Mutation Interdite


 CHAPITRE 1

            Assise à mon bureau, dans la vieille maison que je partage avec Alex, mon amant et mentor, j’écris ce journal. Si je vous relate l’histoire de ma vie, c’est qu’il m’est arrivé quelque chose d’extraordinaire. Il y a quelque temps, mon corps s’est mis à changer. Des changements qui, normalement, ne devraient pas se produire.  Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve.  J’écris donc ce journal au cas où cela tournerait mal.

            Nous sommes en 1996, le 23 octobre.  Il y a vingt ans, je sortis des limbes pour naître dans la réalité des mortels humains. Je vis le jour en 1976. J’étais un joli petit bébé à l’abondante chevelure noire. Seule tête aussi chevelue de toute la pouponnière de l’hôpital. J’étais le premier enfant de mes parents, ils me nommèrent Lauriane. Quelques années après ma naissance, mes parents divorcèrent. Mon père disparut de la circulation, laissant ma mère sans un sou. Trois mois plus tard, ma mère mourut d’une overdose. Je ne sais pas si c’était parce qu’elle ne supporta pas le départ de mon père ou si mon père la quitta justement à cause de ses problèmes de drogues. Toujours est-il que les services sociaux m’envoyèrent dans un foyer d’accueil. Je ne fus jamais adoptée.

            Je n’ai jamais eu de véritable amie dans cet endroit et à seize ans, je suis partie. J’ai fugué. Je finis par me trouvé un lieu pour dormir. Je vivais pauvrement dans un appartement lugubre et je travaillais dans un restaurant minable pour me payer de quoi subsister. Bref, je vivais dans la misère. Je mesurais 1,70m, j’avais des cheveux bruns très foncés qui couvraient mes épaules, des lèvres rouges et pulpeuses, de grands yeux noirs expressifs et j’avais le teint très pâle. Ce qui était à peu près normal étant donné que je ne sortais jamais ou rarement au grand jour, ma peau supportant mal le soleil, et que je travaillais de nuit.

            À dix-huit ans, je finis par rencontrer un garçon qui m’avait l’air bien. Un client du restaurant où je travaillais alors. Nous emménageâmes ensemble ou plutôt il déménagea chez moi après quelques semaines seulement de fréquentation. Mal m’en pris. En peu de temps, il prit rapidement ses aises chez moi et au bout de trois mois seulement de cohabitation, il commença à me battre et d’user de violence psychologique envers moi. Je me rendis bientôt compte qu’il était aussi drogué que ma mère. Néanmoins, je demeurai avec lui; lui payant sa dope lorsqu’il ne pouvait pas et supportant ses coups et ses insultes. J’endurai aussi longtemps que possible cette relation malsaine. Peut-être espérais-je ainsi le sauver du destin que ma propre mère avait subi. Cependant, le jour où il me menaça de son cran d’arrêt pour que je me prostitue pour lui payer sa dope, j’appelai le 911 et les policiers intervinrent rapidement. Il s’en fallut de peu pour que je passe de vie à trépas. Heureusement pour moi, il prit ses affaires hâtivement. Il avait peu de choses et moi de même; ayant tout liquidé ce qui avait le moindrement de la valeur pour payer sa came. Les policiers l’escortèrent jusqu’au poste et je ne le revis jamais plus. Ne voulant pas avoir à faire avec les tribunaux, je laissé tomber ma plainte et lui, ne revint jamais m’importuner. Malgré les sévices qu’il m’avait fait subir, j’eu de la difficulté à me remettre de son de son départ. Mis à part mon père que je n’ai jamais vraiment connu ainsi que l’homme de mon foyer d’accueil qui n’était jamais là, mon ex-petit copain était le seul homme important de ma vie. Je n’avais donc pas très envie de rencontrer quelqu’un d’autre. Malgré tout, en juillet 1996, soit trois semaines après son départ abrupt, j’ai rencontré un jeune homme qui bouleversa mon existence.

            Nous nous rencontrâmes au cinéma.  J’étais allé voir le nouveau film de mon acteur préféré. Celui dont on voyait les affiches un peu partout dans la ville : Mutation interdite. Lorsque je rentrai dans la salle, celle-ci était pratiquement vide.  Il faut dire que j’avais une bonne heure d’avance.  J’avais voulu m’y rendre tôt, car je savais qu’il y aurait une très longue file d’attente. La salle commençait lentement à se remplir. Soudain, un beau jeune homme d’une vingtaine d’années vint s’asseoir sur le siège près de moi. Je lui jetai un regard de biais. «Qu’il est beau», me dis-je alors.  Il avait l’air d’un ange. Il fallait que je trouve un moyen d’engager la conversation avec lui, je ne pouvais laisser passer cette chance.  Même si je n’avais pas envie d’une autre histoire de cœur, me faire coller et prendre dans des bras chauds et forts me faisait venir les larmes aux yeux. J’avais désespérément besoin de tendresse et le premier venue ferait l’affaire. Et comme celui-là était beau à damner un saint, je saisie l’occasion qui se présentait à moi. Je me suis carrément tournée vers lui et il fit de même.  J’ouvris la bouche pour lui parler, lui aussi et ensemble, nous nous sommes dit bonjour. On éclata de rire. Il se présenta et il m’offrit de partager son pop-corn. J’étais ravie qu’il s’intéresse à moi. Sans que je sache trop comment, le temps s’accéléra et puis le film commença. La salle était pleine à craquer. Lorsque je prenais de son pop‑corn, ma main frôlait la sienne et un délicieux frisson enveloppait ma main.  Il me regardait alors avec ses beaux yeux bleus et son joli sourire. J’étais toute émerveillée d’avoir un si beau sourire pour moi seule. Il y avait tellement longtemps qu’on ne m’avait pas regardé de la sorte.

            À la fin du film, il sortit avant moi de la salle de projection. J’étais déçue, il était parti sans me dire au revoir. Le regard triste, je quittai mon siège. Près du comptoir à bonbons, je le vis qui attendait. Son regard s’illumina et j’allai le rejoindre en souriant. Il me proposa d’aller manger un morceau à un restaurant qu’il connaissait près du cinéma.  J’acceptai sa proposition avec joie.  Nous avons fait plus ample connaissance.  Lorsque vint le moment de se quitter, il me donna rendez-vous pour le lendemain soir. Je suis allé le rejoindre ce soir, là, puis tous les soirs de la semaine. Travaillant alors encore de soir, je m’arrangeai avec une collègue de travail pour échanger nos quarts de travail pour la semaine. Cela faisait bien son affaire, sa gardienne l’ayant lâchée à la dernière minute, elle ne savait plus à qui s’adressait pour prendre ses enfants le jour.

            Je passai ainsi toutes mes soirées avec mon bel inconnu. Plus le temps passait, plus l’amour nous rapprochait. Après un mois de rencontres assidues, j’ai commencé à me poser de sérieuses questions. Il me donnait toujours rendez-vous la nuit, dans des endroits où la lumière était tamisée.  Je n’avais ni son adresse, ni son numéro de téléphone et quand je les lui demandais, il me répondait toujours que ce n’était pas important, que lui savait où me trouver. Tout ce que je connaissais de lui c’était son nom, son âge et le pays d’où il venait : l’Angleterre. Il y avait autour de lui une aura de mystère qui m’attirait énormément. 

            Il était merveilleux.  Je n’avais pas assez de qualificatifs pour décrire Alex. Il avait vingt-deux ans.  Il avait les cheveux courts, légèrement ondulés et noirs, aussi noirs qu’une nuit sans lune et sans étoile. Ses yeux, d’un bleu profond, devenaient violets lorsqu’il était en colère.  Son corps svelte d’un mètre quatre-vingt-dix, était merveilleusement bien musclé. Sa voix était douce, tout en étant ferme.  Ses vêtements étaient toujours élégants.

            Tout en lui exprimait l’honnêteté, la gentillesse et la tendresse. C’était pourtant un homme sûr de lui et courageux. Son grand sens de l’humour et son intelligence rendait tout ce qu’il disait intéressant. Il réussissait toujours à captiver son auditoire. Il émanait de lui un tel magnétisme ! Tous ceux qui l’approchaient, ne serait-ce qu’un seul instant, étaient irrésistiblement attirés par lui. Bref, c’était mon homme idéal. Je n’avais jamais connu d’homme comme lui et je n’aurais jamais osé penser qu’un tel homme puisse exister et ce même dans mes rêves les plus fous. Je ne pouvais pas croire qu’il s’intéressait à une fille comme moi.  J’étais totalement subjuguée par lui.

            Un soir où nous étions assis dans un parc, sous la douce lumière de la lune, il m’avoua qui il était vraiment. Je ne le crus pas et je lui ai ri au nez. Qui aurait pu croire une telle histoire ?  C’était trop… bizarre.    Alex s’attendait à cette réaction. Il me prit les mains et m’attira contre lui.  Ses yeux fixés sur les miens, il ouvrit lentement sa bouche. Habituellement bleus ou violets selon ses humeurs, ses yeux prirent une teinte surprenante. Plus je les regardais, plus ses iris devenaient rouges.  Baissant le regard, je vis entre ses lèvres entrouvertes deux longues canines. Je me suis reculée brusquement.  Il a ri de ma frayeur.

–        Pourquoi est-ce que tu fais ça, m’exclamais-je. Tu veux me faire du mal ?

–        Peut-être, dit-il en me fixant avec un drôle de sourire.

–        Ne me regarde pas comme ça ! Tu me fais peur.

–        Hum, je commence à avoir faim, dit-il en souriant de toutes ses dents.

Je me levai précipitamment. Je ne fis pas trois pas que je me retrouvai soudainement dans ses bras. Son étreinte était solide comme de l’acier, je ne pouvais pas bouger. Je regardai son visage et heureusement, il avait repris son aspect habituel.

–        Ne pars pas tout de suite, reste avec moi. Je suis si seul.

–        Mais tu me fais peur !

En disant cela, je tentai de m’échapper de ses bras que je pensais alors mortels. Il ne me laissa pas partir, mais il relâcha légèrement son étreinte. Ce relâchement me calma légèrement.

–        N’aie pas peur. Jamais je ne te ferai de mal, dit-il avec tristesse. Excuse-moi de t’avoir effrayé, je me suis laissé emporter. Cela n’arrivera plus, je te le promets.

–        Qu’est-ce qui me le prouve ? Nous nous connaissons à peine.  Tu es un vampire et d’habitude les vampires ça se nourrit du sang des humains. Je n’ai aucunement l’intention de te servir de souper !

Brusquement, il disparut et je clignai des yeux, surprise et légèrement déséquilibrée. Tournant la tête, je le vis assis où nous étions il y a quelques instants, le visage impassible.

–        Va-t’en, me dit-il, je n’ai pas besoin de toi.

Je ne savais que faire. Avant cet aveu si inattendu, je voulais lui dire à quel point je l’aimais.  Mais à ce moment-là, je restai là, indécise.

–        Pars… Où tu me serviras d’encas, dit-il d’un ton sec et irrité.

Et sur ses mots, il feula comme un chat en colère. Je pris peur de nouveau et je m’apprêtais à partir. Cependant, je crus apercevoir dans ses yeux une lueur, un petit éclair de tristesse à peine visible dans ce visage de marbre. Le brasier mourant d’un amour sincère. Sans cette lueur, je serais partie. Si j’avais écouté mon instinct, cela m’aurait évité bien des tracas. Mais mon cœur était remplie d’amour et me disait autre chose : « Il a besoin de compagnie et d’amour. Il veut me demander de rester, mais il ne sait pas comment s’y prendre sans que je prenne peur. Je n’ai ni famille, ni amis, je n’ai rien à perdre.» J’étais tellement innocente alors. Je me rassis près de lui et je lui parlai doucement.

–        Non, je ne partirai pas. En tout cas pas tout de suite si tu me promets de…te tenir tranquille.

–        D’accord, me répondit-il d’un ton sincère.

–        Raconte-moi, dis-moi comment cela t’es arrivé.

–        Très bien, je vais te le raconter.  Maintenant que je t’ai montré ce que je suis, autant en finir.  Sois tranquille, je ne te toucherai pas. Tu décideras toi-même si tu veux devenir ma compagne.

Sa compagne ? Il avait réellement dit devenir sa compagne ? Il m’aimait donc vraiment. J’en étais encore plus abasourdie que de savoir qu’il était vraiment un vampire.

–        En 1960, j’habitais l’Angleterre. A l’époque, j’adorais me promener dans les bois la nuit. Surtout les soirs de pleine lune.  J’étais vraiment stupide à l’époque et inconscient. Je n’avais vraiment aucune idée de ce qui pouvait s’y promener. Mais la lumière était si extraordinaire et la tranquillité absolue. Cela me changeait agréablement de mon quotidien. J’étais journaliste pour un journal à potins. Je couvrais essentiellement les moindres frasques de la famille royale. Bref, j’étais assis au pied d’un chêne et je relaxais en admirant les étoiles. Le ciel était si lumineux ce soir-là. Les arbres étaient clairsemés où j’étais et j’avais une vue imprenable sur ce ciel magnifique. Tout à coup, j’entendis un craquement dans les fourrés près de moi. Je sortis mon couteau de poche et me redressai, le dos appuyé à l’écorce du chêne.

À ses mots, il éclata de rire.

–        HAHAHA, je ris encore en me demandant ce que j’aurais bien pu faire avec un tel couteau. Aussi gros qu’un épluche pommes de terre.

Ne me demandez pas pourquoi, mais j’ai toujours trouvé terriblement séduisant la manière dont il disait pomme de terre au lieu de dire patate comme nous le faisons ici. Alex ris encore un peu puis il reprit son histoire.

–        Qui est-là?  Montrez-vous!, criais-je en pointant mon petit couteau.  Un hibou s’envola entre les arbres et un petit renard détala à toute vitesse, probablement effrayé par mon cri. Je poussai un soupir de soulagement et je me traitai d’idiot. J’allais me rasseoir lorsqu’un petit rire cristallin fusa derrière moi. «Suzette, cesse de me suivre comme ça. Papa te donneras une bonne correction si tu ne retournes pas tout de suite à la maison. » Je croyais que c’était ma jeune sœur. Le coût de la vie à Londres était cher et j’habitais donc encore chez mes parents, avec ma jeune sœur de dix ans ma cadette. Évidemment, je n’obtins pas de réponse. «Sors ou sinon je vais te chercher et je te jure que tu vas y gouter». J’entendis encore une fois le même rire, mais suivi cette fois  d’une voix féminine des plus sensuelles.

–       Je ne suis pas Suzette, mais viens quand même me chercher, gentil mortel, dit doucement la voix.

Rassuré par cette invitation, je m’avançai vers elle.  Mon cœur battait fortement dans ma poitrine.  J’hésitais entre la prudence et la curiosité.

–       Viens, viens vers moi, continua suavement la voix.

Une jeune femme d’une beauté troublante apparut devant moi.  Ses longues jambes effilées remontaient jusqu’à un short en jean.  Un blouson de cuir noir à moitié ouvert dévoilait ses rondeurs invitantes. Sa masse de cheveux noirs bouclés était remontée en un chignon savamment échevelé.

–       Qui êtes-vous? Que faites-vous ici, dans les bois en pleine nuit?, lui demandais-je.

            Elle continuait de me sourire d’un air aguichant. Elle s’approcha de moi, ses mains fines et  délicates se posèrent sur ma taille.  Le feu sombre de ses yeux embrasa mes sens.  Ses lèvres douces et froides sur ma peau chaude me donnèrent des frissons.  Mes doigts fébriles ouvrirent complètement son manteau.

–       Reste avec moi cette nuit, susurra-t-elle à mon oreille.

            Au lieu de lui répondre, j’entrepris de la déshabiller. Je n’ai pas pu m’en empêcher. Tout en elle n’était qu’invitation à la luxure la plus totale et me donner des envies que j’étais bien incapables de contrôler. L’herbe douce et fraîche accueillie nos corps brûlant de passion.  Encore et encore, elle en demandait toujours plus.  Finalement, je m’écroulai épuisé.  Elle se tourna vers moi et me dit : «Tu es jeune, beau et fort, je vais faire de toi un immortel… mon immortel.»

            Couché sur le ventre, à moitié assoupi, je l’entendis à peine.  Elle se fit pesante sur mon dos. Je sentais son souffle sur mon cou.  Je sentis alors deux crocs acérés qui s’enfoncèrent dans ma peau.  La douleur me réveilla complètement.  Je la sentis alors s’éloigner.  Je portai la main à mon cou, elle était couverte de sang et de salive.  Mes forces me quittaient peu à peu. J’avais le vertige et ma vue se brouillait. J’étais incapable de me redresser tant j’étais faible. Mon corps et mes muscles étaient paralysés. La femme vampire revint vers moi et acheva son repas. Elle se nourrit de mon sang, de ma chaleur, de mon âme.  Il ne me restait plus qu’un mince filet de vie. Mon cœur pompait à vide.  Avec ses dents, elle coupa la peau de son poignet et me le tendit.  Elle appliqua la plaie sur mes lèvres et me força à avaler le sang qui s’en échappait. Une décharge d’énergie pure revivifia mon corps. Je retrouvai assez de force pour tenir fermement son poignet contre ma bouche. Quelques instants plus tard, elle le retira brusquement.  

–       Tu es un vampire maintenant, car tu as bu l’élixir de vie des  damnés.  Je dois te dire certaines choses vitales pour ta survie. C’est la responsabilité, le devoir de tout vampire qui s’accorde le privilège d’en créer un autre. 

            Elle m’expliqua ces règles fondamentales de survie. Je t’avoue que je n’y compris pas grand-chose sur le coup.

–       En ce qui concerne ton sanctuaire, tu peux, pour cette fois seulement, venir avec moi. Après tu partiras. Tu dois apprendre à te débrouiller seul. Ne t’inquiète pas, nous nous reverrons en temps et lieu. Je suis ta Maîtresse et j’ai pouvoir de vie ou de mort sur toi. Mais avant de faire de toi mon disciple, puis mon égal, tu dois te débrouiller seul et survivre avec tes seules ressources pendant quelques années.

            Elle se leva gracieusement et fit quelques pas avant de se retourner vers moi.

–       Je m’appelle Daniella, me dit-elle.

Je restai un moment sans réaction, essayant de digérer ce qu’elle m’avait fait, ce qu’elle m’avait dit. Me laisserait-elle vraiment seul pour affronter mon nouveau monde ? Je n’y connaissais rien moi aux vampires. Je connaissais tous les petits secrets de la famille royale, mais aux vampires rien du tout.

–       Secoue-toi un peu, reprit-elle, le soleil va bientôt se lever ! Tu ne brûleras pas comme un feu de paille, mais tu ne l’aimeras pas je te le garantie. Et de grâce, arrête de me regarder avec ces yeux de merlan frit.

Je pensai soudainement au sort de ma famille. Qu’allaient-ils leur arriver avec un ou plusieurs vampires dans les environs ? Elle n’était peut-être pas la seule. Et moi ? Et si je ne pouvais m’empêcher de leur faire du mal pour abreuver ma soif que je sentais déjà monter en moi ?

–       Je veux bien te suivre, lui dis-je, mais tu dois d’abord me promettre de ne pas toucher à ma famille.

Évidemment, elle a ri de ma proposition. Elle riait tellement que des larmes de sang lui perlèrent dans les yeux. Elle se reprit rapidement.

–       Ce que tu peux être hilarant. J’oublie parfois combien les nouveaux vampires sont pathétiques. Ne t’inquiète pas. Il n’arrivera rien à ta famille.  Malgré ce que tu pourrais croire ou ce que les légendes rapportent, j’ai comme principe de ne jamais prendre plus d’une fois mon repas dans une même famille. Cela ferait trop désordre et cela attire beaucoup trop l’attention de vos si gentils bobbies. Et comme tu me plais bien, je vais me charger personnellement de leur protection.  Aucun vampire n’osera s’en prendre aux tiens, puisqu’ils sont sur mon territoire. 

Rassuré par son ton bienveillant et son sourire sincère, je la suivis jusqu’à son lieu de repos. Elle me désigna une place où je pourrais dormir à l’abri des rayons solaires. La nuit suivante, je me dirigeai vers ma maison.  Mon cœur hurlait de rage et de désespoir.  Je devais quitter ceux que j’aimais, car j’étais devenu une menace pour eux. 

Je ne pouvais plus vivre chez mes parents, mais je ne pouvais pas partir sans les revoir une dernière fois. Ce ne fut pas facile. Je trouvai une explication plausible pour justifier mon absence de la nuit dernière et je réussis à leur faire croire que j’allais chercher du travail en Amérique, car j’en avais marre des journaux à potins auxquels j’étais condamné ici.  J’avais vingt-deux ans après tout, j’étais assez vieux pour partir de la maison. Mes parents trouvèrent cela un peu soudain, mais ils me laissèrent néanmoins partir avec la promesse de leur écrire. Je partis la nuit même et je me dirigeai vers le port le plus proche.  J’étais à pied et je l’atteignis en un temps record.  J’avais acquis des pouvoirs merveilleux, mais mon corps autrefois bronzé était maintenant d’une blancheur cadavérique.   

Au port, j’embarquai dans un cargo en partance pour l’Amérique.  Je me suis trouvé une cachette dans la cale. Lorsque la faim se fit douloureusement sentir, je pensai attaquer un matelot, mais je me souvins à temps des conseils de Daniella. Je dû me nourrir du sang de quelques rats. Ce n’est pas ce qu’il y a de meilleur tu peux me croire. Ce qui m’a le plus surpris dans ma nouvelle condition fut ma cicatrisation ultra rapide. À la moindre écorchure, la plaie se cicatrisait en quelques secondes. Néanmoins, depuis cette fameuse nuit, je n’ai plus d’amis et j’évite le plus possible les relations intimes avec les femmes humaines. Les quelques fois où je m’y suis essayé, elles en sont mortes, n’ayant pas pu me retenir de les égorger pour m’enivrer de leur sang. Après trois essais, je me suis arrêté, la police s’approchant trop dangereusement de ma trace. Je me suis vite ressaisi et j’ai compris que pour survivre, je devrai me montrer très prudent et apprendre à côtoyer les humains et les humaines sans les réduire en chair à pâté. Je ne me suis jamais résolu à tuer les gens.  Quand je n’en pouvais plus du sang des animaux et que la faim se faisait trop intense, j’assommais des humains, leur prenais une petite quantité de leur sang et je volais leur argent.  J’aime mieux prendre leur bourse plutôt que leur vie.

Je le regardais, les yeux émerveillés. J’étais totalement sous son emprise et pourtant, je sentais bien qu’il y avait aussi une part de moi qui souhaitait ardemment cette emprise et c’est pourquoi je lui dit :

–        Alex…  Je le savais que tu n’étais pas un monstre, car je n’aurais pas pu aimer de nouveau un tel homme.  Je veux vivre avec toi éternellement!  Fais de moi une vampire !

–        Tu es folle !  Il n’en est pas question Lauriane.  Je t’aime trop pour faire une folie pareille, s’exclama-t-il.

Pourtant, je sentais dans sa voix qu’il était ravi de ma proposition. Enfin, il ne serait plus seul.

–        Mais c’est ce que tu voulais faire de moi depuis le début, non?

–        Tu es prête à abandonner tes amies, ta famille, ta vie, la beauté du jour naissant?  Tu ne te rends pas compte de tout ce que tu perdrais.  Et puis tu finirais par me le reprocher.

–        Non, jamais je ne ferai ça.  Tu sais très bien que je n’ai ni famille ni amie.  Je sais ce que je perds, mais je sais encore plus ce que je gagne.  Tu as le pouvoir de m’offrir une nouvelle chance, une nouvelle vie. Je veux pouvoir recommencer ma vie à zéro, avec toi.

–        Bon très bien puisque tu y tiens vraiment.  Approche.  Ferme les yeux.

            Malgré tout, j’étais un peu effrayée.  Sur le coup, je n’ai pas pensé aux conséquences de mon choix, j’aurais dû compte tenu de ce qui m’arrive aujourd’hui. Ce ne fut pas douloureux, pas autant que je l’aurais cru du moins. Après avoir échangé nos sangs, je me sentis exploser d’énergie, comme Alex m’a l’avait décrit précédemment. C’était comme si tout en étant très faible, j’avais une énergie surhumaine.  Une sensation assez grisante.  Puis Alex m’amena dans son sanctuaire.  Une vieille maison en piteux état, dans le fond du bois à côté du parc.  Nous descendîmes à la cave. Celle-ci n’avait pas de fenêtre et le sol était en terre battue.

–                        Bienvenue dans mon humble demeure, jolie vampire, me dit-il en souriant.

–                        Mon Dieu, ça pue !, m’exclamais-je en grimaçant.

–                        Je sais, ne t’inquiète pas.  Ce n’est pas ici que nous dormirons.  Viens.

            Il me prit par la main et il me tira à l’autre bout de la pièce.  Contre le mur du fond, il y avait une porte en bois et de l’autre côté, une autre porte, mais en acier.  Nous pénétrâmes dans la pièce secrète et Alex referma derrière lui. A l’intérieur, il y avait tout ce qu’il fallait pour vivre enfermé pendant des mois, peut-être des années.  Chose surprenante, il y avait un immense lit à l’intérieur.

–        Lorsque je suis entré pour la première fois dans cette pièce un vieillard mort était assis sur une des chaises. Ses mains emprisonnaient une bible. Je suppose que c’est un abri  antinucléaire et que le vieux, croyant la fin du monde arrivée, s’est enfermé à l’intérieur.  Il doit être mort d’une crise cardiaque, je ne sais pas. J’ai trouvé son testament et je l’ai modifié, ce qui ne fut pas bien difficile. On apprend des tas de choses en étant journaliste à potins royaux. Bref, je suis devenu son héritier légal. De toute façon, il n’avait pas famille et léguait tous ses avoirs à diverses œuvres caritatives. Il était riche à crever le bougre. J’ai maintenant assez d’argent pour ne pas avoir à voler mes victimes.

            Alex se rapprocha de moi et me susurra à l’oreille son envie de me faire l’amour.  Même si je n’en avais pas tout à fait envie, je finis tout de même par me laissai convaincre. Je dois dire que je n’ai pas eu à la regretter. Il mit ses mains sur mes hanches et me titilla tendrement l’oreille avec ses dents et sa langue.  Par de petits baisers sensuels, il embrasait mes sens.  Il savait par une sorte de sixième sens, très développé chez les vampires, où me prodiguer ses exquises caresses. 

            Il emprisonna mes mains dans les siennes.  Ses lèvres continuèrent lentement leur descente vers ma gorge, mais elles ne purent aller plus loin, ma blouse de soie leur bloquaient le chemin.  Il entreprit de détacher un à un les boutons de nacre. Ma blouse et mon soutien-gorge tombèrent délicatement sur le sol.  Ses lèvres purent enfin s’aventurer jusqu’à la naissance de mes seins.  Ses mains remontèrent le long de mon corps pour venir les caresser doucement.  Je sens encore ses caresses si douces sur ma peau nue. Me soulevant dans ses bras musclés, il me déposa délicatement sur le grand lit.  De ses mains, sa bouche, ses lèvres, il continua ses caresses, allant de mon visage à mon ventre, sans oublier mes seins qu’il ne manquait pas de torturer délicieusement.

            Le souffle haletant, je me mis à gémir.  Mon corps que je ne contrôlais plus, s’arquait et se détendait sous ses caresses divines.  Tout mon être frémissait de plaisir.  J’étais au septième ciel.   Je ne demandais qu’à rester là, étendue et à subir avec délice et plaisir ses douceurs dont lui seul avait le secret. Nous roulâmes sur nous-mêmes et je me retrouvai sur lui.  Alors, avec un sourire en coin et des yeux remplis de désirs secrets, il sut que j’allais lui en faire voir de toutes les couleurs.

–        Tout doux ma tigresse, me dit-il avec des yeux de velours.

J’avais un air coquin et aguichant qu’il apprendrait à reconnaître rapidement. Je lui enlevai ses vêtements. Puis je commençai mes caresses par son cou, y déposant de sensuels petits baisers mouillés.  Je descendis plus bas, toujours plus bas.  En le caressant avec mes mains et mes lèvres, je parvins à son jardin secret, là où pousse l’arbre de la vie.  J’entrepris de le faire jouir.  Montant et descendant, allant et venant.  Juste avant le point culminant, je m’arrêtai brusquement et le regardai d’une drôle de manière.  Déception et frustration se peignirent sur son beau visage.  Je désirais le faire souffrir un peu, un tout petit peu. Il me supplia gentiment de continuer et j’obtins de lui toutes les promesses, tous les serments irrévocables d’un amoureux transi.

            Je recommençai mes manoeuvres et un splendide sourire illumina son visage d’ange des ténèbres. Il se rallongea près de moi et je continuai mon petit manège, mais cette fois-ci sans m’arrêter. Mon amant serrait et desserrait ses poings tout en lâchant de petits soupirs d’extase. Le fruit de la passion en avait encore pour un petit moment avant de renaître de ses cendres comme le phénix, mais l’esprit d’Alex était encore avide de chairs tendres. Moi, j’en voulais encore, j’en voulais toujours plus. Il m’embrassa avec fougue et c’est avec une passion inassouvie que nous fîmes l’amour. 

            Il embrasa mon corps et mon âme avec ses mains si agiles. En me caressant, il atteignit ma forêt secrète, là où la vie, chez les humains, grandit  Ses doigts y trouvèrent le bouton du plaisir charnel.  Le caressant dans un sens, puis dans l’autre jusqu’à ce qu’un plaisir évident se peigne sur mon visage. Avant que ma jouissance fût à son comble, il s’arrêta quelques instants, puis il recommença.  Je gémissais de plaisir sous la caresse de ses doigts experts.  Sa langue vint prendre la place de ses doigts, mais pas pour longtemps. Puis enfin, une sensation extraordinaire m’envahit, me donnant le vertige tant elle était sublime. 

            Voyant qu’il ne pourrait plus rien retirer de ce petit bout de chair, ses doigts s’introduisirent dans le tunnel du plaisir. Ils fouillèrent un coin puis l’autre pour trouver enfin l’endroit idéal.  J’haletais, roulais des yeux, mon corps s’arquait sous l’effet d’un tel plaisir.  Puis je me détendis, à moitié satisfaite. L’arbre de vie était de nouveau en forme, il enleva ses doigts de la caverne aux milles plaisirs et y introduisit à la place son membre vigoureux.  Montant et descendant, allant et venant, l’orgasme vint. L’extase suprême ! Les vampires semblent doués pour les plaisirs de la chair. Puis nous nous reposâmes quelques minutes. Néanmoins, après ce repos bien mérité, nous recommençâmes nos jeux érotiques.

            A la fin, la fatigue nous terrassa. Seulement voilà, un autre genre de faim nous tenaillait maintenant.  Nos estomacs réclamaient leurs nourritures.  Sur la table de chevet près du lit, il y avait deux coupes remplies d’un liquide rougeâtre. Alex les y avait déposées avant que nous commençâmes à nous amuser. J’en pris une et lui donnai l’autre.  Nous bûmes avidement le liquide onctueux, puis remettant les coupes à leur place, nous nous regardâmes avec désir, un tout autre désir.  Une idée germa dans mon esprit.  Je sus qu’il avait la même.  Nous nous rapprochâmes, nous nous mordîmes le cou l’un l’autre pour sucer le sang de la vie éternelle, l’élixir de vie des damnés.  Cela fut délicieux, encore plus qu’avec un humain. Nous fîmes souvent l’amour après cette nuit.  Nous ne prenions aucune précaution, car les vampires sont stériles et ne peuvent attraper les maladies physiques des mortels.

            Pendant deux semaines il m’apprit tout ce qu’il savait à propos des vampires et bien d’autres choses encore.  Je devins habile à piéger les humains et les animaux.  Cependant, je ne voulais pas tuer des êtres humains. Je ne voulais pas devenir une meurtrière et un monstre assoiffé de sang.  Ce fut avec soulagement qu’Alex me montra à boire le sang des humains tout en leur laissant la vie sauve.  Évidemment, nous nous arrangions pour qu’ils n’en gardent aucun souvenir.

CHAPITRE 2

            Au crépuscule du six octobre, je me réveillai brusquement.  Je sentais par tous les pores de ma peau que la nuit était tombée. Mais il était encore tôt et Alex dormait encore. Je percevais une présence près de moi. Je me tournai vers Alex, toujours endormi, mais ce n’était pas sa présence que je sentais, c’était quelqu’un d’autre. Je percevais cette personne ou cette chose comme étant très loin de moi, mais en même temps très près. Je me levai et me dirigeai vers le miroir. Je fus surprise d’y voir mon reflet. 

            C’était la première fois que je me regardais dans un miroir depuis que j’étais devenue vampire.  Si je ne l’avais pas fait plutôt c’était parce que j’avais peur de ne pas voir mon reflet. Les vieilles légendes ont la vie dure. Alex m’avait pourtant rassurée à ce sujet. Je ne sais pas pourquoi, je ne l’avais pas cru.  En me regardant plus attentivement, je m’aperçus d’une différence cruciale entre ma peau et celle d’Alex. A l’état humain, ma peau était habituellement assez pâle, même en été, mais maintenant, elle était foncée !  Comme si je vivais sous le soleil des tropiques.  Bizarre !  Avant, je devenais aussi rouge qu’un écrevisse dès que je restais plus d’une heure au soleil.

            Mes cheveux aussi n’étaient pas dans leur état normal. J’ai toujours eu les cheveux bruns foncés, presque noir, mais là, la racine de mes cheveux était devenue d’un roux vif !  Et non seulement ils avaient changé de couleur, mais ils avaient poussé jusqu’à mi-dos, alors que la nuit précédente je les avais encore à la hauteur des épaules !  Chose non seulement incroyable, mais impossible chez les vampires.  Puisque lorsque l’on devient vampire, on arrête de grandir, de vieillir, nos cheveux et nos ongles ne poussent plus, sauf si on les coupe.  A ce moment-là, en quelques minutes, ils reprennent leur longueur d’origine. Étais-je normale?  Je n’en avais aucune idée, mais j’étais très inquiète. Je tournai la tête vers Alex, il dormait encore. Je m’habillai, sortis de la cave et montai au deuxième étage de la maison. C’était la première fois que je montais au deuxième.  Je ne m’étais jamais préoccupée de l’explorer avant cette nuit-là. 

            L’une des pièces était une jolie chambre bleue avec un tapis à longs poils blancs au pied d’un lit à baldaquin.  Contre le mur, il y avait un bureau de travail et une chaise.  Près du lit immense, une table de chevet. Le tout était légèrement délabré et très poussiéreux, mais avec un peu de travail et d’entretien, elle reviendrait rapidement à son état d’origine. Depuis cette nuit, j’ai fait mienne cette chambre. Elle est parfaite pour moi.  Elle est la chambre que j’ai toujours rêvée d’avoir. Dans ma famille d’accueil, nous étions quatre enfants dans une petite chambre et tout était lugubre et austère; pas d’intimité, pas de couleur et presque pas de décoration. 

            J’entrai dans la chambre et refermai la porte derrière moi.  Je m’approchai de la fenêtre et l’ouvrit pour aspirer de l’air frais.  Par la fenêtre ouverte, on distinguait la pleine lune.  Cette lumière me semblait si attirante, si belle dans le ciel étoilé. Je songeais à ma nouvelle vie, aux transformations si curieuses de mon corps.  La porte s’ouvrit, c’était  Alex.  Il entra, marchant comme toujours avec assurance, sûr de lui.

–        Que fais-tu ici ?, me demanda-t-il doucement.

–        Quand je me suis réveillée, j’ai senti une présence et je suis partie à sa recherche.

Il me scruta soudainement, les yeux ronds comme des soucoupes.

–        Mais qu’est-ce t’as fait à tes cheveux?  Pourquoi les as-tu teints seulement à la racine?  Tu as l’air ridicule, s’exclama-t-il.

Puis se reculant de quelques pas, il me regarda de haut en bas.

–        Mais tu as grandi ! D’au moins dix centimètres !  Ça ne se peut pas, hier encore tu étais plus petite que moi et maintenant tu es presque de ma grandeur !  Mais tes cheveux ont  poussés… Incroyable…, finit-il par s’exclamer puis il resta sans voix.

Moi-même surprise de mon apparence, je le laissai m’observer sans dire un mot.  Pendant près d’une heure, il ne cessa de marmonner. Répétant sans cesse les même mots : «Incroyable…Impossible…N’est jamais arrivé à aucun vampire…Comprend pas…».

–        Ce n’est pas normal, n’est-ce pas? Qu’est-ce qui m’est arrivé? Pourquoi est-ce que j’ai grandi ? Pourquoi mes cheveux poussent-ils et deviennent-ils roux?, dis-je d’une voix aiguë, au seuil de la panique.

–        Calme-toi Lauriane, je vais faire des recherches. Mais si tu te sens bien, ce n’est probablement pas grave. 

Essayait-il de se convaincre lui-même ? Moi, je n’étais pas convaincue en tout cas.

            Je percevais une présence aimante près de moi, et je savais que ce n’était pas Alex. Je sentais aussi mon énergie vitale augmenter lorsque j’observais la lune. Pendant deux mois, Alex fit son possible pour découvrir la cause de ces changements. Mais il ne trouva rien et laissa donc tomber ses recherches puisque les conséquences n’étaient pas bien graves selon lui.

            Il y a une semaine, grâce à mes dons psi qui ont considérablement augmentés depuis quelques temps, j’ai finalement trouvé ce que j’avais.  Je m’en doutais un peu, mais cela fut pour moi une immense surprise. Quand je fus certaine, j’achetai aussitôt tous les livres sur le sujet.  Je ne peux pas consulter les médecins humains, cela serait beaucoup trop dangereux. Je connais à peine moi-même ma nouvelle constitution alors je ne sais pas quoi faire et je ne connais pas d’autres vampires, à part Alex et Daniella.  

            Alex m’a parlé très souvent d’elle et de l’endroit où elle demeurait. Alors je suis allée la consulter. Je me suis rendue en Angleterre et j’y suis restée une semaine. J’ai fini par la retrouver.  Elle m’a très bien accueillie lorsqu’elle a su de qui j’étais issue. Je lui ai parlé de ce que j’avais découvert, elle ne m’a pas cru, m’expliquant de long en large que chez les vampires c’était une chose impossible.

            D’un geste doux, elle a pris ma main, l’a retourné et a appuyé  sa paume contre la mienne.  Elle a su instantanément que je disais la vérité. Déjà de son vivant, Daniella était une femme hors du commun, appelé « la sorcière » dans son village. Les pouvoirs psi qu’elle avait dans son ancienne vie, empathie, télékinésie, voyance et encore bien d’autres que je ne connais pas, se sont énormément accrus lorsqu’elle est devenue vampire. Mes pouvoirs à moi sont devenus plus puissants depuis quelques temps. Mais, ils ne sont pas aussi forts que ceux de Daniella. Cependant en ce qui concernait mon problème, c’était la première fois qu’elle entendait parler d’une chose pareille. Et pourtant elle avait trois cents ans !  Malgré tout son savoir et ses pouvoirs, elle ne pouvait rien faire pour moi, à part faire des recherches.  Elle me conseilla seulement d’attendre et d’en parler avec Alex.  Je l’ai chaleureusement remerciée et je suis retournée à la maison. 

CHAPITRE 3 

            Je suis arrivée chez moi il y a trois nuits.  Je n’ai rien dit à Alex de ce que j’avais découvert.  De ma rencontre avec Daniella, je lui ai seulement dit qu’elle n’en savait rien. Ce qui est la stricte vérité.

            Au début du mois, je vidais littéralement trois humains de leur sang par soir ! Normalement les vampires, même les plus gloutons, se satisfont d’un seul. Je me foutais qu’ils vivent ou qu’ils meurent, je ne me contrôlais plus. Heureusement, cette phase ne dura que trois nuits. Maintenant, je mange à peine assez pour ne pas entrer ne hibernation. Pourtant j’ai beaucoup d’énergie, je dirais même qu’elle a considérablement augmentée. Je suis en pleine forme. Je me sens forte, je suis capable de faire des choses extraordinaires. J’ai même battu Alex à la course ! Et je peux voler ! N’est-ce pas incroyable ? Alex dit qu’il n’y a que les très vieux vampires qui peuvent le faire. Cela l’inquiète un peu je crois. Il n’aime pas que je sois plus puissante que lui. Ah les hommes, tous les mêmes… Qu’ils soient vampires ou humains n’y change pas grand-chose au fond.

            L’avenir m’inquiète aussi, car il n’y a pas de précédent. Daniella me l’a confirmé. J’ai maintenant les cheveux entièrement roux. J’ai encore grandi de deux centimètres. J’espère que cela s’arrêtera. Cela peut vous sembler bizarre, mais je ne veux pas mesurer deux mètres et être plus grande que mon compagnon.

            Aussi, la lune m’obsède de plus en plus. J’ai toujours envie de la regarder, d’être exposée à ses rayons. Même lorsque je dors, je rêve d’elle. Je suis attirée par elle, je sens qu’elle me donne de l’énergie et qu’elle me parle parfois. Mais peut-être que ce n’est pas elle.

            Oh et puis tout cela est la faute de mon ancien petit copain ! Je ne sais pas comment l’annoncer à Alex… Je ne sais pas comment lui dire que je suis enceinte…

Publicités

2 réflexions sur “Mutation Interdite

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s