscience créatrice de l’univers. C’est cela que les planeurs mangent. Lorsque les humains n’ont plus de cette énergie, cela les rends fous, disfonctionnels, suicidaires, etc. Certains supportent mieux que d’autres cette perte plus ou moins brutale de leur énergie de conscience créatice. Tout dépend du nombre de planeurs que vous avez après vous, de leur férocité et de votre volonté de vivre évidemment.

L’être humain n’est pas le seul être pensant sur Terre, loin de là. Mais ces planeurs… ces entités… ont une pensé complètement différente de la nôtre. Ils sont des prédateurs. Certains font l’élevage et d’autres chassent. Je vous fait peur ? Sachez que l’être humain est terriblement puissant, beaucoup plus puissant qu’il ne peut le penser lui-même. Et tant qu’il ne sait pas qu’il est puissant, beaucoup plus puissant que son prédateur, que son parasite éthérique, l’être humain est inoffensif et oh combien délicieux…

Bonne lecture.

Ma traduction libre d’une citation de The Predator Mind, de Carlos Castaneda :

       Ah, c’est l’univers dans son ensemble, dit-il, incommensurable, non linéaire, en dehors du domaine de la syntaxe. Les sorciers de l’ancien Mexique ont été les premiers à voir ces ombres fugitives, alors ils ont commencé à les suivre au alentour. Ils les voyaient comme vous-même les voyez et ils les considéraient comme de l’énergie qui circule dans l’univers. Et ils ont découvert quelque chose de transcendantal. Ils ont découvert que nous avions un compagnon pour la vie…

 Nous avons un prédateur qui provient des profondeurs du cosmos et qui a pris le contrôle de notre vie. Les êtres humains sont ses prisonniers. Le prédateur est notre seigneur et maître. Il nous a rendu docile, impuissant. Si nous voulons protester, il supprime notre protestation. Si nous voulons agir de façon indépendante, il exige que nous ne le fassions pas. Vous êtes arrivés, par votre seul effort, à ce que les chamans de l’ancien Mexique appelaient le sujet des sujets. J’ai tourné autour du pot pendant tout ce temps, insinuant que quelque chose nous maintenait prisonnier. En effet, nous sommes retenus prisonniers ! Ce fut un fait énergétique pour les sorciers de l’ancien Mexique.

        Pourquoi ce prédateur fonctionne-t-il de la façon que vous décrivez, Don Juan?, demandai-je. Il doit y avoir une explication logique.

        Il y a une explication, répondit Don Juan, qui est la plus simple explication au monde. Ils ont pris plus parce que nous sommes de la nourriture pour eux et ils nous pressent sans merci parce que nous sommes leur subsistance. Tout comme nous élevons nos poulets dans des poulaillers, les prédateurs nous élèvent dans des poulaillers faits pour l’homme. Par conséquent, leur nourriture est toujours disponible pour eux. 

Je sentais que ma tête était violemment secouée de gauche à droite. Je ne pouvais pas exprimer mon profond sentiment de malaise et de mécontentement, mais mon corps bougeait pour l’amener à la surface. Je tremblais de la tête aux pieds sans m’en rendre compte.

 

       Non, non, non, non, me suis-je entendu dire. C’est absurde, Don Juan. Ce que vous dites est monstrueux. Cela ne peut tout simplement pas être vrai, pour les sorciers ou pour la moyenne des hommes ou pour n’importe qui.

 

       Pourquoi pas?, demanda Don Juan calmement. Pourquoi pas? Parce que cela vous rend furieux ?

 

       Oui, ça me rend furieux, répliquai-je. Ces revendications sont monstrueuses !

 

       J’en appelle à votre esprit analytique, dit Don Juan. Prenez un moment pour penser, puis dites-moi comment vous expliquez la contradiction entre l’intelligence de l’homme l’ingénieur et la stupidité de ses systèmes de croyances ou la stupidité de ses comportements contradictoires. Les sorciers croyaient que les prédateurs nous avaient donné leur système de croyances, leurs idées du bien et du mal, leur mœurs sociales. Ce sont eux qui ont construit nos espoirs, nos attentes et nos rêves de succès ou d’échec. Ils nous ont donné la convoitise, la cupidité et la lâcheté. Ce sont les prédateurs qui nous rendent paresseux, routinier et égocentrique.

 

       Mais comment peuvent-ils faire cela Don Juan, demandais-je encore plus fâché parce qu’il venait de me dire. Murmurent-ils à nos oreilles pendant que nous dormons ?

 

       Non, ils ne font pas cela de cette manière. Ce serait idiot, dit Don Juan en souriant. Ils sont infiniment plus efficaces et organisé que cela. Dans le but de nous garder obéissant, doux et faibles, les prédateurs se sont engagés eux-mêmes dans une manœuvre prodigieuse – prodigieux, bien sûr, du point de vue d’un stratège de combat. Une manœuvre horrible du point de vue de ceux qui en souffrent. Ils nous ont donné leur esprit ! M’entendez-vous ? Les prédateurs nous ont donné leur esprit, qui est devient notre esprit. L’esprit des prédateurs est baroque, contradictoire, morose et remplis de la peur d’être découvert à tout instant maintenant. Je sais que, même si vous n’avez jamais souffert de la faim… vous avez la peur de manquer de nourriture, ce qui n’est autre que l’angoisse du prédateur qui craint qu’à n’importe quel moment maintenant sa manœuvre ne soit découverte et que son repas, sa nourriture lui soit refusé. Par le biais de l’esprit, qui, après tout, est leur esprit, les prédateurs injectent dans la vie des êtres humains tout ce qui est commode pour eux. Et de cette manière, ils s’assurent d’un degré de sécurité pour agir, comme une zone tampon contre leur crainte.

 

       Ce n’est pas que je ne peux pas accepter tout cela, Don Juan, ais-je dis. Je pourrais, mais il y a quelque chose d’odieux à propos de cela et cela me repousse. Cela me force à prendre une position contradictoire. Si cela est vrai qu’ils nous mangent, comment le font-ils ?

Don Juan avait un large sourire sur son visage. Un sourire aussi plaisant qu’un coup de poing. Il a expliqué que les sorciers voient les enfants êtres humains comme d’étranges et lumineuses boules d’énergie, couvertes du haut vers le bas par un pelage luisant, quelque chose comme une couverture en plastique qui est étroitement ajustée au fil de leur cocon d’énergie.

Il a dit que ce manteau éclatant de conscience est ce que mangent les prédateurs; et que lorsqu’un être humain atteint l’âge adulte, tout ce qui lui reste de ce manteau lumineux de conscience est une frange étroite qui va du sol au sommet des orteils. Cette frange permet à l’humanité de continuer à vivre, mais seulement à peine.

Comme si j’étais dans un rêve, j’ai entendu Don Juan expliquer qu’à sa connaissance, l’homme était la seule espèce qui avait un pelage aussi éclatant de conscience à l’extérieur de son cocon lumineux. Par conséquent, il est devenu une proie facile pour une prise de conscience d’un ordre différent ; comme la conscience lourde du prédateur. Ensuite, Don Juan a fait la déclaration la plus dommageable qu’il ait fait jusqu’à présent. Il a dit que cette frange étroite de conscience était l’épicentre de l’introspection où homme tombait irrémédiablement.

En jouant sur notre introspection, qui est le seul point de prise de conscience qu’ils nous restent, les prédateurs ont créé des éclats de conscience qu’ils consomment de manière impitoyable, tel un prédateur. Ils nous ont donné des problèmes insensés qui forcent ces éclats de conscience à augmenter d’intensité, et de cette manière, ils nous maintiennent en vie afin d’être nourris avec cet éclat énergétique de nos pseudo-préoccupations.

Il doit y avoir eu quelque chose dans ce qu’a dit Don Juan qui fut tellement dévastateur pour moi, qu’à ce moment-là, je suis réellement tombé malade. Mon estomac en était tout retourné. Après une pause, un moment suffisamment long pour me remettre de mes émotions, j’ai demandé à Don Juan : « Mais pourquoi est-ce que les sorciers du Mexique antique et tous les sorciers d’aujourd’hui, bien qu’ils voient les prédateurs, ne font rien à ce sujet? »

       Il n’y a rien que vous ou moi puissions faire à ce sujet, dit Don Juan d’une voix grave et triste. Tout ce que nous pouvons faire est de nous discipliner nous-mêmes jusqu’au point où ils ne vous toucheront plus. Comment pouvez-vous demander à vos compagnons de passer au-travers des rigueurs de la discipline ? Ils vous rient et se moquent de vous ; et ceux qui sont plus agressifs vont vous battre à mort. Non pas tant parce qu’ils ne vous croient pas. Au plus profond de chaque être humain, il a une connaissance ancestrale, viscérale sur l’existence de ces prédateurs.

Mon esprit analytique basculait en un va-et-vient incessant, tel un yo-yo. Il me laissait et revenait, me laissait et revenait une fois de plus. Tout ce que proposait Don Juan était absurde, incroyable. Mais en même temps, c’était la chose la plus raisonnable ; si simple. Cela expliquait tous les types de contradiction humaine auxquelles je pouvais penser. Mais comment pouvait-on prendre cela au sérieux ? Don Juan me poussait dans la voie d’une avalanche qui m’emmenait toujours plus bas.

Je senti une autre vague d’une sensation de menace. La vague ne provenait pas de moi, et pourtant elle était rattachée à moi. Don Juan me faisait quelque chose, mystérieusement positif et terriblement négatif en même temps. Je le sentis comme une tentative pour couper un mince film qui semblait être collé à moi. Ses yeux étaient fixés sur les miens dans un regard qui ne cillait pas. Il a bougé ses yeux loin des miens et a commencé à parler sans me regarder.

       À chaque fois, vos doutes vous amèneront à un point dangereux, dit-il, faites quelque chose de pragmatique à ce propos. Éteignez la lumière. Percer l’obscurité ; trouvez ce que vous pouvez voir.

Il s’est alors levé pour éteindre les lumières. Je l’ai arrêté. « Non, non Don Juan, lui ais-je dis, n’éteignez pas les lumières. Je vais très bien. »

Ce que je ressentais alors était une peur de l’obscurité, ce qui était très inhabituel pour moi. Cette simple pensée me donnait envie de faire dans mes pantalons. Je ressentais certainement quelque chose de manière viscérale, mais je n’aurais pas osé y toucher ou le ramener à la surface, jamais dans un million d’années !

       Vous avez vu l’ombre fugace entre les arbres, a dit Don Juan qui avait le dos appuyé contre son dossier de chaise. C’est très bien. Je voudrais maintenant que vous les voyez à l’intérieur de cette salle. Vous n’avez encore rien vu. Vous avez simplement attrapé une image fugace. Vous avez suffisamment d’énergie pour le faire.

Je craignais que Don Juan se lève tout de même pour éteindre les lumières et c’est justement ce qu’il fit. Deux secondes plus tard, je criais ! Non seulement j’ai aperçu ces images fugaces, mais j’ai aussi entendu leur bourdonnement dans mes oreilles. Don Juan riait très fort lorsqu’il a rallumé les lumières. «Quel tempérament !», dit-il. «D’un côté totalement païen et de l’autre totalement pragmatique. Vous allez devoir organiser cette lutte de pensées, sinon vous allez enfler comme un crapaud buffle.».

Don Juan poussait ses propos de plus en plus profondément en moi. «Les sorciers de l’ancien Mexique, dit-il, ont vu le prédateur. Ils l’ont appelé le planeur parce qu’il flotte dans les airs. Il n’est pas beau à voir. Il s’agit d’une grande ombre, une impénétrable obscurité, une ombre noire qui flotte dans les airs, puis qui atterrit à plat sur le sol. Les sorciers de l’ancien Mexique étaient très indécis quant à l’origine de son apparition sur Terre. Ils croyaient que l’homme devait avoir été un être complet à un moment donné, avec des idées prodigieuses et des prouesses de conscience qui sont de nos jours perçues comme des légendes de la mythologie. Et puis tout sembla disparaître, et nous avons maintenant un homme sous sédation.»

Je voulais me fâcher et le traiter de paranoïaque, mais d’une certaine façon la justesse, qui était généralement juste sous la surface de mon être, n’était plus là. Quelque chose en moi avait dépassé le point où je me demandais ma question préférée : «Et si tout ce qu’il dit est vrai ? » Au moment où il me parla cette nuit-là, au plus profond de mon cœur, j’ai senti que tout ce qu’il disait était vrai, mais en même temps et avec autant de force, je sentais que tout ce qu’il disait était aussi une absurdité en elle-même.

       Qu’est-ce que vous dites Don Juan ?, ais-je demandé fébrilement.

Ma gorge se contracta, je pouvais difficilement respirer.

       Ce que je dis : c’est ce que nous avons comme ennemi n’est pas qu’un simple prédateur. Il est très intelligent et organisé. Il a un système, une méthode, pour nous rendre inoffensif. L’Homme, la créature magique qu’il était destiné à être, ne l’est plus. Il n’est qu’une simple pièce de viande. Il n’y a plus de rêve pour l’Homme, mais simplement les rêves d’un animal qui est élevé pour être une pièce de viande : des rêves banals, classiques et imbéciles.

Les mots de Don Juan suscitèrent en moi une étrange réaction, comparable à une sensation de nausée. C’était comme si j’allais être malade à nouveau. Mais la nausée provenait du fond de mon être, de la moelle de mes os. Je convulsai involontairement. Don Juan me secoua par les épaules avec force. Je sentais mon cou vaciller d’avant en arrière sous l’impact de sa prise. Sa manœuvre réussi à me calmer cette fois-ci. Je me sentis alors plus en contrôle.

       Le prédateur, dit Don Juan, qui est bien sûr un être non-organique, est également invisible pour nous comme pour les autres êtres organiques.  Je pense que nous pouvions le voir lorsque nous étions enfant, mais qu’il était tellement horrible que avons décidé de plus y penser. Les enfants, bien sûr, peuvent insister et se focaliser sur sa vue, mais tout le monde autour d’eux les dissuadent de le faire. La seule alternative pour le genre humain reste la discipline. La discipline est le seul moyen de dissuasion.

Mais la discipline ne signifie pas des routines éreintantes. Je ne parle pas de se lever tous les matins à 5h30 et de se jeter de l’eau froide sur le corps jusqu’à en devenir bleu de froid. Les sorciers voyaient la discipline comme une capacité de faire face avec sérénité à ce qui n’est pas inclus dans nos attentes. Pour les sorciers, la discipline est un art, l’art de faire face à l’infini sans flancher, non parce qu’ils étaient forts et durs, mais parce qu’ils sont remplis de crainte.

       De quelle façon la discipline des sorciers avait un effet dissuasif sur les planeurs ?, demandai-je.

Don Juan scruta mon visage comme pour y découvrir les signes de mon incrédulité.

       Les sorciers disent que la discipline rend le manteau lumineux de la conscience immangeable pour les planeurs, dit-il. Ce qui désoriente les prédateurs. Une couche non comestible incandescente de conscience ne fait pas partie de leur cognition, je suppose. Après avoir été désorientés, ils n’ont pas d’autre choix que de s’abstenir de poursuivre leur tâche funeste.

 

Si les prédateurs ne mangent plus notre manteau lumineux de conscience pendant un certain temps, il continuera de grandir. Simplifions ce fait à l’extrême. Je peux dire que les sorciers, au moyen de leur discipline, repoussaient les prédateurs suffisamment longtemps pour permettre à leur pelage brillant de conscience de croître au-delà du niveau des orteils. Et une fois que celui-ci va au-delà du niveau des orteils, il repousse à sa taille naturelle.

 

Les sorciers de l’ancien Mexique avaient coutume de dire que le manteau lumineux de conscience était comme un arbre. S’il n’est pas élagué, il grandira jusqu’à sa taille et son volume naturels. Lorsque la conscience atteint un niveau plus élevé que les orteils, les manœuvres prodigieuses de perception deviennent un sujet de discussion. Le truc grandiose de ces sorciers de l’ancien temps, ajouta Don Juan, était de charger l’esprit des planeurs avec la discipline.

 

Les sorciers ont découvert que s’ils imposaient à l’esprit des planeurs un silence intérieur, leur installation étrangère fuit, et que cela donne à tous praticiens impliqués dans cette manœuvre, la certitude totale de l’origine étrangère de cet esprit. L’installation étrangère revient, je vous l’assure, mais pas de manière aussi forte. Et lorsque débute un processus dans lequel on peut mettre en fuite cet esprit des planeurs, ce processus devient une routine et ce, jusqu’au jour où ils fuient de manière permanente.

 

Ce sera le jour où vous devrez compter sur vos propres conseils, qui seront d’ailleurs au niveau zéro. Un jour bien triste s’il en est un ! Il n’y a personne pour vous dire quoi faire. Il n’y a pas d’esprit d’origine étrangère qui vous dictent les sottises auxquelles vous étiez habitués. Mon professeur, le nagual Julian, avait l’habitude d’avertir tous ses disciples. Dans la vie d’un sorcier, ce jour est en fait la journée la plus difficile pour le véritable esprit qui nous appartient. La somme totale de notre expérience après une vie de domination, nous a rendue timide, insécure et poltron. Personnellement, je dirais que la vraie bataille de sorciers commence à ce moment-là. Le reste, ce n’est que de la préparation.

 

Je devins vraiment agité. Je voulais en savoir plus jusqu’à ce qu’un étrange sentiment en moi me demande d’arrêter. Ce sentiment fit allusion à de sombres résultats et à des peines, à quelque chose comme à la colère de Dieu qui descendrait sur moi pour avoir découvert quelque chose que Dieu lui-même avait voilé. Je fis un effort suprême pour permettre à ma curiosité de gagner. Je me suis entendu dire : «Qu’est-ce que vous voulez dire par imposer à l’esprit des planeurs? »

       La discipline impose une fin à l’esprit étranger, répliqua-t-il. Alors, à travers la discipline, les sorciers ont vaincu l’installation étrangère.

Je fus accablé par cette affirmation. Je croyais que Don Juan allais dire quelque chose de fou ou qu’il allait me dire quelque chose de si extraordinaire que cela me figerait sur place. Je remarquai alors combien rapidement je retrouvai mon énergie pour renier tout ce qu’il avait dit. Après un instant de panique, je commençai à rire, comme si Don Juan avait fait une blague. Je m’entendis lui dire : «Don  Juan, vous êtes incorrigible !»

Don Juan sembla comprendre tout ce que je vivais. Il hocha la tête d’un côté à l’autre et il haussa les yeux au ciel dans un geste de moquerie. Il dit : «Je suis tellement incorrigible que je vais donner à l’esprit des planeurs que vous portez encore en vous une autre secousse. Je vais vous révéler le secret le plus extraordinaire de la sorcellerie. Je vais vous décrire une trouvaille qui a demandé aux sorciers des milliers d’années de vérification et de consolidation.»

Il me regarda et dit avec un sourire malicieux : « L’esprit des planeurs fuit toujours quand un sorcier réussit à saisir la force vibrante qui nous unit, tel un conglomérat de champs d’énergie. Si un sorcier maintient cette pression assez longtemps, l’esprit des planeurs est vaincu. Et c’est exactement ce que vous allez faire; cramponnez-vous à l’énergie qui vous lie ensemble.»

J’ai eu la réaction la plus incroyable que je peux imaginer. Quelque chose en moi tressautait comme s’il avait reçu un choc. J’entrai dans un état de peur injustifiée que j’associai immédiatement à mes anciennes croyances religieuses. Don Juan me regarda de la tête aux pieds. «Vous craignez la colère de Dieu n’est-ce pas ?, dit-il. Rassurez-vous, ce n’est pas votre peur. C’est la peur du planeur, car il sait que vous allez faire exactement ce que je vous ai dit. »

Ses mots ne me calmèrent pas du tout. Je me sentais pire. Je convulsais alors involontairement et je n’avais aucunement l’intention d’arrêter. «Ne vous en faites pas, dit Don Juan calmement. Je sais que ces attaques ne durent qu’un instant. L’esprit des planeurs n’a pas de concentration.» Après un moment, cela cessa comme Don Juan l’avait prédit. Dire que j’étais encore une fois désorienté est un euphémisme.

C’était la première fois de ma vie, avec Don Juan ou sans lui, que je ne savais pas d’où je venais ni où j’allais. Je voulais quitter ma chaise et marché un peu, mais j’étais mortellement effrayé. J’étais rempli d’affirmations rationnelles et en même temps, rempli de peurs irrationnelles. Je commençai à respirer profondément lorsqu’une sueur froide me couvrit tout le corps. J’avais en quelque sorte déclenché en moi un spectacle plus affreux : des ombres noires fugitives sautant tout autour de moi et ce, partout où je me tournais.

Je fermai les yeux et gardai ma tête sur le dossier de la chaise. «Je ne sais plus vers quelle direction me tourner Don Juan, dis-je. Ce soir, vous m’avez vraiment perdu.» Don Juan répondit : «Vous êtes déchiré par un conflit intérieur. Dans les profondeurs de votre être, vous savez que vous êtes incapable de refuser l’accord qu’une partie indispensable de vous, votre manteau lumineux de conscience, va servir de source incompréhensible de nourriture pour des entités incompréhensibles. Et une autre part de vous-même va se dresser de toutes ses forces contre cette situation.»

       La révolution des sorciers, continua-t-il, est qu’ils refusent d’honorer les accords auxquels ils n’ont pas participé. Personne ne m’a demandé si j’étais consentant d’être mangé vivant par des êtres ayant une sorte différente de conscience. Mes parents m’ont mis au monde ici pour servir de nourriture, comme eux-mêmes, et c’est la fin de l’histoire.

Don Juan se leva de sa chaise et étira ses bras et ses jambes. «Nous sommes assis ici depuis des heures. C’est le temps de retourner dans la maison. Je vais aller manger. Voulez-vous manger avec moi ?» Je déclinai l’invitation. Mon estomac n’était pas en assez bon état. «Je pense que vous devriez plutôt aller dormir, dit-il. Cette attaque éclair vous a dévasté.». Je n’eus pas besoin de plus de conseils. Je m’écroulai sur mon lit et je tombai raide mort de sommeil.

À la maison, au fil du temps, les planeurs sont devenus l’une de mes fixations principales. J’en arrivai au point où je sentis que Don Juan avait absolument raison à propos d’eux. Peu importe combien dur j’essayais, je ne pouvais pas rejeter sa logique. Plus j’y pensais, plus j’en parlais et plus je m’observais moi-même et mes semblables, et plus intense était ma conviction que quelque chose nous rendait incapable de toute activité, de toute interaction ou de toute pensée qui n’avait pas nous-même comme point focal.

Ma préoccupation, ainsi que la préoccupation de tous ceux que je connaissais ou à qui j’avais parlé, était soi-même. Comme je ne pouvais pas trouver une explication pour  cette homogénéité universelle, j’ai cru que la ligne de pensée de Don Juan était la façon la plus appropriée d’élucider ce phénomène. Je suis allé aussi en profondeur que je le pouvais dans mes lectures sur les mythes et légendes. En lisant, je vécu quelque chose que je n’avais encore jamais ressenti auparavant : chacun des livres que je lisais était une interprétation des mythes et des légendes. Dans chacun de ces livres, un esprit homogène était palpable.

Les styles différaient, mais la direction sous-jacente des mots était la même : même lorsque les thèmes étaient quelque chose d’aussi abstrait que les mythes et légendes, les auteurs s’arrangeaient toujours pour inclure des affirmations  sur eux-mêmes. Cette ligne directrice homogène derrière chacun de ces livres n’était pas dans le thème du livre. Au lieu de cela, c’était centré sur le moi. Je n’avais jamais ressenti cela avant.

J’attribuai ma réaction à l’influence de Don Juan. La question inévitable que je me posai à moi-même était : m’a-t-il influencé pour voir cela ou y-a-t-il vraiment un esprit étranger qui dicte tout ce que nous faisons ? Encore une fois, je retombai dans le déni. J’alternais follement entre le déni et l’acceptation. Quelque chose en moi savais que peu importe ce vers quoi Don Juan m’avais mené, c’était un fait énergétique. Mais quelque chose d’autre d’aussi important en moi savait que c’était du pipeau.

Le résultat final de ce conflit interne fut un pressentiment : le sentiment que quelque chose d’éminemment dangereux allait vers moi. J’ai fait des recherches anthropologiques intensives sur les planeurs dans d’autres cultures. Mais je n’ai trouvé de référence nulle part. Don Juan semblait la seule source sur ce sujet.

La prochaine fois que je l’ai vu, j’abordai immédiatement le sujet de planeurs. Je lui dis : «J’ai fait tout ce que j’ai pu pour être rationnel à propos de ce sujet. Il y a des moments où je suis tout à fait d’accord avec vous à propos de ces prédateurs.». «Dirigez votre attention sur les ombres que vous voyez actuellement», me répondit Don Juan avec un sourire.

Je dis à Don Juan que ces ombres fugitives allaient être la fin de ma vie rationnelle. J’en voyais partout. Depuis que j’avais quitté sa maison, j’étais incapable de dormir dans l’obscurité. Dormir avec les lumières allumées ne me dérangeait pas du tout. Mais dès le moment où j’éteignais les lumières, tout autour de moi se mettait à sauter. Je n’ai jamais vu des figures ou de formes complètes. Tout ce que je voyais étaient des ombres fugaces noires.

       L’esprit des planeurs ne vous a pas quitté, me dit Don Juan. Il a été sérieusement blessé. Il fait de son mieux pour réparer sa relation avec vous. Mais quelque chose en vous s’est rompu pour toujours. Le planeur le sait. Le réel danger est que l’esprit des planeurs finisse par gagner en vous fatiguant et en vous forçant à vous retirer en jouant la contradiction entre ce que lui dit et ce que je dis.

       Voyez-vous, l’esprit des planeurs n’a pas de compétiteur, poursuivit Don Juan. Lorsqu’il propose quelque chose, il est d’accord avec sa propre proposition et cela vous fait croire que ce que vous avez accompli  a de la valeur. L’esprit des planeurs vous dira que peu importe ce que Juan Matus vous dit, cela n’a aucun sens, et alors le même esprit sera d’accord avec sa propre proposition. «Oui, bien sûr, cela n’a pas de sens», vous direz-vous. C’est de cette façon qu’ils ont le dessus sur nous.

       Les planeurs sont essentiels à cette partie de l’univers, ajouta-t-il. Et ils doivent être pris pour ce qu’ils sont vraiment, c’est-à-dire incroyables et monstrueux. Ils sont le moyen par lequel l’univers nous teste. Nous sommes des sondes énergétiques créées par l’univers.

Il continua comme s’il avait oublié ma présence.

       Et c’est parce que nous possédons cette énergie qui est consciente que nous sommes les moyens par lesquels l’univers devient conscient de lui-même. Les planeurs sont d’implacables concurrents. Ils ne doivent pas être prient pour autre chose. Si nous réussissons en faisant cela, l’univers nous permettra de continuer.

Je voulu demander à Don Juan d’en dire plus. Mais il ajouta seulement : «L’attaque éclair s’est terminée la dernière fois que vous étiez ici. Il y a tellement de choses à dire sur les planeurs.»

– Carlos Castaneda : The Predator Mind

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