Une nouvelle aube – Troisième page


Malgré l’heure tardive, il y avait une certaine activité sur la rue des Chênes. Plusieurs voisins de ma petite famille remplissaient leur voiture ou quittaient déjà leur maison. Mais pas autant qu’on aurait pu espérer. Du bruit provenait de chez les Pomerleau, nos voisins de gauche. Leur porte d’entrée s’ouvrit et on entendit des éclats de voix. Soudainement, Isabelle leur fille de 18 ans sortie en trombe. Elle était encore en vêtements de nuit et elle agitait la main en direction de mon père et de mes oncles qui l’aidaient à remplir les voitures. Ils l’entendirent clairement dire : « Tu vois, ils s’en vont eux autres aussi ! » Marie-France, sa mère, la força à revenir à l’intérieur. Elle ne tenait pas à ce que tous les voisins entendent leur dispute familiale. Par ailleurs, ceci était complètement ridicule. Isabelle et Alexandra, leurs deux filles, les avaient réveillés en plein milieu de la nuit. Elles étaient venues les réveiller en panique à propos d’un cauchemar commun qu’elles auraient fait. Selon elles, il y avait urgence, tout le monde devait absolument quitter la maison au plus vite pour aller ailleurs, mais elles ne savaient pas où. Mais ni Marie-France ni Richard, son conjoint, n’avaient fait de mauvais rêve. Elle essaya en vain de calmer sa fille, de la raisonner en lui expliquant que c’était le hasard qui faisait que les voisins étaient dehors à cette heure indue de la nuit, qu’ils partaient sûrement en vacances. Richard qui ne voulait pas envenimer la situation, pris tout de même la parole pour dire que non, les voisins ne partaient pas en vacances. Que ça le surprendrait beaucoup, car Sylvain et lui s’étaient parlés dans l’après-midi. Ils étaient tous les deux revenus du travail à la même heure. Et naturellement, ils en avaient profité pour prendre une petite bière au soleil avant de se faire appeler par leur femme respective pour venir souper. Il était absolument certain que Sylvain lui en aurait parlé s’ils partaient en voyage.

Marie-France lui fit de gros yeux et lui répliqua vertement qu’il pouvait sûrement trouver mieux pour rassurer les filles et pour que tout le monde puisse enfin retourner se coucher. À ce moment-là, Alexandra et Isabelle lui répliquèrent en criant, de la manière dont seules les filles adolescentes peuvent crier après leur mère, qu’ils devaient absolument partir. L’engueulade éclata alors entre la mère, toujours très rationnelle, et ses filles, proches de l’hystérie. Richard ne savait plus quoi dire pour calmer tout le monde. Quand ses femmes étaient dans cet état-là, habituellement il n’y avait pas d’autre chose à faire que de prendre son manteau et d’aller faire un tour le temps que tout le monde se calme. Mais on était au milieu de la nuit et elles allaient vraiment finir par déranger les voisins ou pire on pourrait voir la police débarquer pour leur demander d’arrêter tout ce raffut.

Richard était d’accord avec Marie-France, mais l’insécurité de ses filles était plus qu’évidente et leur sentiment d’urgence était communicatif bien qu’il n’en comprenait pas la raison. Isabelle fit alors une chose ahurissante. Elle se jeta par terre, elle hurla de toutes ses forces et battit des pieds et des mains comme une enfant de deux ans en pleine crise de colère. Richard et Marie-France étaient stupéfaits ! Alexandra quant à elle, s’était assise par terre et se berçait en pleurant bruyamment. Richard saisit sa fille hystérique à bras le corps et tenta de la calmer du mieux qu’il put. Marie-France fit de même avec la plus jeune de ses filles, Alexandra. Isabelle n’avait pas fait de pareille crise depuis sa petite enfance et elle en avait maintenant dix-huit. De plus, elle avait toujours été la plus calme et sérieuse des deux filles. Richard pris alors une décision et déclara : « D’accord, on va s’habiller et remplir la voiture des choses nécessaires à un voyage, comme si on partait en camping pour quelques jours. »

–          Mais voyons Richard…, tenta d’ajouter Marie-France.

Mais celui-ci ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase.

–          Je vais parler tout de suite avec Sylvain et selon ce qu’il va me dire, on va partir avec eux. Et on reviendra demain après-midi quand tout le monde se sera calmé.

Ses filles se calmèrent rapidement suite à cette annonce. Marie-France n’était vraiment pas d’accord, mais la crise de ses filles l’avait ébranlée plus qu’elle ne le laissait montré. Cela l’avait prise au dépourvue et elle décida de laisser tomber la discussion pour faire comme le restant de sa famille avait décidé. Il serait toujours temps de leur faire des remontrances à tous lorsqu’ils seraient de retour à la maison demain après-midi. Par ailleurs, il était trois heures du matin et elle avait hâte d’en finir avec cette histoire abracadabrante.

Ils commencèrent donc rapidement leurs préparatifs. Les filles insistèrent pour qu’ils apportent beaucoup d’eau et de nourriture et les parents obtempérèrent sans trop rechigner. Richard pris tout de même quelques minutes pour discuter de la situation avec son voisin et ami Sylvain, mon père. Ce que celui-ci lui dit le surprit et le terrifia tout à la fois. En plus, les beaux-frères de mon père lui confirmèrent ses dires. Finalement, une heure plus tard, tout le monde fut prêt à partir. Il était quatre heures du matin. Tout à coup, la porte de nos voisins de droite s’ouvrit également sur des éclats de voix. Pas tout à fait des cris, mais les décibels en étaient drôlement proche.

–          Nathaniel, tout ceci est ridicule. Je ne vais pas partir au milieu de la nuit pour m’en aller je ne sais trop où !

–          Mam ! Tu ne donc jamais comprends rien ! Je te dis qu’il faut partir immédiatement.

–          Non ! C’est hors de question, lui répondit-elle furieuse.

Sur le pas de la porte se tenait trois personnes, deux adultes et une enfant. Entre les deux adultes en train de se crier par la tête, se tenait la petite Amy, la deuxième enfant de Johanne et la demi-sœur de Nathaniel. Elle avait l’air très apeurée et pleurait en silence, en essayant de se faire la plus petite possible entre sa mère et son frère qui vociféraient. Elle n’avait que dix ans et tout ceci la dépassait complètement. Elle aussi avait fait cet horrible cauchemar, mais elle n’osait pas tenir tête à sa mère quand celle-ci était dans cet état-là. Il était clair que sa mère n’avait pas fait de mauvais rêve ou alors elle le cachait très bien. Par ailleurs, il n’y avait que Nathaniel qui était capable de lui faire entendre raison. Il avait toujours été son préféré et même à vingt-cinq ans, elle lui passait encore tous ses caprices. Elle lui payait encore toutes ses demandes de gadgets à la mode, en plus du fait qu’il vivait encore sous son toit et ce, même s’il travaillait à temps plein dans une société d’état et poursuivait des études à temps partiel à l’école des HEC en commerce international. Amy ne s’en formalisait pas, c’était comme ça, c’est tout.

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