Une nouvelle aube – Quatrième page


Le père de Nathaniel était très à l’aise financièrement et c’était tout le temps la compétition en lui et Johanne pour savoir qui paierait le plus de choses ou les gadgets les plus dispendieux à Nathaniel. Situation qui était tout le contraire de celle du père d’Amy. Celui-ci était en dépression chronique et il n’avait pas d’autre choix que de vivre aux frais de l’État. Amy se sentait mieux chez sa mère, même si elle se chicanait souvent avec elle et qu’elle passait souvent en deuxième, après son grand frère. Chez son père, elle avait beaucoup plus de liberté, mais compte tenu de son état, il ne s’occupait pas vraiment d’elle. Par ailleurs, il était toujours triste et fatigué. À la longue, sont état rendait Amy angoissée et depuis quelques temps, elle se sentait responsable de la santé de son père. Au début, Johanne et le père d’Amy s’étaient partagés la garde une semaine sur deux, mais maintenant à l’aube de l’adolescence, Johanne s’apprêtait à demander la garde complète pour pouvoir mieux surveiller Amy et l’aider dans son cheminement scolaire.

C’est alors que Nathaniel répliqua à sa mère en prenant fermement la main de sa sœur et en la tirant vers lui.

–          Alors laisse-moi au moins amener Amy avec moi.

Johanne fut réduite au silence quelques instants. Tous les regards des voisins, tous dehors à cette heure pas possible, étaient dirigés vers elle. Elle le sentait. Pour quiconque connaissait un peu cette famille, ce qui était le cas de mon père, il était facile de deviner les états d’âme de Johanne. Comment pouvait-elle se tirer de cette situation absurde ? D’un côté, elle ne voyait pas pourquoi elle laisserait sa petite Amy debout toute la nuit dans l’état de peur et de détresse évidente qu’elle semblait se trouver en ce moment. De l’autre, bien que fatiguée, elle serait en sécurité avec son frère, cela le rassurerait, mettrait fin à cette dispute et elle pourrait enfin retourner se coucher. Elle avait plein de choses à faire demain matin et tout ceci allait certainement lui gâcher sa journée. Elle avait beaucoup de difficulté à dire à non à son fils Nathaniel, maudit soit son ex-conjoint pour cela… Et pour une rare fois, ce serait un caprice qui ne lui coûterait rien. Du moins, elle l’espérait ardemment. Johanne fit quand même semblant de résister quelques minutes, minutes durant lesquelles ils continueraient d’argumenter en haussant plus ou moins le ton.

Finalement, elle donna son accord pour qu’il amène sa sœur avec lui. Amy était visiblement soulagée qu’une décision soit enfin prise. Elle savait bien que sa mère disait toujours oui à son frère, mais leur argumentation pouvait durer des heures et mêmes des jours avant que finalement elle ne lâche prise et dise oui. Cette méthode avait au moins eu le mérite d’apprendre la persévérance à Nathaniel, car lorsqu’il en faisait preuve, il se voyait toujours récompensé d’une manière ou d’une autre. Cependant, le comportement de ses deux parents qui se rivalisaient sans cesse pour savoir lequel était le plus généreux, avait complètement gâté leur fils. Et à vingt-cinq ans, il était un exemple typique d’un enfant-roi. Tout le contraire de sa jeune demi-sœur Amy, de presque quinze ans sa cadette. En effet, celle-ci devait toujours travailler très fort pour obtenir la moitié de ce que son frère obtenait généralement sans effort. Même à l’école, il était plus doué qu’elle. Cela lui laissait parfois un léger goût d’amertume dans le fond de sa gorge et une note de tristesse dans le fond de son cœur. Heureusement, il lui restait le sport. Il n’y avait qu’au soccer et au cheerleading qu’elle pouvait s’enorgueillir d’être meilleur que lui.

Malgré tout, Amy n’en voulait nullement à son frère. Elle n’avait beau n’avoir que dix ans et n’être pas très douée à l’école, elle savait bien que son frère n’était pas responsable de la générosité, parfois sans borne, de ses parents. Et comme Nathaniel s’occupait bien d’elle, dans la mesure où un jeune adulte égoïste et égocentrique pouvait le faire évidemment, elle l’aimait beaucoup.

Donc aussitôt que Johanne fini par donner son accord, celle-ci rentra à l’intérieur. Elle en sorti presqu’aussitôt pour donner quelques billets de vingt dollars à Nathaniel en lui disant de les partager avec sa sœur et de l’amener déjeuner quelque part avant leur retour à la maison dans la matinée. Nathaniel était légèrement abasourdi. Sa mère n’avait rien compris du tout ou bien elle faisait semblant de ne rien comprendre. Il compta les billets. Presque deux cents dollars ! Ça faisait beaucoup pour un déjeuner. Johanne embrassa son fils et sa fille et retourna à l’intérieur. Elle barra la porte derrière elle. Elle ne voulait plus rien savoir de cette histoire et si sa fille voulait faire un tour de voiture avec son frère au milieu de la nuit, elle serait en sécurité avec lui, même si celui-ci avait tendance à penser à ses petits besoins personnels avant ceux des autres. Mais pour cela, elle n’avait qu’à s’en prendre à elle-même et son ex-mari. Johanne savait quand même que Nathaniel prendrait soin de sa sœur.

Amy et Nathaniel prirent les quelques bagages que leur mère avait pris soin de laisser sur le pas de la porte. Amy s’installa dans la Honda Accord blanche de son frère et fit un petit signe de la main à ma soeur Sophie par la fenêtre. Ma sœur lui répondit avec un sourire. Amy était soulagée de constater qu’elle n’était pas seule. Nathaniel glissa quelques mots à mon père pour lui expliquer la situation. Mon père lui répondit qu’il n’avait pas besoin de s’expliquer, qu’il pouvait nous suivre sans problème. Il ajouta que lui et Amy étaient les bienvenues dans leur expédition vers un lieu plus sécuritaire. Finalement, malgré divers petits contretemps, les familles Pomerleau, Parent et Trudeau ainsi que mes oncles, ma tante et leur chienne furent prêts à partir au même moment. Ce qui dans le fond convenait assez bien à tous et chacun étant donné que personne ne savait vraiment ce qui les attendait et que seule ma famille connaissait la route à prendre. D’un commun accord, ils partirent donc tous ensemble dans la même direction. Mon père prit les devant.

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2 réflexions sur “Une nouvelle aube – Quatrième page

  1. et à ce même moment , loin à la campagne, tante Lucie, suite à une forte intuition, s`est levée et a décidé de préparer un gros, gros chaudron de soupe aux légumes de son jardin!!!

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