Une nouvelle aube – Cinquième page


4h30, un matin d’été

 Les cinq voitures se suivaient sur l’autoroute 30 ouest. Il y avait peu de voitures sur la route, moins que ce qu’ils auraient espérés, mais plus qu’en temps normal.

–          Où va-t-on déjà, demanda mon père à ma mère par cellulaire.

Les cellulaires étaient de petits appareils qui permettaient aux personnes de communiquer entre elles à distance. Évidemment, il n’y en a plus de nos jours. Ma sœur se souvient de ce que c’était, mais pas moi. Aujourd’hui, si tu veux parler avec quelqu’un, tu dois te déplacer et lui parler en personne. Ou encore, simplement penser à elle. Avec la grande transformation qui a eu lieu peu de temps après l’évacuation des villes, toutes les méthodes de communication ont été chamboulées. Les ondes radio et autres ne fonctionnent plus comme avant le grand changement.

 –          On va chez ma tante Francine, lui répondit ma mère. À Godmanchester, un nom approprié je trouve. Ça veut dire à peu près le camp de l’homme Dieu. Tu te souviens du chemin ?

–          Oui, ça va aller.

C’est mon père qui avait avec lui l’essentiel de nos bagages ainsi que les animaux. Ma mère le suivait avec les provisions ainsi que moi et ma sœur. C’était mon père qui menait notre petit convoi, puis venait ma mère, mes oncles, notre voisin Richard et sa famille, puis Nathaniel et Amy en dernier. La famille Pomerleau avait suivi mon père sans se poser de question. Leur famille et la nôtre avaient noué une amitié profonde depuis le jour où nous avions aménagé sur la rue des Chênes, à Longueuil. Ils avaient confiance en nous et savaient que nous les mènerions à bon port, quelque soit celui-ci. Nous n’étions pas très proches de la famille de Nathaniel, bien que ma sœur aimait beaucoup Amy. Leur amitié était réciproque malgré leur différence d’âge. Cependant, Nathaniel ne savait pas vraiment où aller mis à part suivre son voisin vers un lieu plus paisible et où ils seraient tous en sécurité. Malheureusement pour lui, au moment du rêve, sa copine de l’époque était en stage à l’extérieur de la province. Il avait été incapable de la rejoindre sur son cellulaire. Il espérait qu’elle s’était mise à l’abri elle aussi. Il ne l’a plus jamais revu depuis. De plus, au moment du départ, il ne voyait pas l’intérêt d’aller chez son père qui vivait à Westmount. Celui-ci pouvait se montrer encore plus borné que sa mère en ce qui concernait des choses telles qui s’en passaient cette fameuse nuit. De toute façon, personne n’avait répondu lorsqu’il l’avait appelé. Il avait laissé un message, mais on ne l’avait pas rappelé. Il ne verrait plus jamais la famille de son père.

 Amy fut plus chanceuse avec son propre père. Lors du grand départ, Nathaniel ne voyait pas l’intérêt d’aller chercher le père d’Amy. En dépression continue depuis plusieurs années, sans voiture, sans argent, Nathaniel ne voyait ce qu’il pourrait leur apporter de bon. À son avis, Amy était mieux sans lui. Mais juste avant de partir, il avait quand même pris la peine de demander à sa jeune sœur si elle voulait qu’on passe le prendre. Il n’était pas égoïste au point de ne pas le proposer, par ailleurs le bien-être de sa petite sœur lui tenait à cœur. Elle avait accepté et lui avait téléphoné. Il avait répondu et dit à sa fille :

–          Ah c’est toi ma puce ! s’exclama-t-il d’un ton visiblement soulagé. Ne t’inquiète pas, j’ai fait le rêve moi aussi. Reste avec ton frère, c’est mieux pour toi. Moi je pars dans quelques secondes avec mes voisins. On a va aller dans le nord, ils ont une petite cabane dans les bois. On devrait être bien là jusqu’à temps que tout ce calme.

–          Tu es certain papa ?, lui demanda Amy.

–          Oui, oui, ça va aller. Ça me soulage que tu ais pu m’appeler parce que j’ai appelé chez ta mère et personne n’a répondu. Je n’ai pas laissé de message, je pensais que vous étiez déjà partis.

–          Tu sais papa, maman ne vient pas avec nous. Elle n’a pas fait le rêve et pense que Nathaniel est un peu fou. Elle m’a laissé partir avec lui pour finir la chicane et pour le rassurer. Tu sais, je t’aime papa. J’aurais aimé que tu sois avec nous, lui dit-elle les larmes aux yeux.

–          Je t’aime aussi ma puce… et je suis désolé pour ta mère. Mais tu sais, c’est peut-être juste un rêve fou et on va peut-être tous se réveiller au matin avec un sacré mal de crâne c’est tout.

Amy ne répondit pas, elle savait très bien que son père tentait seulement de la rassurer. Ils se dirent encore quelques Je t’aime et ils raccrochèrent. La petite fille donna le cellulaire à son frère et lui dit d’une petite voix : «Il ne vient pas. Il s’en va avec des amis. On peut partir.» Elle contenait difficilement ses larmes et s’efforçait de ne pas accabler davantage son frère. Nathaniel l’a pris alors dans ses bras et la serra fort pour la rassurer. C’était difficile à faire, il était lui-même très inquiet pour la suite des choses. Il aurait vraiment aimé avoir un autre adulte de sa famille avec lui, même le père d’Amy. Mais il se montrerait fort et s’efforcerait d’être à la hauteur de son nouveau rôle de chef de famille. Au moins, ils n’étaient pas seuls. Ils pouvaient compter sur la famille Parent, Bouchard et Pomerleau.

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