Le Torrent


Voici une petite histoire que j’ai écrite il y a bien longtemps et pour laquelle j’ai gagné le troisième prix dans un petit concours de nouvelles littéraires. Bonne lecture.

1er mai

 Cher journal,

 Aujourd’hui, je suis allé faire mon épicerie pour la semaine. Au supermarché, pendant que je me demandais quelle sorte de soupe j’allais acheter, une jolie jeune femme m’a abordé. Elle s’appelait Cindy et comme elle me plaisait énormément, je l’ai invitée à souper au restaurant. Elle a dit oui. Nous avons mangé tous les deux en tête-à-tête à la Casa Grecque, rue Prince-Arthur. Cindy fut de charmante compagnie. Je lui ai proposé, après le repas de venir faire un tour dans mon nouveau petit bijou (ils viennent juste de me le livrer). Elle a accepté avec joie. Je l’ai emmené dans mon nouveau jouet et nous avons fait l’amour, évidemment. Mais je me suis aperçu rapidement qu’elle simulait. Cela m’a enragé qu’elle se permette une telle chose avec moi, mais je lui ai bien caché. Alors nous sommes partis, histoire de s’amuser un peu et puis j’avais besoin de changer d’air. C’était la première fois qu’elle voyait de près une aussi belle mécanique. Il va s’en dire que je me suis vite lassé d’elle. Je lui ai donc demandé de partir, mais elle ne voulait rien savoir. Elle croyait que je plaisantais. Elle me criait de la lâcher, je l’ai giflée. Sonnée, elle a quand même continué à se débattre; j’ai ouvert la porte et je l’ai jetée dehors.

 JOURNAL DE MONTREAL,   2 mai

 Le corps d’une jeune femme a été repêché ce matin dans le fleuve St-Laurent. Le cadavre fut trouvé sous le pont Jacques-Cartier. Le corps ne portait aucune blessure. La police a conclu à une noyade.

 

 8 mai

 Cher journal,             

J’ai fait une rencontre, ce matin dans le Quartier Latin. Au cinéma plus précisément. Il s’appelait Armand. Beau garçon, vingt ans, cheveux et yeux bruns, un mètre quatre-vingt. Bref, tout à fait mon genre ! Lui aussi, je l’ai emmené faire un tour dans mon bijou. Il a beaucoup apprécié jusqu’au moment où je lui ai prié de partir. Lui aussi n’a pas voulu. Étrange comme les gens ne veulent jamais partir quand je le leur demande gentiment ! Mais là je ne pouvais pas employer la force pour le faire sortir, j’ai dû ruser. Il me criait que j’étais fou, qu’on devrait m`enfermer dans un asile. Mais que pouvait-il comprendre à ma philosophie, puisque j’étais, et je le suis toujours, plus intelligent que lui ! Mon couteau était-là, juste derrière mon siège en cas de besoin. Je lui ai dit d’ouvrir la porte, il a obéi. Je lui ai laissé le choix : tâter de ma lame, ou… il n’était pas convaincu. Une estafilade au visage et un bon coup de pied l’ont expédié dehors. J’espère que je ne le reverrai jamais, je déteste salir mes banquettes neuves.

 JOURNAL DE MONTREAL,    9 mai

Ce matin, les policiers ont découvert le corps d’un jeune homme, d’une vingtaine d’années. Le cadavre avait subi de multiples fractures et fut retrouvé au fond d’une ruelle, près de la rue Papineau. Les inspecteurs du SPVM ont commencé leur enquête, mais ils n’ont trouvé aucun indice sur les lieux. Nous ne connaissons pas encore l’identité de la victime.

 

25 mai

 Cher journal,

 J’ai emmené ma voisine faire un tour dans ma nouvelle acquisition. A un moment donné, j’ai voulu l’embrasser, mais elle a fait des manières. Comme les femmes sont difficiles de nos jours ! Son refus m’a mis dans une telle colère que je l’ai mise à la porte ! Comment a-t-elle pu me faire un tel affront, moi qui avais toujours été si gentil avec elle ? En tout cas… Une chose est sûre, c’est qu’elle ne viendra plus jamais dans mon amour de petit bijou. Quel dommage ! Gâcher une ballade alors que la journée s’annonçait si belle. Tant pis !

 JOURNAL DE MONTREAL,  26 mai

Un corps a été découvert ce matin.  Celui-ci gisait sur le toit d’un édifice à logement. C’est un concierge qui se trouvait sur le toit de l’immeuble voisin en train de faire des réparations qui l’a aperçu. Les policiers font leur enquête, mais ils n’ont toujours aucun indice.

 

Le sergent Jacques Boulet était en train d’écrire son rapport sur le troisième meurtre, lorsque le lieutenant David Martin entra dans son bureau. Ils se regardèrent dans les yeux, l’air méchant, puis ils éclatèrent de rire comme deux vieux copains.

–          Qu’est-ce que tu fais ? demanda David à Jacques.

–          Qu’est-ce que tu crois ? J’écris mon rapport sur le meurtre. Que veux-tu que je fasse d’autre, puisqu’on n’a pas d’indice, répondit Jacques en baissant les yeux sur l’écran de son ordinateur.

–          Cette affaire m’inquiète, dit le lieutenant, c’est la première fois que je vois ça. On a trois meurtres sur les bras et on n’avance pas. C’est le néant. Est-ce qu’il y aurait un lien possible entre ces trois assassinats?, demande le lieutenant.

–          Non… Rien qui ressemble à un meurtrier en série pour l’instant.

 

15 juin

 Cher journal,                  

Ce midi, les policiers sont venus m`interroger à propos de ma voisine. Sa mère s’inquiète parait-il. J’ai répondu à leurs questions banales, de façon tout aussi banale. Ils m’ont cru et dès qu`ils sont partis, je suis sorti me promener. Un jeune garçon dans le parc m’a demandé une cigarette et je lui ai proposé un petit tour. Je l’ai laissé examiner ma petite merveille, mais il a commencé à me poser de drôles de questions sur ma vie sexuelle. Je l’ai tout de suite mis à la porte, il m’embêtait. Les jeunes de nos jours n’ont vraiment plus de respect pour leurs aînés.

 JOURNAL DE MONTREAL, 16 juin                      

Vague de meurtres non élucidés. Le corps d’une autre victime du mystérieux meurtrier a été trouvé au petit matin près de la croix sur le Mont-Royal. L’enquête des policiers piétine, ils n’ont arrêté aucun suspect pour ces meurtres.

24 juin

Cher journal,              

Ce soir, j’ai enlevé une femme qui faisait son jogging, dans le parc, près de chez moi. Lorsqu’elle a deviné mes intentions, elle a aussitôt commencé à crier. Mais je l’ai vite fait taire en l’assommant avec une matraque que j’avais apportée. Puis, je l’ai emmenée dans ma petite machine et j’ai attendu calmement qu’elle se réveille. Lorsqu’elle a repris conscience, elle a recommencé à hurler sans que j’ai eu le temps de lui parler. Alors je l’ai jetée dehors, elle était beaucoup trop bruyante !

Jacques et David entrèrent ensemble dans la chambre d’hôpital de la dernière victime, qui par miracle avait survécue.  Celle-ci se trouvait à l’hôpital Hôtel-Dieu, de Montréal. 

–          Cette femme est vraiment dans un triste état, remarqua le Sgt Boulet.

–          Mais elle est en vie et c’est notre seul témoin, lui répondit le Ltd Martin.

Tout à coup, la dame se réveilla en sursaut et commença à crier le mot «Torrent».  Les infirmières arrivèrent et firent tout ce qu’elles pouvaient pour la calmer. Le médecin de garde lui administra finalement un calmant et la femme se rendormit comme une marionnette coupée de ses fils.

–          Est-ce qu’on peut l’interroger ? demanda David au médecin.

–          Vous n’en tirerez rien de cohérent… elle hurle dès qu’elle se réveille.  Cette femme a subi un profond traumatisme psychique et de très nombreuses fractures. Son cœur menace de  lâcher à tout moment, lui répondit le médecin.

–          Alors elle ne pourra pas témoigner ? demanda Jacques.

–          Sûrement pas. Je serais très surpris qu’elle s’en sorte. Pauvre femme… Nous l’avons opéré d’urgence dès qu’elle est entrée à l’hôpital, mais il restait bien peu à réparer. Ses organes vitaux sont très atteints. On ne peut rien faire de plus pour le moment. Seul le temps ni dira si elle survivra aux prochaines vingt-quatre heures, répondit tristement le médecin.

 Déçus et écoeurés, David et Jacques sortirent de la chambre.  Pendant le trajet de retour, Jacques fit part à David du malaise que lui inspirait cette affaire.   

La fin de semaine suivante, le lieutenant David Martin, qui était en congé, se promenait dans le parc du Mont-Royal et observait les oiseaux avec ses jumelles lorsqu’il entendit un son lointain.  Il leva les yeux vers le ciel et il vit un petit avion blanc.  Par simple curiosité, il ajusta ses jumelles et ce qu’il observa le cloua sur place.  Les mots «LE TORRENT» étaient inscrits sur la queue de l’avion.

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10 réflexions sur “Le Torrent

  1. Je me souviens bien de cette nouvelle, tu étais donc prophète sur un événement (film) qui allait sortir au cinéma des années plus tard!!!! Qui viendra rire de moi maintenant avec mes propres écrits? Je crois qu’on a tous ce potentiel mais on y croit pas, ou cela ne donne rien d’en parler, ou on est impuissant à changer quoi que ce soit.

  2. Allô! J’ai aussi bien aimé ta nouvelle. Au fait dans le film Bon cop bad cop on balance un cadavre d’un hélicoptère au début alors c’est faisable.

    Pour ce qui est d’être publiée, je suis comme toi, incertaine et craintive, ou pire. Nous en avions parlé l’an passé. Mais depuis quelques années je lis les blogs d’autres auteurs, j’apprivoise le domaine, je vois ce que les autres font et où ils publient, et ça devient de plus en plus réaliste. Au printemps j’ai participé à un concours de nouvelles informel sur un blog, les milles mots de l’ermite (L’ermite de Rigaud), et j’ai été parmi les 10 finalistes sur plus d’une quarantaine. C’était la première fois que je me risquais à terminer une nouvelle, et j’étais contente du résultat et des commentaires obtenus. Ce qui ne m’empêche pas d’être toujours intimidée par les écrits des autres, mais petit à petit on va y arriver. En se fixant un objectif à la fois, c’est réaliste, alors continue!

    1. Oui c’est vrai, je me souviens de la scène de l’hélico, au début.
      Oui je comprend ta crainte de la publication. C’est un peu comme le syndrome de l’imposteur parfois, comme si on était jamais assez bon. Mais des fois tu lis des livres que d’autres auteurs ont publiés et c’est parfois franchement plate ou mauvais ou sans intérêt. Mais j’imagine qu’il y a des lecteurs pour tous les genres d’écrivains. En fin de semaine, je relisais certaines de mes vieilles nouvelles que je n’ai pas encore mises sur mon blogue (elles ne sont pas terminées), et vraiment je les ai trouvé très bonnes ! Ça me surprenait moi-même. Tu te relis et tu te dis : «wow ! c’est moi qui ait écrit ça ! Je suis donc bien bonne !» Hahahaha Un peu t’autogratulation fait du bien parfois. Donc il faut continuer nos écrits.

  3. D’après moi, oui il y a des héli avec des portes ouvertes ou pas du tout, s’il dépose le corps très prêt, fait un genre de u-turn et voilà 🙂
    Mais il faudrait oui je crois faire des recherches avions/héli ou autre plus approfondi 🙂
    C’est vrai c’est énervant héhé mais faut oser et foncer, un petit pas à la fois!
    Si tu veux m’ajouter sur atramenta http://www.atramenta.net/profile/jane-hawkins/24473
    Bonne journée!

  4. Je disais qu’il ne s’assumait pas parce qu’il ne raconte pas ses meurtres, il dit je l’ai fait sortir au lieu de dire je l’ai frappé à mort, je l’ai liquidé, ou autre 🙂 un meurtrier qui s’assume il raconte ses meurtres, il est fier etc etc mais peut-être que ça se peut un meurtrier qui ne s’assume pas tsé, il n’a pas peur de tuer mais il a peur des mots parce que ça rends vrai ses actes.

    À seize ans? 🙂 c’est génial!

    Mais oui, elle est pas poche ta nouvelle! Je l’aime bien même, je ne disais pas cela, j’espère que je ne t’ai pas offensé!!??

    C’est difficile d’avoir des personnages hyper développés et crédibles avec les nouvelles! C’est pour ça qu’on pourrait toujours les allonger, les complexifiés….Moi j’en écrit pas alors je trouve que tu fais du bon travail et que tu écris bien!

    As-tu déjà été publié?

    1. Je ne sais pas s’il s’assume ou pas. J’y avais pas pensé. Mais je peux dire que oui, il a peur des mots, des pouvoirs qu’ils ont. Je crois même qu’il doit avoir très peu de culture générale. Pas illettré puisqu’il écrit un journal intime, mais inculte peut-être.
      Ben non tu ne m’as pas offensé ! Quelle idée.
      Non, mis à part le Sans Papier, je n’ai jamais été publié. Mais j’y pensais hier soir et je suis allée voir quelques sites de magazines de SF et l’angoisse m’a serré le coeur. Je ne sais pas si je suis prête à être publiée. Bizarre non. Je sais que j’écris relativement bien, mais est-ce suffisant ? Il y a tellement d’appelés et peu d’élu, que j’ai peur je crois de ne pas être à la hauteur. Encore une mentalité de victime, je sais bien… Faudrait que je me lance, mais je ne sais pas quelle choisir. Laquelle est meilleure que les autres. J’avoue que j’ai un petit faible pour Le diner de Big Bob et Une nouvelle aube aussi et aussi Face au Mal. Il y en a une autre aussi qui a beaucoup de potentiel, une de science-fiction, dans l’espace, mais elle n’est pas terminée. C’est mon dilemne, laquelle choisir pour la retravailler et la rendre encore meilleure, pour ensuite la proposer à des éditeurs ?

      1. Pour l’avion.. un hélicoptère aurait peut-être plus de sens?

        Moi je m’dis que Stephen King est pas né auteur, qu’y’a plusieurs auteurs qui n’ont pas été publié avant longtemps comme Mary Glickman, qu’y’en a que leurs travailles sont considéré seulement après leurs morts, etc etc il faut commencé quelque part 🙂

        Si tu veux tu peux jeté un coup d’oeil au site atramenta (http://www.atramenta.net/) tu peux publié en ligne gratuitement et les gens t’écrivent des commentaires et tout..

        Je vais aller lire tes nouvelles et je te ré-écris 🙂

      2. Je ne crois pas. Est-ce qu’un hélicoptère à un pilote automatique ? Est-ce que le pilote peut se permettre de lâcher le manche ? Je pense pas. Un petit avion, vole pas trop haut, pas trop vite, s’il a fait installer des portes coulissantes ça irait surement mieux. Je pourrais ajouter ce détail.
        Merci pour Atramenta ! Je me suis inscrite.
        Quand même ça me stress de me publier. Mais je me dis tout le temps : n’ais pas peur de ce que tu es, n’ais pas peur de ce que tu écris. Mais c’est comme un grand saut dans l’inconnu et ça m’angoisse un peu. Mais en même temps, c’est énervant dans le bon sens du terme.
        Bon, je vais finir Nouvelle aube aujourd’hui.

  5. Ok, je suis peut-être fatiguée… après tout il est 1r30 du matin mais je croyais que le meurtrier ne s’assumait juste pas mais si j’en comprends la fin, c’est d’un avion que tous ces morts sont tombé?? 🙂

    1. En effet, il est égocentrique, psychopathe et que sais-je d’autres. C’est un méchant un peu facile, pour faire une nouvelle plus longue avec, je devrais le développer davantage. En effet, j’avais tenté de publier cette nouvelle il y a au moins 10 ans, peut-etre même 15, et l’éditeur m’avait répondu non, parce que justement le meurtrier n’était pas assez crédible et l’intrigue pas assez bien assemblée. Avant de la mettre sur mon blogue, je l’ai légèrement retravaillé et effectivement, il y avait des invraissemblances que j’ai modifié. Mais quand même, j’avais juste… 16 ans que je l’ai écrite, alors je suis un peu indulgente envers moi-même.

      Mais oui, en effet, les victimes tombent bien d’un avion. Un petit avion évidemment. Mais est-ce vraiment possible dans la réalité ? Faudrait qu’une fois en l’air, il le mette sur le pilote automatique pour avoir les mains libres pour blesser les victimes et ouvrir la porte côté passager suffisamment pour les faire tomber. C’est un bon concept je pense, il a du potentiel, mais je pourrais certainement le travailler davantage.

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