Face au Mal


Voici une petite nouvelle que j’ai publié dans Les Chroniques de la trentaine dans le Sans Papier de la TELUQ en septembre dernier : http://benhur.teluq.ca/wordpress/sanspapier/chroniques/espace_prive/espace3_0911/

Je ne sais si cette histoire finira là ou si je la continuerai… À suivre.

Dans une immense tour à bureaux, deux jeunes femmes circulaient quelque part entre le vingtième et le vingt-troisième étage. Ces quatre étages étaient encore en construction ou tout simplement inoccupés. La prochaine location devait se faire le mois prochain et couvrir le vingtième et le vingt et unième étage. Une partie du vingt et unième étage était cependant déjà occupée, mais depuis peu. C’est là que les deux jeunes femmes se rendaient. Les étages 22e et 23e resteraient encore inoccupés quelques temps puisqu’ils étaient encore en construction. Pour une raison un peu obscure l’entrepreneur avait terminé le sommet de l’édifice, grand de trente étages, mais n’avait pas encore terminé les étages 22 et 23. Toutefois comme ceux-ci n’étaient pas encore loués et heureusement cela posait peu de problème pour le moment car le propriétaire s’était montré assez ouvert et flexible, bien qu’il était tout de même impatient que le tout soit terminé.

L’une des jeunes femmes était agente de sécurité, l’autre une employée de l’entreprise qui avait louée et emménagé récemment dans une partie du 21e étage. Elles sortirent de l’ascenseur et elles se retrouvèrent directement devant la réception à aire ouverte d’une entreprise. Derrière la réception, on voyait plusieurs bureaux individuels séparés par des paravents, avec un petit espace salon au milieu de tout, réservé aux visiteurs. Deux ascenseurs menaient au 21e étage, l’un donnait directement sur un espace vide et l’autre dans les bureaux de l’entreprise VanCom Inc. nouvellement emménagée. Les lumières étaient allumées, mais il n’y avait personne. Il était sept heures du soir et tous les employés étaient partis depuis 17h00. Pour une rare fois, personne n’avait fait de temps supplémentaire. Un grand projet venait tout juste de se terminer et la direction avait estimée essentiel que tous les employés partent tôt pour une fois. La plus grande des deux jeunes femmes avait oublié des documents et l’agente de sécurité l’accompagnait. Le projet avait beau être terminé, il y avait tout de même des suivis à faire et la jeune employée zélée voulait les faire de chez elle. Mais elle avait été si contente de partir tôt pour une fois qu’elle en avait oublié son porte-document.

 C’était la première soirée de l’agente de sécurité, elle était là en remplacement. D’ordinaire, elle faisait le quart de jour, mais un collègue avait eu besoin de sa soirée et Arianne aimait bien lui faire plaisir. Elle l’avait dans l’œil depuis quelques temps déjà et en lui rendant ce service Arianne pensait qu’il s’intéresserait peut-être à elle. 

 En sortant de l’ascenseur, elles restèrent près de la porte de celui-ci. C’était un beau local à bureaux. Il était évident qu’il s’agissait d’une entreprise assez prospère. De la moquette industrielle de qualité recouvrait le sol et les bureaux des employés étaient ergonomiques et spacieux.  Pour une raison inexplicable, Arianne est de plus en plus mal à l’aise. Certains espaces étaient dans la pénombre et d’autres éclairés. Ce qui démontrait bien qu’il n’y avait plus personne sur l’étage.  Les gestionnaires de l’édifice soucieux de tous leurs clients, laissaient habituellement toutes les lumières allumées sur un étage lorsqu’il y avait encore des employés sur les lieux.  Lorsque le dernier employé d’un étage signalait son départ à la sécurité, ceux-ci fermaient la moitié des lumières de l’étage.  Laissant ainsi l’autre moitié allumées pour aider les agents de sécurité dans leur ronde.

 Malgré les lumières, l’ambiance sur cet étage était lugubre.  L’agente de sécurité avait peur maintenant. Elle n’était visiblement pas habituée au quart du soir et elle se sentait vraiment mal à l’aise en ces lieux. Pourtant ce n’était pas le cas durant ses quarts de jour. Arianne sentait une autre présence sur place, ce qui était ridicule, elle le savait bien. La jeune femme qui l’accompagnait ne semblait pas effrayée. La jeune agente de sécurité se dit donc que tout devait être normal et elle fit de son mieux pour ne pas tenir compte de son malaise.

 Madame Jennifer Collette tenait absolument à se rendre à son bureau prendre les documents qu’elle avait oublié. La couleur c’était soudainement retirée du visage de l’agente de sécurité et elle lui retenait le bras.

–          Attendez, lui dit l’agente de sécurité.

Jennifer l’a regarda sans comprendre. Agente Dubé selon la carte d’identité qu’elle avait d’épinglé sur le devant de son veston bleu marin.

–          On va redescendre je pense et vous reviendrai demain matin prendre vos choses madame Collette.

Jennifer était stupéfaite. Cette agente était folle ou quoi ?

–          Mais qu’est-ce que vous racontez ?

Arianne appuyait frénétiquement sur le bouton de l’ascenseur.  La peur transpirait maintenant par tous les pores de sa peau.  Jennifer ne comprenais pas du tout la réticence de l’agente de sécurité à s’éloigner de la porte et encore moins son ordre de redescendre en vitesse. Pour elle, il en était absolument hors de question. Elle avait besoin de ses documents pour terminer le rapport qu’elle devait remettre au plus tard demain matin.  Sans ceux-ci, elle ne pourrait pas le terminer et elle pourrait dire adieu à sa promotion.  Elle rêvait de cette promotion depuis des mois et ne voulait pas laisser passer cette chance. Être directrice du marketing à 25 ans tout juste, ça n’arrivait pas tous les jours. En plus, elle n’avait qu’un an d’expérience et son bac des HEC en poche. Elle retira vivement son bras de la prise de l’agente.

–          Lâcher-moi, j’ai besoin de mes documents.

L’agente la regarde éberluée.

–          Vous ne sentez donc pas ?  Il se passe quelque chose de pas normale. Nous devons redescendre au plus vite avant qu’il ne soit trop tard. 

Arianne était encore relativement calme, mais plus pour très longtemps. Elle appuya à plusieurs reprises sur le bouton descente de l’ascenseur, mais celui-ci n’arrivait toujours pas.  Tout à coup les lumières du fond du local s’éteignirent une à une.  La noirceur envahit peu à peu la pièce au fur et à mesure que la lumière disparaissait. La jeune employée n’en tint pas compte. C’est à peine si elle l’avait remarquée. Elle fit un pas en avant, puis un autre, elle se dirigeait vers le cubicule qui lui était réservé.  L’agente fit également un pas en avant et la retint de justesse par le bras et elle tira la jeune femme brusquement en arrière.

–         Mais qu’est-ce que…, s’exclame Jennifer.

L’agente tendit l’autre bras et lui désigna les lumières éteintes, sans dire un mot. Elle en était incapable tellement elle était terrifiée. Il ne restait plus maintenant que la lumière sous laquelle elles étaient toutes les deux. La jeune employée ne comprit pas ce qu’elle voulait lui montrer. Elle pensait que c’était simplement l’agente de sécurité qui avait éteint les lumières. Elle ne savait pas que l’agente qui l’accompagnait était la seule autre personne présente dans tout l’immeuble.  Les deux autres agents qui devaient normalement faire leur ronde avec Arianne étaient absents. Ils avaient appelé à la dernière minute et personne n’avait pus les remplacer. Son superviseur, monsieur Longtin, encore jeune dans le métier, avait pensé que comme il s’agissait d’un immeuble assez tranquille, Arianne pouvait très bien rester seule quelques heures, le temps seulement qu’il vienne la seconder vers 22h. Le prochain quart de travail arriverait deux heures plus tard, à minuit.  Les deux jeunes femmes étaient les deux seules personnes présentes dans tout l’édifice. L’agente de sécurité le savait, mais pas la jeune employée. De plus, Arianne pensa que personne ne remarquerait leur disparition puisque comme elle était seule et qu’elle devait accompagner l’employée jusqu’à son bureau, elle avait barrée la porte extérieure de l’immeuble. Et tous les autres accès étaient des sorties de secours s’ouvrant de l’intérieur uniquement. Pour ajouter à son malheur, Arianne n’avait pas pris la peine de faire inscrire madame Collette dans le registre des visiteurs. Arianne n’était pas très familière avec les règles du quart de soir et elle avait oublié. Mais elle s’en souvenait maintenant. Personne ne saurait que madame Collette était venue, personne ne saurait qu’elle-même était avec elle. Ça lui faisait froid dans le dos rien que d’y penser. C’était bien la dernière fois qu’elle faisait un remplacement sur le quart de soir, sans parler de celui de nuit.

 Il semblait y avoir du mouvement au fond du local. Puis on entendit assez clairement des bruits de pas. Ils étaient feutrés sur le tapis, presque inaudibles pour quelqu’un qui n’y prêtait pas attention. Mais les oreilles de l’agente de sécurité étaient grandes ouvertes tellement sa peur était intense. Et elle savait que quelque chose se rapprochait, une présence et elle ne pensait pas que cela soit… humain.

–         Mais lâchez-moi donc !, s’exclama Jennifer.

Arianne était terrifiée. Des larmes coulaient de ses yeux effrayés, elle lui faisait signe de se taire et lui montra encore du bout de la main la présence qui se rapprochait. 

 Un homme passa à la limite de leur champ de vision, dans la semi-obscurité, puis disparut. Jennifer le vit. Elle fut stupéfaite.  Elle ne le connaissait pas, il ne travaillait pas sur cet étage, elle en était certaine. C’était sûrement un autre agent de sécurité qui faisait sa ronde. Pourtant, un froid glacial l’envahit. Elle n’avait pas peur pourtant. Elle frissonna et se frotta les bras pour se réchauffer. Ils y vont fort avec l’air climatisé le soir, pensa-t-elle. La température de la pièce avait soudainement baissé de plusieurs degrés.

 L’agente de sécurité était terrorisée. Bizarrement, elle senti une froideur intense venir de sa poche arrière, au point où elle fut obligée de sortir à la hâte son portefeuille. Sa fesse commençait même à lui faire mal, comme brûler par le gel. Instinctivement, elle l’ouvrit et en retira la photo de sa fille accompagnée de deux de ses nièces. Elles étaient encore bébés, moins d’un an pour deux d’entre elles. Curieusement, la fillette de gauche semblait flotter dans les airs, avec un sourire que l’on pourrait qualifier de mauvais. L’agente se mit à pleurer de manière saccadée. Oh non, oh non, oh non…, dit-elle de manière presque inintelligible et elle continua d’appuyer frénétiquement sur le bouton d’appel de l’ascenseur. Celui-ci n’arrivait toujours pas. Comme c’est toujours le cas lorsqu’on est pressé.

 Elle se tourna d’un côté puis de l’autre à la recherche de la porte qui menait aux escaliers de secours. L’enseigne « sortie » était éteinte, mais l’agente aperçut tout de même la porte qui se situait presque dans l’obscurité complète.  Une noirceur qui semblait impénétrable. La porte était trop loin. Tant qu’elles étaient dans la lumière, il leur restait une chance de survie. Tapis dans l’obscurité, qui peut dire ce qui les attendait. Jennifer se tourna vers l’agente pour lui demander si elle avait vu l’homme dans le fond de la pièce. C’est alors qu’elle vit la photo dans la main de celle-ci. Il y avait trois fillettes sur la photo. Celles-ci étaient debout et semblaient flotter dans les airs, sans rien pour les soutenir et elles affichaient toutes les trois un sourire démoniaque. L’expression de leurs yeux faisait peur.  Mais qui donc a pu prendre en photo de tels enfants et pourquoi l’agente avait-elle sur elle ce genre de photo ?, se demandait Jennifer.  Elle regarda l’agente, le regard interrogateur avec une petite touche de peur également.

–          Mais qu’est-ce qui se passe ici ?, dit-elle. 

Arianne pleurait de manière hystérique maintenant et essayait en vain d’appeler l’ascenseur. Un mouvement derrière la jeune femme attira le regard de celle-ci. Un homme passait puis se tint immobile à la limite de l’obscurité complète. Jennifer était soudainement terrifiée elle aussi.  Mais que se passe-t-il donc ici ?

 Ding. Le bruit de l’ascenseur les firent toutes les deux sursautés violemment. Les portes de celui-ci s’ouvrirent. L’agente de sécurité s’y engouffra à toute vitesse alors que la jeune employée resta où elle était, tétanisée semblait-il par la présence de l’homme dans la noirceur.  L’agente s’en aperçut immédiatement et la tira brusquement dans l’ascenseur. Puis les portes se fermèrent. Au moment celles-ci allaient se refermer complètement, la noirceur se fit totale sur l’étage. Et au dernier moment, les deux femmes eurent le temps de voir le visage de l’homme à quelques centimètres derrière les portes. Elles hurlèrent de terreur à l’unisson.  Le visage de cet homme aurait pu sembler normal en apparence, mais la rapidité de son approche, le sourire qu’il fit, les dents qu’il découvrit et la noirceur complète de ses yeux sans pupille disaient tout le contraire.  Ce visage masculin transpirait le mal à l’état brut, le Mal avec un M majuscule.

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