Une nouvelle aube – Sixième page


Après tous les tracas du départ, notre route se fit sans encombre et nous arrivâmes tous sains et saufs à 5h50 du matin à la maison de campagne de tante Francine et oncle Wayne. Bizarrement, à partir de ce moment, tous mes souvenirs sont très clairs et ce, même si j’avais presque trois ans à l’époque. Francine avait été prévenue de notre arrivée et tout semblait déjà prêt pour accueillir dix-huit personnes, deux chiens et deux chats. Ce qui faisait en tout vingt hommes, femmes et enfants, cinq chiens et six chats. Elle et oncle Wayne avait préparé deux grandes tables dans la cuisine et une troisième dans la salle à manger du salon. Toutes étaient remplies de victuailles. Après toutes ces émotions, nous étions tous affamés et très réveillés. Tout le monde mangeait en silence, absorbé dans ses réflexions quand soudainement, la terre se mit à trembler violemment. Le vaisselier du salon tomba par terre et les couverts en porcelaine qu’il contenait se brisèrent en mille morceaux. Moi, ma sœur et Amy criions de peur et on se raccrocha à la première personne adulte sous la main. Heureusement, rien d’autre ne tomba et le tremblement s’arrêta aussi soudainement qu’il était venu. Mon père regarda sa montre, il était 6h15 du matin. Tout le monde se regarda, personne n’osant bouger ne sachant pas ce qu’il allait arriver d’autres. Mon oncle Sébastien ouvrit la télévision. Tous les postes grinchaient et soudainement le courant fut coupé. Mon oncle Wayne vérifia l’état des batteries de sa radio puis l’alluma. Rien, aucune parole ou musique sur aucune chaîne, que ce soit AM ou FM.

Tout le monde se rassembla dans la cuisine et spontanément, tous ensembles nous avons priés. Même ceux qui n’étaient pas pratiquants, même ceux qui n’étaient pas croyants. En ce moment d’incertitude et de inquiétude sur ce qui venait d’arriver et sur ce que l’avenir nous réservait, la prière semblait un mince réconfort, mais un réconfort tout de même. N’étions-nous pas tous vivants et ensemble ? Ne pouvions-nous pas tous compter les uns sur les autres ? Nous n’étions pas seul face à la mort et à la désolation. Nous étions vingt et nous pouvions nous entraider. Certains étaient très tristes d’avoir du laisser des proches, de la famille, des amis en dehors de notre périple. Tous pour la même raison : ceux-ci n’avaient pas voulu venir ou ils n’avaient pu être rejoints à temps. Nos mains se détachèrent et chacun regagna sa place pour terminer le repas. Il y eu d’autres secousses, mais de moindres importances et elles ne firent pas de dégât dans la maison.

Pendant le repas, tante Francine nous expliqua que depuis plusieurs mois, elle avait de sombre pressentiments et qu’elle sentait l’urgence de préparer sa maison pour la venue de plusieurs personnes pour un temps indéterminé. Oncle Wayne s’était fait tirer l’oreille au début, mais par la suite, il avait rapidement pris plaisir à tout préparer en conséquence. Après tout, transformer sa maison en Bed & Breakfast l’avait déjà tenté alors pourquoi ne pas se lancer dans l’aventure maintenant tant qu’il avait encore la santé et qu’il avait envie de changement ? Il avait un joli pécule d’accumulé pour ses vieux jours et pouvait se permettre cet investissement. Il avait donc entrepris les rénovations nécessaires le cœur serein. Il avait rénové la cabane à dindes qui avait déjà l’air d’une petite maison, en une vraie petite maison qui pourrait accueillir quatre personnes. Il avait complètement refait le deuxième étage du garage et celui-ci pourrait accueillir six personnes, en plus d’un petit salon et d’un coin dinette. Une troisième salle de bain avait été aménagée près de l’entrée de la maison principale et la grande pièce au dessus de l’entrée principale avait été aménagée et pourrait recevoir quatre personnes. Les chambres du deuxième étage étaient grandes et pouvaient facilement accueillir deux personnes de plus et les deux dernières devraient se contenter du salon du rez-de-chaussée le temps que l’on trouve mieux.

Il était évident qu’il lui aurait été impossible d’accomplir tout cela tout seul et en si peu de temps. De ce fait, l’essentiel des rénovations étaient faites, mais rien n’était terminé et toute la finition restait à faire. C’était vivable, mais pas accueillant. De toute façon, oncle Ronald comptait sur ses dix-huit personnes pour terminer le tout. Aussi, il nous expliqua durant le déjeuner que dès le début du printemps, il avait agrandis ses potagers pour être en mesure de nourrir tout ce monde. Il avait travaillé vraiment très dur et était heureux d’avoir pu prendre sa retraite avant le début de tous les travaux. Heureusement pour nous, tous et chacun avec remplis leur voiture de nourriture et d’eau, ce qui fait qu’on était certains de ne pas manquer de vivres cet hiver-là.

Après le repas, les chambres et pièces furent réparties le plus équitablement possible. Les Pomerleau s’installèrent dans l’ancienne maisonnette à dindes, les Bouchard (Mamie, Papi, Louis, Sébastien, Annie, Catherine et son copain Alain) s’installèrent en haut du garage. Tante Thérèse s’installa dans la même chambre que tante Francine. Nathaniel et Amy s’installèrent finalement dans le petit boudoir du deuxième étage, au lieu du salon. Et moi et ma famille, on s’installa dans la grande pièce au-dessus de l’entrée principale.

Tous étaient inquiets de savoir ce qui se passait dans le monde extérieur depuis le tremblement de terre. Les téléphones cellulaires, les téléphones fixes, les radios ainsi que les télévisions ne fonctionnaient plus. Certains étaient d’avis qu’on ne devait pas déballer toutes les affaires qui se trouvaient dans les voitures tant que nous n’étions pas certains que nous n’aurions pas à partir en quatrième vitesse. Il y eu une petite querelle pour savoir qui avait raison et sur ce que l’on devrait faire par la suite. Finalement, ma Mamie y mis le holà.  Lorsque le niveau sonore fut devenu trop élevé et que moi, ma sœur et Amy partîmes à pleurer de nouveau, Mamie intervint.

–          Ça suffit tout le monde !, rugit-elle. Non, mais qu’est-ce que c’est que ce raffut ? Vous ne voyez pas que vous faites peur aux petites ? Ce n’est pas le temps de se chamailler pour des peccadilles.

–          Écoute Annette, ce n’est pas des peccadilles, ajouta mon père. Il faisait partie de ceux qui ne voulait pas défaire les bagages tout de suite et qui voulait surtout aller voir ce qui se passait. Il est important pour notre sécurité d’aller voir ce qui se passe pour ne pas qu’on se fasse prendre par surprise en pleine nuit ! On ne peut pas tout défaire tout d’un coup sous prétexte qu’on est arrivé.

–          C’est vrai, ajouta Richard. Je propose que trois hommes prennent une voiture faire le tour des voisins et des environs. On devrait revenir dans deux heures maximum.

–          Comment ça «on»?, demanda Marie-France visiblement en colère. Tu te proposes Richard ? Il n’est pas question que tu nous laisses seuls ici.

–          Premièrement, vous ne serez pas seuls toi et les filles et il reste aussi toute la belle-famille de Sylvain. Il n’y a plus de discussion.

Il jeta un regard à Sylvain et à Louis et ajouta :

–          Sylvain et moi on va y aller, ainsi que Louis. Amy sera seul s’il advenait quelque chose à Nathaniel, Annie est enceinte, Charles n’est pas suffisamment en forme et ça prend quelqu’un pour diriger les travaux dans la maison et comme on est chez Wayne…

Marie-France n’était visiblement pas satisfaite des arguments de son conjoint, pas plus que ma mère qui tremblait à l’idée de perdre son époux. Néanmoins, tous les hommes en voyaient le bien fondé et l’expédition se prépara. Mes grands-tantes ne dirent rien, pas plus que ma mère ni Annie. Ni Catherine qui était visiblement soulagée qu’on n’ait pas sélectionné son Alain. Celui-ci tenta bien de manifester son désir de faire partie de l’expédition, mais personne ne crue à sa réelle volonté d’y participer. Tandis que Sébastien se voyait mal laisser sa conjointe enceinte jusqu’aux oreilles. Et Nathaniel ne voulait pas laisser la petite sœur, elle n’avait plus que lui maintenant.

Après quelques autres petites argumentations, Sylvain, Richard et Louis montèrent dans le 4×4 de Wayne. Il tendit à Richard, qui était assis sur le siège du passager, un fusil de chasse chargé.

–     Au cas où, dit-il.

Les hommes approuvèrent en tenta tant bien que mal de cacher leur peur. Ma mère fit le tour du véhicule pour parler à mon père.

–          Tu es mieux de revenir, sinon je ne te le pardonnerai jamais, lui-dit-elle les larmes aux yeux tout en les essuyant rapidement du revers de la main.

–          J’y compte bien mon amour, lui répondit-il après l’avoir embrassé.

Louis avait amené sa machette avec lui. Il l’avait acheté, ainsi que le couteau de chasse qu’il avait donné à mon père, il y a une dizaine d’années dans un magasin-entrepôt de chasse et pêche en ce demandant ce qu’il pourrait bien en faire. Il le savait maintenant et était bien heureux de son achat. Il ne serait pas senti en sécurité avec un simple couteau de cuisine, mais une machette c’était autre chose. Il dit tout haut : « Je vais pouvoir couper des zombies avec ça ». Mais en disant cela, il frissonna et se demanda s’il faisait bien de faire partie de cette expédition. Mon père et Richard le regardèrent bizarrement. Aucun d’eux n’avait envie de se servir de leur arme que ce soit contre un zombie ou autre chose. Après quelques autres minutes à perdre du temps en Au revoir, Je t’aime et Reviens-vite, le 4X4 démarra et pris à droite en sortant de l’allée.

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