Le sortilège caché – Modifié


Anaïs sortait de son cours d’astronomie. Elle en était soulagée. Le cours avait été long et pénible, sans parler de son professeur qui avait un ton de voix tellement monocorde qu’elle devait se pincer régulièrement pour ne pas s’endormir. Pour couronner le tout, elle avait fait plusieurs mauvais rêves cette nuit, ce qui l’avait réveillé à plusieurs reprises. Elle était donc particulièrement fatiguée et morose en ce matin gris d’automne. Elle se rendit à sa case récupérer ses livres pour son prochain cours, La sorcellerie au quotidien. De la petite magie de mères au foyer, d’un ennui total selon elle. Anaïs préférait de beaucoup ses cours de Comment affronter la magie noire et Votre avenir vu par le passé qui avait un contenu beaucoup plus pratique et sophistiqué.

Elle ne cessait de penser à Darren, son meilleur ami ou ex-meilleur ami, elle ne savait plus comment définir leur relation. C’était surement de sa faute si elle faisait tous ces cauchemars ou pire encore celle de sa nouvelle copine Mélynda. Elle en était à penser qu’elle lui avait lancé un sort pour éviter que son copain ne la fréquente et ce, même s’ils n’étaient que des amis maintenant. Cela pourrait aussi expliquer tous les petits travers qu’il lui arrivait depuis quelques temps.

–         Merde, je dois passer par la bibliothèque. Il me manque un livre, se dit-elle.

Il lui restait encore une bonne vingtaine de minutes avant son prochain cours, elle avait le temps de se rendre à la bibliothèque et de récupérer le livre qu’elle avait fait mettre en réserve. La jeune femme d’une vingtaine d’années, les cheveux bruns lui tombant dans le milieu du dos, se dirigea vers la bibliothèque. Anaïs croisa plusieurs collègues de classe sur son passage et leur fit des signes de tête, mais continua son chemin sans s’arrêter. Elle avait peur de faire la file devant la réception de la bibliothèque et d’arriver en retard à son prochain cours. Monsieur Sansoucy avait horreur des retards et il avait tendance à être sur le cas d’Anaïs lorsque celle-ci faisait un pas de travers. On était presque à la fin de session et il s’en faudrait de peu pour qu’elle soit expulsée de son cours. Comme elle n’avait aucune envie de le reprendre et que ce cours était nécessaire à l’obtention de son diplôme de sorcière, elle devait filer droit et exceller jusqu’à la fin du cours, en décembre. C’était trop encore loin.

La bibliothèque était sombre et lugubre comme à son habitude. Il régnait dans son sein comme un sentiment de vie et de… c’était difficile à expliquer. Comment expliquer qu’une bibliothèque, un endroit où l’on entasse des livres, puisse être vivante ? Anaïs ne pouvait se l’expliquer, peut-être à cause de tous ses livres de pouvoir. Les lieux était noir de monde, comme toujours à cette heure. La jeune femme aurait aimé mieux y venir tard en soirée, lorsque les lieux étaient presque déserts sauf pour les irréductibles comme elle. Elle fit le tour des rangées en vérifiant qu’elle n’aurait pas besoin d’autres choses. Au détour d’une rangée, elle le découvrit en discussion avec des collègues de classe, accroupi près des livres. Elle voulu faire demi-tour. Elle n’avait pas envie de lui parler. Il l’ignorait depuis si longtemps, elle n’allait pas lui faire le plaisir de lui adresser la parole. En se retournant, elle s’aperçu que les rangées s’étaient déplacées comme cela arrivait parfois. Elle n’avait d’autre choix que d’avancer. Elle avança donc et fit de son mieux pour l’ignorer en passant à côté de lui. Elle ne pu s’empêcher de lui jeter un coup d’œil en passant. Évidemment il surprit son regard. Vite elle détourna le sien et continua à marcher.

– Anaïs ?, l’appela-t-il.

Elle ne répondit pas et continua son chemin plus vite. Mais pourquoi avait-il fallu qu’elle déambule ainsi dans les allées ?

– Anaïs ! , lui dit-il cette fois plus fort, assez fort pour être certain qu’elle l’ait bien entendu. Mais elle ne se retourna pas et fit comme si de rien n’était. Enfin, après un dernier détour elle arriva devant le comptoir de prêt. Elle demanda au commis le livre qu’elle avait fait mettre en réserve. Sur cette entrefaite, sa cousine Damia et son amie Sammy l’accostèrent.

– Ah t’es là ! On te cherchait partout Sammy et moi. On voulait savoir si tu voulais aller diner avec nous au Belladonne vers 13h ?, lui demanda Damia.

Anaïs s’apprêtait à lui répondre lorsque Darren se présenta devant elle. Il n’était pas très grand, mais mince, les muscles peu apparents mais durs comme de l’acier, et aussi agile d’un chat. À le voir, on voyait tout de suite qu’il avait la dégaine pour être un grand sorcier. Le pouvoir se dégageait de son aura. Cependant, il avait une faiblesse et ce, peu de gens le savait. Anaïs quant à elle savait très bien ce que c’était. Il l’a regarda dans les yeux et lui demanda gentiment: – Pourquoi tu m’évites ?

Anaïs prit un air offusqué. Damia et Sammy se regardèrent, enfin le chat allait sortir du sac. Cela faisait maintenant des semaines que leur copine Anaïs était bougonne et susceptible à la moindre critique. Elles savaient bien que le problème était relié à sa relation avec Darren, mais elles étaient incapables de lui faire avouer. Anaïs devait résoudre son problème elle-même. Sans qu’elles sachent pourquoi Anaïs et Darren ne se parlaient plus depuis des semaines, alors qu’auparavant ils étaient très proches. On les voyait tout le temps ensemble à la bibliothèque tard en fin de soirée, lorsqu’il ne restait plus que les habitués. Durant ces soirées, ils parlaient de la vie, de la mort, de l’amour, du quotidien. Ils s’échangeaient des sorts et sortilèges et s’entraidaient dans leurs problèmes. Puis un jour, Darren était venu moins souvent à leur rencontre, puis plus du tout. Il lui donna encore de temps en temps de ses nouvelles, puis vint le moment où il ne communiqua plus avec elle. Elle avait même peine à obtenir un regard les rares fois où ils s’étaient croisés dans les couloirs.

Anaïs avait tenté d’avoir des explications à quelques reprises, mais elle n’avait pas obtenu de réponse. De plus, à leur dernière rencontre, elle avait senti que le froid s’était installé va savoir comment dans leur relation amicale. Elle avait fini par ne plus insister, puis par l’ignorer. Ce que lui faisait de toute façon depuis trop longtemps déjà. Mais tout cela la blessait profondément. Pourquoi se permettait-il de l’aborder là maintenant avec ce petit sourire gentil de surcroit ? Elle en était estomaquée.

– Moi ! Moi ! Je t’évite !, gronda-t-elle tout bas, on était dans une bibliothèque après-tout. C’est toi qui m’ignore depuis des semaines ! Que dis-je, des mois même ! Tu m’as effacé de ta vie, alors permet moi de t’effacer de la mienne, lui dit-elle durement.

Darren ne sut trop comment réagir face à une critique aussi dure. Il ne s’attendait pas à ça. L’avait-il ignoré à ce point ? C’était vrai que depuis qu’il avait rencontré Mélynda en janvier dernier, il n’avait plus eu beaucoup de temps pour son amie Anaïs. Mais était-ce à ce point ? Cela ne se pouvait pas. C’est à ce moment-là que Mélynda apparut comme par enchantement au bras de Darren. Elle était petite avec un surplus de rondeur, mais il se dégageait d’elle un charisme incroyable. Elle avait les yeux et les cheveux noirs. Ceux-ci étaient très lisses, très longs et ils bougeaient de façon soyeuse à chacun de ses mouvements. Mélynda regarda Anaïs dans les yeux. Une fraction de seconde Anaïs reconnu l’éclair de satisfaction dans ses yeux, puis Mélynda les détourna. Mélynda fit un sourire aguichant à Darren et lui dit : «Viens mon amour, on doit s’en aller.»

Darren regarda Mélynda, les yeux dans les étoiles. Il fit un sourire d’excuse à son ancienne amie tout en haussant les épaules et se laissa reconduire à la sortie par sa dulcinée qui ne demandait que cela. Anaïs était verte de rage.

– Arrggghh ! Vous avez vu ! La manière dont il s’est désintéressé de moi… C’est elle ! Je sais bien que c’est elle ! Je la haïs cette bonne femme, je la haïs. C’est elle qui a lancé un sort sur notre relation d’amitié.. Je suis certaine qu’elle ne supportait pas de me voir au alentour de son chéri. C’est à cause d’elle tout ce bordel entre nous. Tu as vu comme il l’a regarde ! On voit bien qu’il est subjugué !

Anaïs était très énervée. Le commis la regarda sévèrement. On était dans une bibliothèque, il ne supporterait pas les esclandres dans ce lieux magique, car on ne savait jamais ce qui pouvait en résulter. Un éclat de colère non contrôlé pouvait mettre le feu aux poudres et faire sauter tout une section de livres magiques où trop de pouvoir se serait accumulé. Il y avait bien plusieurs échangeurs d’air magique, mais il ne voulait pas prendre de risque inutile. Elle signa le registre de sorti de ses livres et quitta la bibliothèque d’un pas rageur, ses copines sur ses talons.

Comment allait-elle faire maintenant pour rompre le sort. Anaïs était bien contente pour Darren, qu’il se soit enfin trouvé une copine à sa mesure, mais était-ce une raison pour l’éliminer de sa vie ? Leur relation n’était qu’amicale depuis tellement longtemps qu’elle ne voyait pas ce que Mélynda pouvait craindre d’elle au point de lui lancer un sort. Ses amies essayèrent de la calmer en la persuada qu’il était temps de sortir prendre l’air et d’aller prendre un petit café dans un restaurant tout près.

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