Un nouvelle aube – Huitième page


Voyant qu’ils étaient sincères, Paul raconta également sa version des faits. Puis il arriva aux détails plus… inquiétants.

–          Quand ce bordel est arrivé, le gros tremblement de terre je veux dire, mes deux gars et moi, on est tout de suite allé voir les animaux. Fallait vérifier si tout était correct. On a des poules, quelques vaches, des veaux et quelques cochons. Juste assez pour nous occuper sans tomber dans la grosse entreprise. Les animaux étaient corrects. Il y avait bien quelques dégâts matériels, mais rien qui ne se répare pas vite fait. Mais les animaux étaient ben nerveux. Je les ai jamais vus dans un tel état avant.

Paul prit alors une gorgée de bière pour se donner de la contenance semblait-il.

–          Mon grand est sorti voir en arrière de l’étable et là… Il a vu une grosse masse de brume se former dans le bois en arrière des champs. Ça avançait vite ! Ben plus vite que de la brume normale. Il nous a averti, Gilbert (mon plus jeune) et moi, et on est allé voir de plus près. On a marché dans le champ jusqu’à la lisière du bois, là où commençait la brume. On a vu tout de suite des petits animaux morts sur la lisière. Ils étaient en bon état, mais mort. Mon grand… André… il est entré dans le petit bois et on l’a suivi. L’air était un peu embrumé et ça sentait pas comme d’habitude. Il y avait de quoi dans l’air de pas normal. On est resté sur nos gardes et on n’était pas certain si on devait aller voir plus loin. On voyait des animaux morts plus loin devant nous, mais ils étaient presque cachés par la brume. André… a voulu aller les voir. Il s’est bien avancé dans la brume. On le voyait presque plus. Il… Il avait jamais peur de rien mon André.

Paul avait maintenant des sanglots dans la voix, bien qu’on voyait qu’il faisait tout ce qu’il pouvait pour ne pas le montrer.

–       André nous a crié qu’un renard avait été à moitié dévoré par il ne savait pas quoi, mais c’était vraiment pas beau à voir il a crié. Puis on a tous entendu un grondement, un hurlement bizarre. Un cri d’animal comme j’ai jamais entendu avant. Pis je me connais en animaux de ferme ou en ce qui court dans nos bois. Là, j’ai crié à André de revenir vite. André était pas loin, on voyait distinctement sa silhouette, mais on dirait que la brume avalait les sons. Pis là, on a entendu un gros bruit comme des arbres qu’on fait tomber, un autre hurlement ou grondement bizarre et on a vu… une immense ombre juste derrière André. On lui a crié encore de revenir. Mais…l’ombre l’a prit dans… sa gueule et l’a emporté. On l’a entendu hurler de douleur quelques instants, puis… plus rien.

Paul pleurait maintenant à chaudes larmes. Son visage en était tout trempé. Sa femme Harriette qui pleurait aussi, lui a tendu un mouchoir. Paul s’est essuyé les yeux et s’est mouché bruyamment. Mon père, Richard et mon oncle Louis ont regardé Paul drôlement. Ils avaient bien de la difficulté à croire ce que Paul leur avait raconté, mais force était d’admettre que cette histoire mettait le gros Paul dans tous ses états. Et ça ne semblait pas dans ses habitudes. Après s’être repris un peu, Paul a repris son histoire.

–          Gilbert et moi, on était comme gelé quand on a vu la bête derrière mon André. Mais quand elle l’a pris, là, on est parti à courir vers la maison, le plus vite possible. On est sorti de la brume à toute vitesse et pas loin derrière l’étable, on s’est pris tous les deux d’une grosse quinte de toux et on a craché du sang.

Le gros Paul reprit son souffle et regarda les trois étrangers dans les yeux.

–          C’te brume là est pas normale. Elle est toxique. C’est pour ça qu’il y avait des petits animaux morts sur la lisière. Nous on est plus gros, plus grands que des écureuils alors ça pris plus de temps avant de nous affecter. Mais si on était resté plus longtemps dans la brume, c’est sur qu’on serait mort à l’heure qu’il est. Mais c’est pas la brume qui a tué le renard, pis c’est pas la brume qui a pris mon André. Je sais pas ce que c’est, mais ça vient pas d’icitte, ça vient pas de notre monde, c’est moi qui vous le dit ! Si cette chose-là respire la brume, elle viendra pas dans notre air. Elle doit le sentir que c’est mauvais. Mais une chose est sûre. Si la brume avance, ce qu’elle ne semble pas faire pour l’instant, ma famille et moi on s’en va. Je sais pas où encore, mais c’est certain qu’on criss notre camp.

–          Là les gars, je vais vous demander de partir et d’avertir Wayne et votre famille de ce qui se passe dans la brume. Et préparez-vous à partir si jamais ça avance. Si ça arrive, je vais essayer de vous prévenir, mais je vous promets rien. Ce qui est sûr, c’est qu’on fait le guet depuis qu’on est revenu. C’est mon voisin Arthur qui guette, il est en haut dans le grenier. Il habite sur la Seigneuriale. Il a pas de famille et il était venu nous aider avec le fumier des vaches. On l’embauche de temps en temps. C’est pour ça qu’il est icitte avec nous autres. En haut, les fenêtres donnent directement sur le bois, sur la brume et sur la New Erin. On veut le savoir si elle vient, si elle avance parce qu’il est pas question qu’on reste sur son chemin. Dites-le à Wayne.

Mon père se leva.

–          Ok. Je suis pas certain de croire à toute votre histoire, mais il y a tellement de choses étranges qui se passent en ce moment. On va se tenir prêt et avertir notre famille. Savez-vous à partir d’où sur la New Erin la brume commence ? Et les autres voisins alentour, avez-vous des nouvelles ?

–          Il y a une autre famille plus loin, pas loin avant la Seigneuriale, mais ils sont pas chez eux. Ils sont en vacances dans le sud pour la semaine. À Cuba je pense ben, ils y vont à chaque année. À voir ce qui arrive ici, je pense pas qu’ils vont revenir. Quand on regarde par la fenêtre du grenier, la brume commence quand New Erin s’arrête et qu’on tombe sur la Seigneuriale. Il y a plusieurs maisons là-bas, mais j’ai pas pris le risque d’aller voir. Pas après ce qui est arrivé à mon André.

–          Pis là, le grand là, c’est Jérôme.

Et Paul pointa le grand homme, le plus vieux, derrière lui.

–          C’est le plus proche voisin de Wayne, mis à part les St-Onge de qui j’ai pas de nouvelle. Jérôme est comme vous, il est venu voir ce qui se passait. On pensait peut-être s’en allez chez eux pour être plus loin de la brume et de la chose, mais je veux pas laisser les animaux seuls. On sait pas combien de temps tout ça va durer, on pourrait en avoir besoin pour manger, pis c’est pratique pour le lait.

C’est mon oncle Louis, en se levant à son tour, qui demanda si les St-Onge étaient ceux qui habitaient juste en face de Wayne. Paul lui répondit par l’affirmative et Louis l’informa alors de leur absence.

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Une réflexion sur “Un nouvelle aube – Huitième page

  1. Toujours du suspense, à chaque page que tu écris on a hate à la suite.
    La brume me fait penser à celle dans LOST.
    Vont-ils déménager ou seront-ils protégés par un champ de force créé par les étranges pouvoirs
    des trois soeurs? ou par la tour d`orgonite construite par Wayne suite à la demande de sa
    femme(qui protège 1km tout autour du ciel et sous la terre)?

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